“Homologation special”, c’est ainsi que les anglais appellent les voitures de série dérivées directement d’un modèle de course et permettant à ce dernier une homologation en compétition. Après l’âge d’or des catégories GT1 en Endurance ou encore GrA et GrB en Championnat du Monde des Rallyes, Toyota frappe un grand coup en dévoilant sa GR Yaris 2020 qui emboîte le pas à la GRMN de génération précédente (essai à relire ici), mais cette fois pour servir de base technique à la future voiture WRC. Pour ce faire, ce ne sont pas moins de 25 000 exemplaires minimum qui doivent être produits afin de permettre une homologation en compétition. Autant dire que Toyota voit grand pour sa petite sportive. À raison ? C’est ce que nous allons découvrir avec ce premier essai inédit !

On efface tout et on recommence

Précédemment dérivée de la déclinaison de série, la version sportive de la Yaris chapeautant la gamme reprenait donc auparavant une architecture de traction permettant de faire passer au sol les 212 ch du 4 cylindres 1.8 L maison greffé d’un compresseur (ce même moteur que l’on retrouve dans les Lotus Elise Sport). Pour cette nouvelle génération de Yaris énervée (j’ai failli dire deuxième mais ce serait oublier les Yaris TS !), Toyota repart d’une feuille blanche et propose une plateforme inédite pour sa GR Yaris nouveau millésime, reprenant une partie de la plateforme de la Yaris de nouvelle génération et une autre partie de la plateforme commune Corolla et CH-R. Vous aurez également remarqué que cette GR Yaris se contente seulement de 2 portes latérales, sans montant. Le toit est en carbone tandis que plusieurs panneaux de carrosserie ont recours à l’aluminium. Toutes ces petits facéties permettent à la GR Yaris de n’afficher que 1280 kg à vide sur la balance alors qu’elle se pare d’un système de transmission intégrale. Pas si mal si l’on considère que la dernier 4 roues motrices de la catégorie n’était autre que l’Audi S1 qui affichait quant à elle pas loins d’1,5 T.

Côté motorisation, on retrouve sous le capot un 3 cylindres 1.6 L maison turbocompressé développant pas moins de 261 ch à 6500 trs/min et un couple maximal de 360 Nm atteint quant à lui dès 3000 trs/min et jusqu’à 4600 trs/min. Ces performances hors du commun pour un tel gabarit autorisent un 0 à 100 km/h en seulement 5,5 secondes (il se murmure d’après plusieurs tests effectués par divers médias que ce serait plus autour de 5,3 secondes) tandis que la vitesse maximale est autolimitée à 230 km/h. 

Plus Manga, tu meurs

Peu encline à adopter une attitude discrète, la GR Yaris joue la carte de l’agressivité côté plastique. Sa large calandre n’a rien de fausse et laisse apparaitre le radiateur en dessous de la plaque d’immatriculation, entouré de deux enjoliveurs d’anti-brouillard particulièrement visibles en (vraie / fausse ?) fibre de carbone. Finit le regarde gentillet de la citadine hybride que vous connaissez, cette Yaris là ne demande qu’à avaler le bitume.

À l’arrière, on distingue très nettement le décrochement au niveau des ailes, particulièrement proéminentes et qui asseyent nettement la personnalité de la petite japonaise. Le bandeau noir entre les optiques rappelle le becquet qui prolonge la ligne de toit et le diffuseur laissant apparaître deux sorties d’échappement trahissant la vocation sportive de la bête. Cette poupe particulièrement caricaturale ne fait pas dans la dentelle et rappelle sans aucun doute les lignes des monstres sacrés de la catégorie GrB. 

Seules 3 couleurs sont disponibles au catalogue : blanc, rouge et noir. Les jantes sont spécifiques quant à elles à la finition que vous choisirez. Jantes 18 pouces noires pour la Premium Pack et jantes BBS forgées 18 pouces gunmetal pour la Track Pack. Si vous cherchez un programme de personnalisation, passez clairement votre chemin, ce n’est pas dans les habitudes de la maison. 

À l’intérieur, ce n’est pas forcément la fête. On retrouve une ambiance très sobre, et pas forcément hyper moderne dans le design, bref, du japonais de grande série. Les matériaux sont pourtant d’excellente qualité et les assemblages de très bonne facture. Plastique moussé sur la planche de bord et les contreportes, suédine et cuir également sur les contreportes. Beaucoup de rangement à disposition et un écran multimédia aux touches de part et d’autre dignes des Hyundai d’il y a dix ans et à l’intégration au sein de la console centrale qui laisse un peu à désirer. Mais ne boudons pas notre plaisir car l’essentiel n’est pas là et le système est compatible Apple Car Play / Androïd Auto. Concentrons-nous sur ce qui a trait à la sportivité, à savoir la position de conduite. Les sièges baquets confèrent un maintien aux lombaires et aux épaules rare pour la catégorie, un poil insuffisant au niveau des cuisses. Le volant peut se régler proche et haut, un bon point, alors que le levier de vitesses a été rehaussé par rapport à une Yaris standard. Le tableau de bord fait appel à deux compteurs classiques à aiguilles, secondé par un affichage tête haute particulièrement pratique affichant également le régime moteur.

Petit résumé de la gamme qui se décline comme suit : 
– GR Yaris Premium Pack (35 600 €) intégrant système de navigation, affichage tête haute, radars avant & arrière, avertisseur d’angles morts
– GR Yaris Track Pack (37 600 €), faisant l’impasse sur les équipements ci-dessus et intégrant différentiels avant & arrière Torsen, étriers de freins sport rouges, suspensions sport spécifique, jantes BBS forgées

Bête de rallye en devenir

On attaque dans le dur, la conduite. La GR Yaris dispose quelle que soit sa version de 3 modes de conduite permettant de jouer sur la répartition de la traction entre les essieux. Normal (60% à l’avant, 40% à l’arrière), Sport (30% à l’avant, 70% à l’arrière) et Track (50/50). Sur les deux premiers rapports (notamment en 1ère), le 3 cylindres peine à cacher son inertie naturelle mais démontre rapidement une aisance toute particulière à aller taquiner la zone rouge, plutôt épatant. La poussée du 1.6 L est stupéfiante, franche, nette et surtout continue avec un mélange de bruit de souffle de turbo très présent à haut régime, quasi similaire à ce que l’on peut entendre dans une Mégane 2 ou 3 RS, et de bruit de moteur artificiel parfois désagréable en provenance directe des hauts-parleurs. Rien en revanche du côté des échappement, les nouvelles normes ont tué tout plaisir de ce côté là. Nul doute qu’un manufacturier japonais tel que HKS saura combler les amateurs en manque. Je prends un malin plaisir à jouer en haut des tours, et cette GR Yaris en redemande. Pas même de compter des gaz une fois les 7000 trs/min atteints mais un vrai rupteur à l’ancienne qui bat fort le tempo.

Le ressenti de direction est idéal, ni artificiellement durci, ni trop assisté. On sent ce qu’il se passe au niveau du train avant tout comme au niveau du train arrière avec des remontées d’informations sèches sans être brutes de la part de l’amortissement, parfaitement adapté à une utilisation sur réseau secondaire en état moyen. Les réactions de la voiture sont vives, saines, fines comme une lame de rasoir. La trajectoire s’ajuste au degrés près, la GR Yaris fait preuve d’une précision remarquable tandis que l’action des 4 roues motrices en mode Sport se fait sentir. Au freinage, l’arrière se dérobe très gentiment si vous mettez un peu d’angle de volant et accompagne d’une très légère dérive le train avant qui reprend du grip en sortie de virage. Totalement grisant et particulièrement efficace pour ressortir pleine balle avant tout le monde. La pédale de frein est progressive et se dose naturellement bien mais se révèle un poil trop haute pour faire du talon-pointe une habitude, il vous faudra un freinage bien viril pour décocher votre cheville vers la droite comme il se doit, ça reste largement dans le domaine du possible avec un peu d’exercice. Sinon, vous avez le petit bouton “IMT” derrière le levier de vitesse, à côté du bouton ESP, qui vous permet d’automatiser le talon-pointe pour ne plus vous consacrer que sur l’essentiel. Enfin, le verrouillage de la boîte est une fois de plus exemplaire, avec un levier au débattement juste comme il faut. Seul petit bémol lors du passage 5/4, attention aux accrochages en allant trop vite. L’expérience globale est incroyablement grisante, je me surprends à conduire beaucoup plus fort que d’habitude et en redemander sans cesse. Tout parait inné chez cette GR Yaris, un vrai cadeau des Dieux.

Une première pour GR, au goût de der des der

La GR Yaris est la première sportive Toyota conçue et produite à 100% par Toyota depuis plus de deux décennies et force est de constater que le résultat dépasse toutes mes espérances. Un style exubérant, un caractère tapageur, de l’engagement à la conduite, tout y est ! C’est un véritable sans-faute. On regrette presque que ça n’arrive que maintenant, à l’heure où les derniers soupirs de l’automobile sportive 100% thermique sont comptés. D’après la grille de malus 2021 et les rejets de CO2 annoncés par Toyota, ce ne sont pas moins de 7821 € qu’il faudra ajouter à la cagnotte pour vous porter acquéreur de mon coup de coeur absolu de cette année. M’est avis que je vais surveiller dangereusement le prix des jeunes occaz’ l’année prochaine moi… Décrocher la MX-5 ? Ça paraissait impossible dans mon esprit, et pourtant…

Crédits Photos & vidéo : Maurice Cernay

Quelques chiffres

Dimensions : 3995x1805x1460
Poids à vide : 1280 kg
Volume coffre :  286 L
Volume réservoir : 45 L 
Consommation mixte annoncée (WLTP) :   8.9  L/100 kms
Rejet CO2 moyen annoncé (WLTP) : 186 gCO2/km
Cylindrée : 1618 cc
Puissance max : 261 ch à 6500 trs/min
Couple max : 360 Nm  entre 3000 et 4600 trs/min
Vitesse max : 230 km/h
0 à 100 km/h : 5.5 sec