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Saviez-vous que le constructeur de Wolfsburg commercialisait des véhicules hybrides ? Les lecteurs assidus de notre blog que vous êtes en grande partie répondront immédiatement oui puisque nous en avions parlé en mars dernier et même en décembre dernier mais pour la plupart des consommateurs il y a fort à parier que l’appellation hybride les emmène plus machinalement vers une concession Toyota que vers celle de la voiture du peuple… Et pourtant, la gamme VW compte actuellement deux véhicules hybrides à son catalogue : le gros SUV Touareg équipé d’un V6 TSI dont le prix limite nécessairement la diffusion et, dans un tout autre genre, la Jetta, berline tricorps dérivée de la Golf 6, une carrosserie que les français ne goûtent que très moyennement et qui, là encore, ne permet pas de réaliser des volumes exceptionnels. Si l’on rajoute à cela la communication de VW sur ces produits, moins visible qu’un fantôme, et le fait qu’il faut en plus un œil averti pour identifier ces oiseaux rares on se dit finalement qu’en essayant cette Jetta Hybrid on est au volant d’un véhicule particulièrement exotique, presque exceptionnel, et en tout cas méconnu qui mérite comme les autres qu’on le découvre un peu mieux avant de le juger. C’est à cela que je vous convie dans cet essai…

Alors, elle est où cette Jetta ? Là… Où ça ? Ben là, devant tes yeux… Ah… Oui… effectivement…

« Sobre et discrète », voila certainement deux adjectifs qui définissent bien la Jetta mais le vocabulaire des réfractaires à VW pourra aisément tendre vers un plus radical « terne et insipide ». Certes la voiture n’est pas à tomber à la renverse, son style ne fera probablement tourner aucune tête, vous n’y trouverez pas la moindre once d’exubérance ou même d’audace et encore moins de caractère démonstratif d’une quelconque vertu automobile (puissance, style, dynamisme, sportivité ou élégance, que sais-je encore…). Mais en contrepartie vous n’aurez pas non plus quoi que ce soit à lui reprocher en matière de laideur ou de déséquilibre car, si l’on peut éventuellement chipoter sur son popotin (je n’ai pas dit tripoter son popotin…) que je trouve pour ma part un tout petit peu trop massif, pour le reste de la ligne et du style les termes évoqués au début de ce paragraphe prennent ici un sens résolument positif.

Le profil tricorps est donc très classique mais dans la couleur noire (noir intense nacré en option) de notre modèle d’essai le jonc chromé en bas du vitrage latéral ressort agréablement et la voiture dégage une certaine prestance que sa taille, tout de même assez imposante (4,64 m), accentue légèrement. Cette prestance serait sans doute davantage renforcée avec une monte pneumatique plus généreuse que les 16 pouces de cette version Confortline mais cependant la voiture ne subit pas d’effet « roulettes » et quand on connait le prix des gommes on se dit qu’une pause dans la course aux jantes démesurées que se livrent les constructeurs n’est pas forcément plus mal. A l’avant on retrouve des optiques typiquement Volkswagen qui, grâce à l’option phares au xénon directionnels, se parent d’un caractère un peu plus frondeur et qui adoptent, en sus d’un traitement nettement plus qualitatif, un côté high-tech bienvenu avec les feux de jour à DEL. A l’arrière je ne reviendrai sur la malle généreuse que pour signaler qu’elle reste, malgré mes critiques, fort bien intégrée à la ligne générale et qu’elle accueille des feux horizontaux dotés d’une signature visuelle en DEL assez réussie et en tout cas aisément identifiable. La Jetta est donc une sage berline sans chichis et sans excès mais je vous rappelle tout de même que nous avons entre les mains un modèle spécifique doté d’une motorisation hybride, on pourrait donc s’attendre à quelques artifices supplémentaires histoire de faciliter l’identification du modèle… Et de fait ils y sont, mais intégrés dans la droite ligne du style général du véhicule, c’est-à-dire avec discrétion. Vous retrouverez ainsi un monogramme « Hybrid » aux contours bleutés sur chaque face du véhicule, un sur chaque aile, un sur la malle et un sur la calandre, cette dernière se voit en partie refermée par un bandeau en plastique noir (forcément ça ne saute pas aux yeux sur une Jetta noire…) et les deux logos VW sont traités à la sauce « contours bleutés » évoquée plus haut. Fermez le ban…

Noir c’est noir… Oui mais il y a un compteur multicolore, youpi c’est la fête !

« Austère et triste », deux nouveaux adjectifs pour cette fois-ci qualifier l’habitacle de cette Jetta et ils lui vont comme un gant, mais pour rester tout à fait honnête il faut leur en adjoindre un troisième et ce sera celui de rigoureux. L’intérieur de cette Jetta reprend intégralement le poste de conduite de la Golf, mais de la Golf 6. On serait alors aisément tenté de se dire que tout cela est dépassé mais il n’en est rien, la durée de vie moyenne des dernières Golf aidant grandement il faut l’avouer, et cette Jetta peut encore largement en démontrer à nombre de concurrentes directes ou indirectes, de son segment ou non, en termes de qualité perçue. Les matériaux utilisés ont tous une apparence très valorisante, même les plastiques durs qu’on trouve en quantité non négligeable, y compris dans des endroits quelques peu inappropriés (le haut des portières où l’on pose régulièrement son coude par exemple… aïe, bobo au bout de quelques heures), les ajustements sont particulièrement précis, les boutons sont agréables au toucher et silencieux à la manipulation et les sièges sont en cuir… enfin seulement sur les zones en contact avec vous et naturellement en option. Pas grand-chose à redire donc si ce n’est, fort bizarrement, le maintien très approximatif de la plaque en simili métal autour du levier de la boite de vitesse qui gigote dans son logement sur deux bons millimètres.

Maintenant si sérieux pouvait de temps en temps rimer avec autre chose que tristesse j’avoue que je ne serais pas contre car cet intérieur et ses subtils dégradés de noirs foncés et clairs (50 nuances de noirs ?) manque pour le moins de fun et il sera bien difficile de le trouver sexy… sauf si vous êtes gothiques, là vous allez kiffer à mort. Tout ou presque est noir dans cette Jetta si l’on excepte les quelques inserts d’apparence métallique (dont un siglé Hybrid au dessus de la boite à gant, d’une incroyable audace…), et le ciel de pavillon gris clair qui au vu des taches laissées par les doigts de mes prédécesseurs autour des poignées de maintien aurait peut être gagné à lui aussi passer du côté obscur.

Mais cette noirceur généralisée n’en fait finalement que mieux ressortir l’élément vraiment spécifique de cette Jetta Hybrid : son compteur de puissance qui remplace à gauche du combiné d’instrumentation le traditionnel compte-tour. Et là c’est la joie, la folie, la gaieté, on frise la folie par la débauche presque indécente des couleurs vives et chatoyantes de ce… Enfin je veux dire que c’est un compteur paré de vert (pour les phases de charge) de bleu (pour l’utilisation la plus éco-nomique/logique), de blanc (pas bon…) et même de la mention Boost tout à droite (alors là carrément pas bon du tout) avec une aiguille rouge au milieu, vous me pardonnerez pour mon excès de lyrisme mais je suis certain que vous le comprendrez aisément… Ce compteur intrigue en tous les cas et surtout il est l’un des rares indicateurs préalables qui nous rappelle que nous sommes au volant d’une voiture hybride.

Je prends la valise noire, la bleue, la verte, la rouge, la orange, la peluche du petit, le bac du chat et la cabane du chien ça ira ? Euh… non…

« Habitable et étriquée » sont mes qualificatifs suivants et il faudrait ici également rajouter « problématique ». En effet si le généreux gabarit de la voiture que j’évoquais plus haut laisse à penser que nous sommes en présence d’une vraie familiale il faudra réviser assez brutalement son jugement à un moment fatidique : celui du chargement des bagages.

Mais commençons par charger la famille. Jusqu’ici tout va bien. L’espace intérieur proposé par la Jetta est vraiment très intéressant, aussi bien devant que derrière où les passagers profiteront d’un espace aux jambes de première catégorie. Le passager du milieu ne sera pas aussi bien loti mais il ne sera pas non plus soumis à la torture et il est tout à fait envisageable de voyager à cinq dans d’excellentes conditions dans cette VW. Les sièges sont agréables et maintiennent correctement mais ils se révèlent un peu fermes. A l’avant si le conducteur pourra régler son siège électriquement dans toutes les positions (en option) le passager devra passer par l’huile de coude, il constatera au passage que l’espace entre le siège et la portière est encore très important, c’est pratique pour attraper les réglages mais on se demande quand même pourquoi cette largeur ne bénéficie pas plutôt aux assises, non qu’elles soient étroites mais simplement parce que plus on en a plus on en veut.

Parfait, toute la famille est bien installée mais alors pourquoi les valises orange, verte et bleue et le chien sont toujours sur le trottoir ? Eh bien tout simplement parce que quand on ouvre le coffre de cette Jetta hybride on a une sacrée mauvaise surprise, il est tout aussi soigné que le reste avec des charnières bien protégées et une belle moquette grise (non, pas noire…) mais il est déjà plein… et pas à cause des valises rouge et noire. En effet c’est l’endroit qu’ont choisi les ingénieurs de chez VW pour caser un élément essentiel du véhicule hybride : les batteries. Et outre le fait qu’elles sont particulièrement envahissantes en réduisant l’un des arguments forts de ce véhicule, son volume de coffre (originellement de 510 l.), à peau de chagrin (315 l. environ, ce qui au passage n’est pas précisé sur le configurateur de la marque), elles le rendent également peu pratique puisqu’il n’est pas plat mais bien au contraire fort tourmenté dans ses formes. On peut certes rabattre le dossier des sièges arrières mais l’ouverture reste particulièrement étroite et il n’est dès lors plus question d’emmener les enfants, la vocation familiale de cette voiture en prend un sacré coup et il va bien falloir lui trouver d’autres qualités pour vous convaincre.

Ils sont pénibles tous ces gens qui se traînent sur l’autoroute ! Heu… tu es à 200 km/h là ! Ah tiens, oui…

« Vive et ferme » voila les adjectifs les plus adaptés pour décrire les principaux ressentis au volant de cette Jetta. Comme il se doit pour une hybride la voiture ne démarre pas normalement puisqu’en fait elle ne démarre pas, ou plutôt le moteur thermique ne démarre pas. Un pied sur la pédale de frein, un tour de clé, un aller retour d’aiguilles, la boite DSG en position D et hop c’est parti tout en douceur sur le moteur électrique, c’est toujours très agréable et reposant.

Mais j’en oublie les présentations techniques. Cette Jetta hybride adopte un système assez similaire à celui de chez Toyota en essence ou de chez PSA en diesel. Sous le capot se côtoient deux moteurs, l’un thermique, un 4 cylindres essence turbocompressé 1.4 l TSI qui développe 150 ch. et l’autre électrique dont la puissance nettement plus modeste n’est que de 27 ch. L’accouplement des deux ne donne pas exactement 177 ch. comme on pourrait s’y attendre mais seulement 170 ce qui reste une valeur fort honorable. Ces deux moteurs fonctionnent en synergie selon les besoins du véhicule et l’utilisation du conducteur, tout électrique (possible jusqu’à 75 km/h mais pas facile à atteindre), électrique et thermique de concert en cas de forte sollicitation ou tout simplement thermique dans de nombreux cas. La gestion du système fonctionne sans aucun changement d’habitude pour le conducteur tout étant géré par l’électronique qui se charge de mettre en route tel ou tel bloc ainsi que de veiller à la charge des batteries. Ces dernières n’ont qu’une autonomie limitée lorsqu’elles sont pleines (deux kilomètres tout au plus) et doivent donc régulièrement être rechargées ce qui peut se réaliser de plusieurs manières : soit par le moteur thermique directement, qui doit donc en même temps tracter le véhicule et recharger les batteries, soit en récupérant l’énergie cinétique générée par le véhicule lancé en roue libre ou enfin grâce à celle générée lors des phases de freinage. Ce bloc moteur(s) est couplé à la boite automatique maison, la fameuse DSG7, qui rend l’utilisation de l’ensemble particulièrement agréable et facile et, si l’on excepte quelques tous petits à-coup à très basse vitesse lors du redémarrage du bloc essence, la boite se montre impériale, précise, assez prompte à réagir, douce et toujours sur le bon rapport. Pas de doute sa réputation n’est pas usurpée.

On commence doucement c’est vrai mais on perçoit immédiatement que la voiture a du potentiel, un petit coup sur l’accélérateur lance rapidement le moteur essence (trop rapidement à mon goût, il se déclenche vraiment trop vite même avec le mode Eco) dont la sonorité, quoique discrète, s’avère particulièrement quelconque et vous voila propulsé en un rien de temps au delà de la limite de vitesse réglementaire en ville. Sur route cela s’avère très agréable car la voiture fait preuve d’un réel punch, autorise des dépassements tout à fait sécurisants et les reprises sont littéralement bluffantes ce qui surprend pas mal les automobilistes qui vous suivent lorsque à la sortie d’un village vous les laissez sur place…. Quelle que soit la vitesse, si vous enfoncez l’accélérateur, le kick down intervient (après un temps de réaction qu’il faut tout de même apprendre à domestiquer), l’aiguille du compteur de puissance s’envole sur 10 et sur Boost et c’est le décollage. Attention néanmoins la cavalerie ne passe pas aisément au sol, en particulier sur route humide, et l’antipatinage est rapidement sollicité.

En tout cas la voiture se montre silencieuse en toute circonstance et particulièrement à son aise sur la route et sur l’autoroute, un petit tour en Allemagne lui a ainsi permis d’atteindre sans difficulté les 210 km/h au compteur. Véloce donc, mais attention, la Jetta ne se montre pas pour autant sereine en toute situation. D’abord, comme je le précisais plus haut, sa suspension est ferme, elle ne devient pas pour autant inconfortable mais il faudra quand même s’y habituer ce qui n’est pas mon cas alors que je roule en allemande au quotidien. En contrepartie la voiture est bien maintenue et même si elle n’a pas un tempérament très joueur, elle enchaîne assez aisément les virages d’autant que sa direction se révèle très agréable, informative et précise. Le train avant se montre rigoureux et l’arrière, pourtant nettement simplifié par rapport à la Golf 6 suit sans difficulté, sans doute parce qu’ici le poids des batteries qui pèsent directement sur l’essieu arrière vient donner un surplus de stabilité. Maintenant attention, si vous haussez le rythme cette Jetta vous rappellera par un sous-virage marqué qu’elle est avant tout une berline sage et familiale.

La bourse ou la bourse ?

« Chère et gourmande » sont hélas les adjectifs qui définissent le mieux le véhicule en terme de finances même s’il faut savoir nuancer ses propos sur la gourmandise. En tout cas le prix de base de cette Jetta refroidit sérieusement puisqu’il se situe à 30 760 € auquel il faut, il est vrai, soustraire un bonus de l’Etat qui ne peut plus désormais dépasser les 8,25 % de la valeur du véhicule. Le problème c’est que la voiture ne bénéficie pas franchement d’un équipement que l’on pourrait qualifier de pléthorique puisque la finition Confortline de notre modèle d’essai est dotée de base du pack visibilité (allumage automatique des feux, capteur de pluie et rétroviseur intérieur jour/nuit automatique, ce dernier ne m’a d’ailleurs pas du tout convaincu car il ne fonctionne tout simplement pas quand la voiture qui vous suit est trop près de vous), des rétroviseurs électriques rabattables électriquement (ultra agaçant car il ne se replient pas automatiquement au verrouillage du véhicule et qu’en plus pour les rabattre il faut que le contact soit mis) et de l’interface Bluetooth (qui pour le coup fonctionne remarquablement bien, un vrai plus pour la sécurité). Sur notre modèle d’essai il faut rajouter le système multimédia à 520 €, la sellerie cuir Vienna avec siège électrique (pour le conducteur) et chauffants à 2760 €, les projecteurs bi-xénons directionnels à 1690 € et la peinture métallisée nacrée à 610 €. Total : 36 340 €…

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Et malheureusement pour ce prix là vous n’aurez pas la reine de l’efficience énergétique car si la voiture ne peut pas être qualifiée de « boit-sans-soif » elle reste tout de même un peu portée sur la boisson. J’ai effectué 392,2 km durant le week-end de l’essai avec un cycle de roulage on ne peut plus complet et en respectant strictement les limitations de vitesse : ville, bouchons, route, voie rapide, montagne, autoroute et même autoroute allemande (qui plombe bien il est vrai la consommation), j’ai remis 28 litres de sans plomb dans le réservoir le dimanche soir, faites le calcul, on arrive à 7,13 l/100 (l’ordinateur de bord se montrant nettement plus optimiste…). Je dois dire que je m’attendais à un peu mieux pour une hybride. Néanmoins je nuancerai un tout petit peu ces chiffres en enlevant un petit 0,4 l compte tenu du rythme des 40 km d’autoroute allemande. Mais même sans cela on reste dans des valeurs moyennes pas spécialement flatteuses. La raison est simple mais paradoxale, la voiture est nettement plus à son aise en ville ou dans les bouchons où elle peut utiliser son système hybride avec une plus grande efficacité que sur la route et l’autoroute où elle ne roule pratiquement qu’en thermique. C’est donc une citadine masquée derrière un maquillage de routière et c’est un peu incohérent…

Conclusion, car oui il faut savoir s’arrêter à un moment.

Au final j’analyse cette Jetta d’une façon simple, il ne s’agit à mon sens que d’un coup d’essai de VW dans le domaine de l’hybride, une sorte de laboratoire réel qui testerait à grande échelle le savoir-faire de la marque dans ce domaine où elle n’est pas pionnière mais où elle s’immiscera forcément avec bien plus de force dès qu’elle pourra proposer un produit plus aboutit. Cette Jetta n’a pas été conçue pour être hybride à la base, on le remarque aisément ne serait-ce que par l’implantation des batteries et par son efficience toute relative, et si ses ventes restent très confidentielles ce n’est finalement pas un mal car cela évite d’égratigner l’image en béton du constructeur de Wolfsburg. Mais attention, la technologie hybride de VW est presque au point, quelques détails supplémentaires pour l’améliorer et elle constituera à n’en pas douter une proposition bien plus intéressante dans les années qui viennent. A suivre donc et même à surveiller de très près…

Un très grand merci à Benoit Darré pour la mise à disposition du véhicule à… Strasbourg (c’est très fort) et merci également à la concession VW de Hoehneim pour leur accueil chaleureux.

Crédit photo Eddy P.