Nouveau Monde oblige, c’est via Facebook que Ferrari a officialisé sa dernière création, la SP3JC, nouvel opus de son département Special Project. Ce n’est que 48 heures plus tard que l’Ancien Monde fit preuve de résistance sous la forme d’un communiqué d’une petite page. Il serait toutefois dommage de passer à côté, on va donc essayer de vous en dire le plus possible.

Si par hasard vous avez raté des numéros, les séances de rattrapage sur l’histoire des Special Projects, c’est à lire sur le blog. Et pour la désormais petite avant-dernière, la SP38, on vous aussi déjà tout raconté.

Nous avons donc devant les yeux une voiture unique qui, par contrat, ne sera jamais plus produite. Compte tenu des autres photos qui ont fuité par ci par là, la voiture sera immatriculée au Royaume-Uni chez Monsieur JC, mais vous vous en doutiez, un honnête commerçant en automobiles de goût et de prix. Nous avons une petite chance de la croiser dans nos contrées, plus en tout cas que celles qui sont parties au Japon ou aux USA.

La base technique de la voiture, ce n’est absolument pas évident au premier regard, est celle de la F12 TdF. Elle est restée identique comme pour la 275 RW Competizione. Moteur atmosphérique de 12 cylindres en V, 780 chevaux, boîte à double embrayage et roues arrières directrices. Pas un mot sur d’éventuels renforts qui compenseraient l’ablation du toit. Mais le principal intérêt des SP, c’est bien sûr la grande latitude offerte au commanditaire pour déterminer le dessin de sa voiture et sa configuration.

Pour la ligne extérieure, l’inspiration est multiple. A l’avant, nous avons une 812 Superfast pour les phares et le capot. On note bien sûr les 2 grandes ouvertures parallèles découpées dans la longueur qui laisse largement entrevoir le moteur. Gimmick courant sur les voitures à moteur central arrière, c’est une idée moins banale à l’avant.  Le bouclier a été retravaillé pour une plus grande agressivité. Les stylistes et ingénieurs qui travaillent sur la 812 “TdF” ont peut être mis une petite touche ici.

Pour le profil, on retrouve de la F12TRS, des Monza SP1 et SP2 et de la F60 América : SP3JC est un cabriolet avec un très joli double bossage qui vient poursuivre le dessin des arceaux de sécurité qui se font très discrets. L’habitacle bien qu’ouvert reste assez enfermé : la voiture n’est pas livrée aux quatre vents. On est plus dans l’esprit roadster que pur cabriolet, c’est assez dans l’air du temps me direz-vous : Huracan ou 488 Spider en font de même. Les flancs sont creusés mais de manière originale avec un prolongement de l’aile qui vient créer l’écart qui lui, se termine en bas par l’extracteur d’air chaud des freins avant. Les jantes se parent des 5 branches traditionnelles dans un mouvement d’hélice, très dynamique. Elles sont particulièrement réussies et grises : alléluia !

De l’arrière, c’est clairement la Portofino qui a inspiré la partie supérieure : des feux qui prennent place sous un angle aigu qui délimite le coffre, un dessin agressif mais tout en finesse. La proue forme un angle inversé avec le reste de l’auto, apportant dynamisme et un peu de légèreté. C’est moins le cas du bouclier arrière et de ses 2 fentes qui parcourent l’auto sur quasiment toute sa largeur au dessus du diffuseur. L’esprit course n’est pas loin, une GTO Evoluzione, toutes proportions gardées. Touche rétro avec le bouchon d’essence en aluminium poli qui se loge sur l’aile droite.

Finalement, la voiture est plutôt réussie, sans être une parfaite top-modèle comme SP1. On y retrouve en effet un peu trop du style actuel assez massif, posé, manquant un peu de légèreté selon moi. Après réflexion, je trouve qu’elle pourrait former un hommage, de type Icona (la gamme des Monza), à la 330 TRI, vainqueur des 24h du Mans 1962. Long capot avant, carrosserie ouverte, arrière court, habitacle confiné, ouverture du capot avant, les grandes lignes y sont. L’inspiration est peut être un peu lointaine et il lui manque quelques détails forts, liant les 2 autos. Des griffes latérales ou un bouclier percé de 2 grandes entrées centrales auraient aidé.

En revanche, il est impossible d’occulter la configuration choisie par l’acheteur. Si l’accord peinture extérieure et sellerie en “Azzuro Met” peut se comprendre, tout le reste est absolument… différent. La voiture est “‘Bianco Italia” sur les 3/4 arrière et “Azzuro Met” sur le 1/4 avant. Cette coupe n’est pas du meilleur effet, trop éloignée de la dynamique du dessin. On y ajoute des touche de “Giallo Modena”, très traditionnel, pour le chiffre 3, repris sur le capot et les portières, pour la coupe entre le bleu et le blanc ainsi que pour souligner le contours du bossage arrière. Prises individuellement, toutes ces teintes se défendent. Mélangées de la sorte, je trouve le résultat complètement raté. Un peu de survol des forums des amateurs éclairés de la marque, je n’ai pas trouvé trace d’un hommage à une glorieuse ancienne qui pourrait justifier a minima ce patchwork. Je ne l’ai pas trouvée non plus dans ma mémoire, mais elle forcément partielle. Ferrari nous explique simplement que Monsieur JC est un grand amateur de Pop Art. Alors soit, acceptons ce bariolage un peu fou tel qu’il a été choisi, c’est sa voiture. Notons toutefois que le Pop Art se base théoriquement sur des œuvres dont le sous-jacent est populaire, diffusé en grand nombre, parfois qualité de “low art” par opposition à l’art des pièces uniques des musées. On est en loin, très loin… sauf sur les couleurs vives, autre signature du mouvement initié dans les années 50 et 60 entre Royaume-Uni et Etats-Unis.

Souhaitons bien du plaisir à Mister JC, sur la route et pas au fond d’un garage !

Crédits photos : Ferrari et RM Sotheby’s