Si je vous dis que le pick-up en question est adoubé par Chuck Norris, himself, et élu pick-up de l’année 2017 par 4×4 Magazine, vous pensez directement à un gros pick-up made in Texas ? Et bien pas vraiment…

Direction la magnifique région du Piémont et ses superbes montagnes recouvertes de vignes aux couleurs automnales, dans la brume matinale… Trêve de poésie, car franchement un pick-up c’est tout, sauf poétique. À commencer par le nom « Fullback » qui dans le football américain (et surtout d’après Wikipédia) est le joueur généralement le plus corpulent, dont le rôle est de courir devant le halfback afin de bloquer les adversaires et lui ouvrir ainsi le chemin pour une course facilitée (!). Autant dire qu’il faut avoir confiance en son produit pour nommer ce véhicule de la sorte.

Premier contact visuel, dans le centre de Turin. Le Fiat Fullback Cross se démarque du Fullback « standard » par des touches purement esthétiques, comme les extensions d’ailes en plastique noir ou teinte carrosserie, un arceau beaucoup plus design (mais nettement moins utile), et une protection de benne siglée Mopar qui le ferait presque passer pour son grand-oncle américain par alliance, le Dodge RAM. La teinte métallisée est disponible en option, et les feux de jour à LED et les bi-xénons sont eux de série. Il faut l’avouer, côté look, la SUV-isation du pick-up Fiat est plutôt réussie.

Je ne vous ferais pas le coup de “c’est un Mitsubishi L200, ça se voit d’ici, ils auraient pu faire un effort, j’en ai marre de tous ces constructeurs qui rebadgent des pick-up japonais, blablabbla….”. Non je ne le dirai pas.

L’intérieur subit un peu le même traitement : 7 airbags, climatisation bizone, système de navigation tactile de 7’’, lecteur MP3, Bluetooth et port USB. L’intérieur cuir avec siège chauffant, électrique (seulement pour le conducteur), et la caméra de recul tenteront de vous faire oublier la finition quelque peu utilitaire de ce dernier.

La prise en main s’effectue avec la version 2,4 diesel, 180 ch, 430 Nm de couple (seul moteur de la gamme), équipé d’une transmission automatique 5 rapports. Sortie de l’agglomération turinoise, je suis surpris par le comportement routier, on est encore loin d’un SUV, mais tout à fait honorable pour un pick-up dit « une tonne »… Sur la route nous reliant au restaurant, je fais la découverte étonnante des palettes derrière le volant, qui me surprennent par leur (relative) rapidité. Question sécurité passive, le « bip bip » signalant le franchissement de ligne peu devenir vite irritable sur de long trajet.

Après une pause-café, Italie oblige, je passe à la version équipée du même moteur avec cette fois la transmission manuelle, 6 rapports. Première différence, l’impression d’avoir un moteur plus puissant, dû au fait qu’on peut pousser les rapports un peu plus haut dans les tours. Du coup les 1 875 kg de la bête passent un peu plus inaperçus, du moins jusqu’au premier freinage, qui vous rappelle vos cours de physique portant sur le rapport vitesse/masse.

À chaque essai de ce genre de véhicule, il me prend une envie irrésistible : celle d’être à l’affût du moindre sentier de terre escarpé, afin de vérifier les dires de la plaquette marketing. D’après celle-ci, le Fullback est un des rares pick-up du segment à être équipé d’une transmission quatre roues motrices permanentes (avec le Volkswagen Amarok), équipée de différentiel central et arrière Torsen, blocable, en cas de coup dur. Oui aucune béquille électronique, du blocage mécanique pur et dur.

La magnifique région du Piémont offre à travers les vignes et surtout à travers l’automne, de nombreuses opportunités de rendre ce charmant véhicule dans un état épouvantable (on s’excusera auprès du staff Fiat notre petite escapade plutôt… boueuse). Mais dès que la route disparait on le sent vraiment plus à son aise. Pour le mettre en difficulté, il faudra vraiment y mettre de la mauvaise volonté, ce qu’on a su faire avec brio.

Là est la vraie raison d’être de ce genre de véhicule : emprunter les routes les plus escarpées, avec la facilité d’une Fiat 500 sur les grands boulevards, le tout avec une capacité de chargement d’une tonne, soit à peu de chose près l’équivalent de cette même Fiat 500. Pourtant, si on le compare à l’Alaskan, ses capacités de franchissement sont nettement moindres, mais tout à fait honorables pour les 99 % des utilisateurs de pick-up.

En feuilletant le catalogue des accessoires, on découvrira cette étonnante caravane à installer en lieu et place de la benne. Loin d’être une innovation, j’ai été avant tout impressionné par l’habitabilité de l’intérieur. Cela donne presque envie d’y rajouter de gros pneu terre, un treuil (toujours disponible au catalogue) et de partir à la conquête d’endroits inhospitaliers, tels que les steppes mongoles, ou encore les quais de Seine.

Pour conclure, le Fiat Fullback Cross répond aux attentes des clients dits « lifestyle ». Là se trouve ma principale interrogation. On comprend tout à fait l’utilité d’un tel véhicule pour un artisan, ou tout autre professionnel qui ont des besoins de grande polyvalence, la fiscalité aidant. Mais le Pick-up italien est ici dans une version très loin de nos mœurs actuelles. Quelle est la part de marché du lifestyle en question ? Un pur client pick-up ne se tournera-t-il pas vers un Ford F-150 ou un Dodge RAM (FCA Group corporate) ? D’ailleurs, la vente du Fullback dans le réseau professionnel du constructeur turinois répond un peu à la question. Car oui, après longue investigation, parfois au péril de ma vie, les artisans ont aussi une vie privée, oui, oui !

Merci à l’équipe Fiat pour l’accueil et encore désolé pour l’état, légèrement boueux, dans lequel on a ramené le Fullback Cross

Crédits photos : Damien Rondeau