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A Francfort Renault a présenté avec Initiale Paris Concept le dernier pétale de la Marguerite imaginée par son directeur design et effeuillée depuis trois ans. C’est l’occasion de dresser un bilan sur ce cycle et son influence sur les productions du losange et c’est avec le créateur de ces concepts, Laurens Van Den Acker, que nous avons eu le plaisir de nous entretenir.

Blogautomobile : Initiale Paris Concept est la dernière production d’un cycle, c’est donc le moment des bilans alors quel regard portez-vous sur le travail accompli depuis deux ans ?

Laurens Van Ded Acker : Je pense qu’on est à la moitié du chemin. On a installé une stratégie assez claire qui a l’air de prendre mais c’est bien entendu trop tôt pour déclarer victoire et il y a encore pas mal de choses à accomplir, beaucoup de travail nous attend.

B : Alors justement, la marguerite est terminée désormais, qu’est-ce qui se passe après ?

LVDA : La marguerite c’était l’inspiration pour cette génération de Renault donc j’ai naturellement pensé aussi à ce qu’on doit faire après et, quand on y réfléchit, on se rend compte que le cycle de la vie c’est finalement comme une spirale, donc la fin c’est le début… Mais cependant je pense qu’on va prendre une petite pause parce que beaucoup de voitures vont sortir en production dans les deux-trois ans qui viennent et pour le moment on va travailler sur la nouvelle génération pour bien y intégrer les éléments de la marguerite et donc bien montrer la différence. La marguerite a bien fonctionné pour nous parce qu’il y avait une histoire qui se raconte pendant un certain temps, on ne connaissait pas encore toutes les réponses donc continuer l’histoire pour ne pas perdre le fil rouge c’était important pour avoir des repères : Renault aujourd’hui c’est ça, demain ce sera ça. Et je vais pouvoir continuer l’histoire avec une certaine sérénité.

B : Est-ce que ça signifie qu’après les importantes et fréquentes ruptures de style qu’on a vu chez Renault depuis de nombreuses années on va plutôt se retrouver dans une phase où l’identité va évoluer plus en douceur ? Cette identité avec ce gros logo bien mis en valeur, fièrement, elle va se transformer dans quel sens ?

LVDA : j’étais assez intéressé naturellement par la réaction des clients et finalement les problèmes sont plus venus de l’intérieur de l’entreprise que de l’extérieur. Chez Renault on a entendu de nombreuses réactions sur ce logo « ah ce grand losange, c’est choquant ! » et finalement quand on l’a sorti les gens disent « oui, on reconnait ce que c’est une Renault » alors je n’ai pas envie de changer beaucoup parce que j’ai trouvé une identité assez unique, qui me convient et j’ai fait aussi un effort pour la rendre assez flexible pour qu’on n’ait pas à la changer radicalement. Maintenant l’identité qu’on a n’est pas forcément aussi dogmatique que celle qu’on peut voir chez d’autres marques premiums où c’est vraiment un copié-collé, je pense qu’on peut jouer avec la taille, les chromes, la décoration, de façon à ce que ça reste intéressant alors ça va probablement peu évoluer, je n’ai pas envie de chercher une autre identité pour le moment.

B : Et le losange en lui-même il peut encore évoluer comme il l’a fait par le passé ?

LVDA : En fait c’était dans les tuyaux de changer avec la nouvelle génération parce que ça faisait 20 ans depuis le dernier changement et parce que l’avant dernier avait lui aussi duré 20 ans alors je trouvais que c’était peut-être le bon moment pour le faire. Mais l’entreprise a estimé que c’était peut-être une étape de trop, trop rapide. Moi je voulais toucher à tout mais mon chef pensait que ce losange c’est un signe de qualité et de prestance, alors on n’a pas voulu changer le losange mais au moins le moderniser, et puis finalement ce n’était pas nécessaire tout de suite.

B : Sur les Renault qui sortent actuellement on regrette souvent l’absence d’une vraie signature lumineuse, est-ce que c’est un élément sur lequel Renault va travailler ?

LVDA : oui c’est vrai qu’il n’y a pas de signature identifiable. Je pense qu’à mon arrivée on avait un vrai retard par rapport à la concurrence, au moins 5-6 ans dans la compétition. Je ne peux pas dire qu’on a complètement rattrapé ce retard mais on l’a réduit et on est peut-être plus maintenant qu’à 2-3 ans. La signature lumineuse c’était une des premières questions qu’on m’a demandé de développer mais je répondais à ce moment : comment peut-on avoir une signature lumineuse quand on n’a même pas une identité ? Alors j’ai mis la priorité sur l’identité propre et avec tout ce qui va suivre on va nous aussi, pour la première fois, avoir une signature lumineuse identifiable. C’était important c’est vrai mais ce n’était pas la priorité pour moi. Le futur Espace possédera déjà beaucoup plus une signature lumineuse sur le véhicule définitif.

B : Alors venons en à cet Initiale Paris Concept. A quel point préfigure-t-il le véhicule de série ? Est-ce que les réactions qu’il va susciter ici peuvent modifier l’aspect final ?

LVDA : S’il y a une grosse catastrophe dans les réactions médiatiques alors vous verrez un nouvel Espace avec aussi un nouveau directeur design (rire)… Mais sinon, la voiture de série est faite. On a pas mal changé le concept de l’Espace et c’était voulu, c’était un choix.

B : Et peut-être un risque aussi quand on voit que les concurrents ont pris les devant sur le segment des monospaces que Renault semble abandonner alors qu’il y était un champion ?

LVDA : oui un risque. Mais ça vraiment ça ne me fait pas peur parce que de temps en temps tu prends plus de risque en ne prenant pas de risque… C’est ma théorie…

B : disons que les discussions en interne ont du être animées

LVDA : oui c’était un peu chaud parfois, ce n’était pas consensuel dirons-nous. Mais d’un autre côté il y avait les réalités du marché, on voit que les monospaces purs c’est un segment qui est en train de se tasser, ensuite on nous a dit il y a quelques années d’arrêter de penser seulement à l’Europe lors de la conception de la voiture, d’autant que c’est un marché qui a considérablement baissé donc ça devient difficile de justifier le développement d’une voiture juste pour l’Europe. De plus si tu veux chercher à t’affirmer sur l’international tu ne peux pas le faire avec un monospace. Donc pour toutes ces raisons il nous semblait logique de réorienter le concept Espace. En plus le monde a aussi changé, par exemple le CO2 est devenu un critère important alors qu’il y a dix ans on ne savait même pas ce que c’était que le CO2. La voiture devait donc devenir beaucoup plus aérodynamique et pour ça on a baissé le toit, on a resserré l’habitacle vers l’arrière pour avoir une silhouette plus aérodynamique. En plus la famille aussi a évolué, il y a dix ans c’était moderne pour le papa d’emmener les enfants à l’école et la famille était très égale, tout le monde avait les mêmes droits sur les écrans, mais aujourd’hui une famille c’est une collection d’individus et on veut tous les valoriser : le conducteur, le passager, les enfants, etc. La société a beaucoup changé et si on regarde ce nouvel Espace on peut constater qu’on a essayé de le mettre plus en concordance avec son époque.

B : Ce concept il annonce aussi la fameuse griffe Initiale qu’on verra très vite sur Clio. Est-ce qu’elle va tenir ses promesses cette griffe parce qu’on ne peut pas se contenter d’une ligne de chrome et d’un cuir bicolore pour affirmer que c’est du luxe ?

LVDA : Oui je suis d’accord. On a une idée précise du résultat final auquel on veut arriver et il y aura des étapes pour y parvenir. Pourquoi veut-on aller dans cette direction, tout simplement parce que 50 % du profit se fait dans le premium. Alors on peut choisir de ne pas en faire, et donc on ne s’expose pas, on ne prend pas de risques mais il n’est pas certain que pour la pérennité de l’entreprise ce soit le bon choix. Carlos Tavarès disait il faut commencer à y penser pour le finaliser dans peut-être 20 ans mais c’est important de commencer à y penser pour avoir des premières étapes. Donc pour Renault Initiale Paris on ne va pas faire une proposition à l’allemande parce que la confrontation directe avec les allemands n’est pas crédible, on veut plutôt faire une promesse plus authentique qui sera plus à chercher dans la notion « d’art du voyage » (« art of travel » NDLA : le futur slogan de l’Espace ?) ce qui pour moi a du sens pour une marque française. La France c’est la première destination touristique mondiale avec des lieux connus partout, du luxe et un art de vivre, alors je trouve que c’est un lien crédible. Maintenant c’est à nous petit à petit de donner une substance à cette promesse. Ce n’est pas idéal de commencer avec Clio Initiale Paris plutôt que par l’Espace mais c’est mieux que de ne rien faire… même si ce sera limité.

B : Carlos Tavarès a quitté le groupe cet été mais ses projets, notamment sur Alpine, restent d’actualité ? Vous y participez ?

LVDA : Oui naturellement, depuis le début le style du véhicule tombe directement sous mes responsabilités et on continue à y travailler avec le directeur design Alpine qui gère le projet. On est bien d’accord la stratégie produit ne se fait pas dans un coin, Carlos Tavares n’a pas élaboré la stratégie Alpine de façon cachée, tout a été décidé clairement de façon précise selon les règles. Donc le projet continue naturellement.

B. Merci beaucoup

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Merci à German Gomez et à toute l’équipe de Renault.

Entretien réalisé par Romain B. et Eddy P.

Photos Eddy P.