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D’abord essayé dans sa version « top of the range » Ultimate, le Kia Sorento fait son retour sur le blog en entrée de gamme curieusement appelé Premium. Alors, faut-il dépenser moins ?

Mon collègue, l’excellentissime Ugo vous a proposé récemment ici l’essai de la dernière Kia Sorento dans sa déclinaison haut-de-gamme, Ultimate. Ça a suffisamment titillé ma curiosité pour qu’à mon tour, très modestement, je vous fasse un complément d’essai d’une version (un peu) plus accessible.

Dans mon esprit, une version d’entrée de gamme, ça utilise un nom un peu pompeux qui survend le truc. Genre Lounge chez BMW. C’est bien, ça Lounge. À chaque fois que je prends l’avion, je suis content de passer d’abord au Lounge histoire de descendre quelques coupettes et de bénéficier de plein de petites attentions comme si j’étais un mec important, essayant de cacher à l’hôtesse par une allure volontaire et un pas déterminé mon sous-statut de scribouillard modeste et anonyme. Mais, hélas, je pense au fond que certaines hôtesses sont d’excellentes sociologues. Quoi qu’il en soit, dans un Lounge BMW, vous n’avez en fait pas grand-chose…

Sinon, il y a Attraction, comme chez Audi. C’est attirant, ça une attraction. Mais en fait, ça vous attire surtout à signer un chèque pour un ascétisme stylisé. Chez Mercedes, c’est un peu plus subtil : la classe A commence en finition « Intuition », en en réfléchissant un peu, j’ai l’intuition qu’il va me falloir une grande richesse intérieure pour faire croire à mes voisins que j’ai réussi dans la vie avec cette auto équipée d’un petit Diesel Renault (voire Dacia, diront les mauvaises langues).

Trêve de digressions : chez Kia, l’entrée de gamme du Sorento s’appelle carrément Premium et force est de constater, sans révéler pour autant la conclusion de cet essai, que le patronyme n’est pas trop usurpé.

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D’ailleurs, Kia ne donne pas à l’acheteur de Sorento un choix démesuré demandant de passer des heures sur le configurateur, de recueillir l’avis de votre moitié en se plongeant des plombes dans les 80 pages du catalogue d’options et en essayant d’éviter d’avouer que la compréhension de chacun des « packs » n’est pas des plus limpides, d’y réfléchir, de revenir, etc.

La marque coréenne est plus pragmatique : en gros, tout Sorento est livré d’office en version AWD 2.2 CRDi, avec deux niveaux de finition (Premium et Ultimate, donc), deux transmissions possibles (la BVM6 n’étant dispo que sur la Premium). Les options se limitent à la peinture métallisée : 620 € pour avoir un gris, un noir ou un marron et 720 € pour un blanc nacré. Sinon, il vous sera livré d’office en blanc normal.

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Notons d’ailleurs qu’il y a virtuellement plus « version d’accès » que notre version d’accès. D’abord, parce que le Sorento 2015 est dispo dans certains pays en simple 2WD et en 2.0 CRDi de 184 ch (voire aussi avec un 2.4 essence de 188 ch), mais pas chez nous. Ensuite parce que nous n’avons pas pu bénéficier d’un modèle Premium avec la boîte manuelle (43 990 €, 161 g. de CO2 et 2200 € de malus) mais d’une auto avec la BVA (45 990 €, 177 g. de CO2 et 3000 € de malus). Du coup, l’écart entre notre version d’essai et l’Ultimate est de 4000 € ; il peut être potentiellement de 6800 €.

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Pour 4000, t’as plus rien ?

Et donc, en version de base, on a des jantes en tôle et des pare-chocs en plastic noir comme sur une Dacia Duster sans nom (oui, chez Dacia, la finition de base, c’est Duster, au-dessus il y a Ambiance, qui en promet certainement une sacrée). La bonne nouvelle, c’est que l’entrée de gamme du Sorento reste malgré tout une auto relativement statutaire, et que, sur le plan de l’apparence, les différences entre les deux versions sont très limitées. Concrètement, la seule manière de spotter les différences est de noter que l’Ultimate a des feux au xénon et des roues de 19 pouces, quand la Premium se contente de roues de 18 pouces. En même temps, tout cela est très subjectif et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais si j’admets que le design des jantes du modèle conduit par le bel Ugo est un peu plus raffiné, les deux versions sont quand même extrêmement proches dans leur apparence.

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À l’intérieur, c’est pareil : y’a pas vol. Le Sorento Premium embarque une sellerie cuir d’assez bonne facture, avec les sièges chauffants, ainsi que le grand toit ouvrant qui fait baigner l’habitacle d’une belle luminosité. Le Premium bénéficie d’autres charmantes attentions : la configuration 7 places est bien-entendu de série et comme la banquette de rang 2 est coulissante, l’espace réservé aux passagers 6 et 7 n’est pas totalement ridicule. On note aussi la présence de seuils de porte avec l’inscription illuminée « Sorento » sur fond de placage en aluminium, la boîte à gants réfrigérée ainsi que l’éclairage d’ambiance, le volant chauffant, l’ouverture électrique du coffre, le démarrage keyless. Bref, cela va probablement ulcérer (Gonzague, est-ce que le blog rembourse des boîtes de Rennie sur présentation d’une facture de pharmacie ?) les quelques-uns de nos lecteurs qui sont viscéralement anti-Kia (allez savoir pourquoi, probablement se sont-ils pris un râteau en essayant de draguer dans une Kia Picanto de base dans leurs jeunes années étudiantes ?), mais il faut reconnaître que l’équipement est déjà d’un bon niveau. Que peut donc offrir de plus l’Ultimate ?

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Sur le plan du confort et de l’agrément, l’Ultimate propose plus de possibilités de réglage sur les sièges qui sont de surcroît ventilés à l’avant ; des rideaux pare-soleil électriques sur la seconde rangée de sièges, une caméra avec vision 360° au lieu d’un simple radar de parking, l’assistance automatique au parking ainsi qu’un infotainment plus évolué. Sur l’Ultimate, l’écran central est de 8 pouces au lieu de 7, le GPS (qui dispose de 7 ans de mise à jour dans les deux cas) fait appel à une carto Europe en 3D stockée sur disque dur et l’audio Infinity fait appel à 8 HP au lieu de 6 et à un caisson de basses en plus. Et un affichage tête haute ? Non, ça c’est pas prévu dans le Sorento.

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Ce n’est pas tout : le Sorento Ultimate offre un correcteur d’assiette et un régulateur de vitesse adaptatif. Mais sur le plan de la sécurité, le Premium n’est pas pour autant démuni, avec l’alerte de franchissement de ligne, l’allumage des feux de détresse en cas de forte décélération, l’allumage automatique des feux, qui sont d’ailleurs à LEDs et doublés par des antibrouillards avec fonction d’éclairage d’intersection ; il y a aussi la reconnaissance des panneaux de limitation de vitesse et le régulateur de vitesse (mais pas adaptatif, vous aurez suivi…).

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Et le feel good factor, dans tout ça ?

Bon, on a vu que le niveau d’équipement était largement supérieur au nécessaire pour se sentir bien. Cuir, lumière, espace : tout bon, ça. Et si la partie supérieure du tableau de bord est recouverte de cuir (ou d’un truc qui y ressemble bien, en tous cas), la partie inférieure fait toujours trop appel à un plastique granuleux d’aspect quelconque, tandis que l’aspect de tous les boutons de commande fait légèrement plus grossier que raffiné. Sur ce plan, Kia n’a pas encore la capacité à aller affronter les ténors du marché.

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Par contre, au niveau confort de roulage, c’est carrément pas mal du tout. Et faute d’avoir pu comparer frontalement les deux versions, je prends même le pari que la Premium est plus confortable que l’Ultimate du sémillant Ugo, simplement à cause des roues de 19 pouces (chaussées de 235/55) alors que les 18 ont des flancs sont en taille 60, qui amortissent forcément mieux. Pour le reste, lors de ma petite virée à son volant, c’est surtout un sentiment de confort et de bien-être à bord qui a prédominé. Le 4 cylindres 2.2 CRDi sait se faire plutôt discret à allure stabilisée, bien évidemment la boîte auto est placide et n’égale pas les meilleures réalisations du genre, mais avec 441 Nm de couple disponibles dès 1750 tr/mn et 200 chevaux à 3800, je n’ai jamais éprouvé l’impression de manquer de jus en roulant dans des conditions raisonnables. Avec le 0 à 100 couvert en 10 s. tout juste et 203 km/h en pointe, le Sorento est toujours à l’aise dans le trafic.

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De toute façon, forcer l’allure est assez vite hors-jeu (mais pas plus qu’avec un autre engin du même segment, façon VW Touareg V6 TDI essayé ici). Si elle dispose d’une position pour passer les rapports « manuellement », la boîte est peu enthousiasmante et n’a rien de sportif tandis que le châssis a positionné tous les curseurs sur le confort et la stabilité. On regrette le feeling de direction plutôt quelconque. Certes, on n’est pas à la barre d’un chalutier à la façon d’un Mitsubishi L200 essayé récemment, mais pour le feedback et l’engagement du conducteur, vous repasserez. Dans l’effort, le 4 cylindres se montre un peu plus grondant, et il est évident que le V6 TDI du Touareg est nettement plus soyeux, mais quand on met tout en perspective, le 2.1 Diesel d’une Mercedes M 250 CDI n’est pas non plus réputé pour sa discrétion.

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Bref, au risque de me répéter, c’est le confort et la sérénité à bord qui font partie des points fort de ce nouveau Sorento. Lequel a quand même très nettement évolué par rapport à la génération précédente (2009, la première, de 2002, disposant d’un châssis séparé, ce qui en fait un engin rustiquement différent), ses nouvelles dimensions lui faisant gagner 5 points de Cx (de 0,38 à 0,33) tandis que la réduction et l’insonorisation ont été travaillées (notamment avec un nouveau berceau moteur, de nouveaux silentblocs et un tablier d’insonorisation entre le moteur et l’habitacle qui est passsé de 0,7 à 0,9 mm d’épaisseur ; nul doute que cette info va considérablement enrichir ta culture automobile, jeune lecteur de blog) et que tout ça porte ses fruits.

Alors, certes, avec 3000 € de malus, on pourra dire que Kia ne fait pas de moteurs aussi efficients que ses concurrents, puisque malgré son V6 TDI de 3.0, un Touareg n’est taxé par Michel S. « que » de 2200 €. Il est vrai que la BVA à l’ancienne du Sorento est probablement trop énergivore. Il n’empêche que sur un parcours d’essai mixte (route, autoroute, ville) que j’emprunte souvent avec les autos et qui me sert un peu de base de référence, le Sorento Premium m’a gratifié d’un 8,9 l/100 de moyenne, ce qui n’a rien de totalement délirant vu son poids et son aéro.

Du coup, force est de conclure que le Sorento fait bien le boulot et que dans cette configuration Premium BVA, il offre déjà beaucoup d’espace, de confort, de raffinement et d’efficacité tout en restant sous la barre symbolique des 50 000 € tout compris. Ce qui, on peut l’admettre, peut paraître beaucoup pour une auto coréenne dont les arguments ont beaucoup tourné sur le rapport prix / équipement et un tarif de vente raisonnable.

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Cela dit, le Sorento est quasiment sans concurrence sur son segment. Vous voulez un SUV premium ? Dans ce cas, il faut mettre la main au portefeuille, avec un Mercedes M 250 CDI (204 ch) débutant à 57 300 € en finition de base (plus 2200 € de malus). Un VW Touareg V6 TDI s’offre à 54 370 € en finition de base ; pour avoir un niveau d’équipement en rapport, il faut viser la finition Carat (qui, reconnaissons-le, offre un feel-good factor et une qualité de présentation nettement supérieures), à 63 450 €. Et dans les deux cas, on n’a que 5 places.

Vous voulez 7 places ? Dans ce cas, on trouve un Volvo XC90 D4 (190 ch) dès 49 900 €, avec un tout petit malus de 150 €. Le vrai good deal ? Oui, sauf ce n’est qu’une simple traction avant. Si vous voulez un 4×4, il va falloir se tourner vers le XC90 D5 (225 ch), mais qui commence à 60 650 € (plus 900 € de malus).

Moins cher et avec (presque) le même cahier des charges, on trouve le nouveau Land Rover Discovery Sport : en 2.0 TD4 automatique (180 ch), il offre ses 7 places pour 50 000 € en finition HSE, mais avec ses 4,59 de long, l’espace intérieur ne sera pas du même niveau. Eh oui, c’est compliqué !

Bref, que l’on l’aime ou pas, avec ses 7 ans et 150 000 km de garantie, le Kia Sorento Premium reste une proposition assez unique sur le marché. Un engin hyper rationnel pour transporter des familles nombreuses en toutes circonstances, qui se révèle, et c’est une bonne surprise, pas désagréable à mener au quotidien.

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