« Ouah ça patate ! » Jon, avec qui je partage la voiture, laisse échapper sa surprise. C’est vrai que, sur les interminables lignes droites reliant Bordeaux au Cap Ferret, il arrache pas mal, notre Mini Countryman hybride. En même temps, avec 224 ch cumulés et 385 Nm de couple, il y a de quoi ! Mais ce Countryman branché ne s’arrête pas à cette belle vigueur, comme on a pu le découvrir durant notre essai.

Il est un peu plus de 10h lorsque le TGV me dépose à la gare de Bordeaux. Un peu plus loin, un parking regorge de Countryman qui s’offrent à nous : je craque pour un bel exemplaire vert anglais à toit blanc. C’est vrai qu’il est pas mal, ce nouveau Countryman. Il nous offre un joli cours de design : comment, en donnant un peu plus de tension dans les lignes -et en repompant le galbe d’aile arrière d’une Sandero-, on passe d’une voiture molle et boursouflée (oui oui, Countryman 1° génération, c’est de toi que je parle) à quelque chose de plus affirmé, plus élégant, plus statutaire, bref, plus réussi. Il réussit même à gommer sa belle poussée de croissance, avec 20 cm de rab en longueur (soit 4.29 m) et 3 de largeur, à 1.82 m. Parce qu’à part ça, ce Countryman garde un sévère air de famille avec son prédécesseur : les optiques, la calandre, les proportions… Les client(e)s ne seront pas perdu(e)s, c’est sûr et certain.

Mais sous cette silhouette connue et rassurante se cachent quelques badges un peu particuliers. Un E cerclé sur fond jaune-vert, tendance Pantone 395C… Mais dites-moi, vous ne l’avez pas déjà vu quelque part, ce logo ?

Non, ça c’est celui d’Etienne de Crécy. Même si les créa Mini s’en sont un peu beaucoup inspirés, ça n’a rien à voir.

Oui, je suis si fier de vous <3 ce logo a bien été lancé avec la Mini E de 2010. Ah, la Mini E et sa batterie de 35 kWh qui condamnait coffre et places arrières… Un indice, donc : il doit y avoir quelques accus cachés dans ce Countryman. Une version 100% électrique ? Non, pour ça il faudra attendre 2019 et la prochaine génération de Mini Hatch. Ici, nous avons « seulement » droit à une version hybride rechargeable. D’ailleurs, et même si c’est marqué en toute lettre sur le hayon, n’osez pas l’appeler « Countryman Cooper SE », sous peine de voir accourir des cadres de la marque armés d’objets tranchants, prêts à vous faire du mal. Non, préférez l’appellation « Mini Countryman hybride rechargeable eALL4 ». Passé cette considération sémantique, il est temps de voir ce qui se cache sous cette carrosserie. Pour la faire simple et avantageux, c’est à peu près ça :

Une i8 à l’envers. Nous avons donc un 3 cylindres essence à l’avant et un moteur électrique qui s’occupe des roues arrière. Bon, et puis la puissance est un peu dégonflée par rapport à la féroce BMW : « seulement » 136 ch essence et 88 ch électrique. Ça fait quand même 224 en cumulé ! Pour rappel, le Countryman Cooper S culmine à 192 ch ; le sportif JCW, 231. A première vue, l’électrification devrait donc apporter un peu de peps, ce qui n’est jamais une mauvaise chose.

Commençons donc par un petit trajet urbain, le temps de découvrir trois choses : 1) Bordeaux, c’est définitivement plus agréable à pied 2) l’électrique, c’est quand même supra cool en ville 3) la consistance de la pédale de frein a manifestement été calibrée par un stagiaire de troisième. Laissez-moi revenir sur les deux derniers points : oui, en ville, le mode électrique du Countryman fait -comme d’hab- des merveilles. C’est silencieux, ça vibre pas, c’est réactif, ça a suffisamment de pêche : que du bon. Côté autonomie, je n’ai jamais eu de batterie entièrement chargée durant les deux jours d’essais, ce qui est un peu dommage ; pour autant, j’estime qu’on peut tirer entre 35 et 40 kilomètres des 7.6 kWh de la batterie si on ne sort pas de la ville. En péri-urbain, il faudra plus compter autour des 30. Côté recharge, comptez 3h15 pour un plein complet depuis une prise domestique et une heure de moins si la Mini est reliée à une Wallbox.

Le côté (beaucoup) plus négatif, c’est la pédale de frein. Les ingés de la marque sont tombés dans le piège typique des hybrides, avec une très mauvaise calibration au cours du freinage : au début, l’électronique donne clairement l’avantage à la partie « régénération », histoire de refourguer un maximum d’énergie aux batteries ; s’ensuit un freinage peu puissant et une pédale molle. Comme on se rend compte que la voiture de devant / le feu / la petite mamie se rapproche un peu trop vite, on appuie plus. La voiture va alors privilégier le freinage mécanique, qui rend la décélération beaucoup plus forte et la pédale beaucoup plus dure. C’est désagréable pour les passagers, qui seront un peu secoués, et très bizarre pour le conducteur, qui sent la consistance de la pédale changer en très peu de temps. Il faut prendre le pli et se forcer à faire des freinages dégressifs, avec une attaque assez forte en début, qui s’estompe au fur et à mesure. Dommage, puisque encore une fois, c’est bien le seul défaut du Countryman en ville.

Allez hop, on arrive tant bien que mal à s’échapper des bouchons bordelais et on se casse, direction l’océan. Il est donc temps de voir ce que vaut cette grosse Mini hors des agglomérations ! Sans surprise : rien à signaler. La voiture arrive aux vitesses légales en toute décontraction, les bruits de roulement et aérodynamiques sont bien gérés, et l’abondance des aides à la conduite (citons entre autres le régulateur adaptatif et l’affichage tête haute -tous les deux en option, ne rêvez pas) rendent l’exercice autoroutier parfaitement relaxant. On peut donc en profiter de la sono harman/kardon qui, comme sur toutes les Mini & BMW, offre un rendu sonore assez bluffant vu le prix relativement contenu (« seulement » 800 €, correct vu les tarifs généralement pratiqués pour les surmontes audio). Le seul problème : l’autonomie. Eh oui, l’autonomie est un problème sur une hybride rechargeable ! Pourquoi, me direz-vous ? Eh bien tout simplement parce qu’il a bien fallu les caser, les batteries. Et c’est le réservoir qui a pris cher : 12 litres en moins d’un coup d’un seul, soit 36 petits litres restants – contre 51 pour le Cooper S. Et quand on voit qu’on est facilement autour des 8-9 l/100 km quand le 3 pattes entraîne à lui seul les 1 735 kg de la bête… Bah ça fait pas beaucoup de kilomètres entre deux arrêts à la pompe.

Quittons l’autoroute pour les départementales, l’occasion de faire plus ample connaissance avec les différents modes du système hybride. Et il se trouve qu’on peut faire joujou avec tout plein de trucs ! On commence par le bouton « eDrive », avec lequel on peut basculer sur trois modes différents, assez classiques : Auto eDrive, le mode par défaut, qui donne la priorité à l’électrique jusqu’à 80 km/h et tant que la batterie est au-dessus des 8% de charge ; Max eDrive, qui force la voiture à fonctionner en EV jusqu’à 125 km/h (et, forcément, tant qu’il y a du jus) ; et enfin Save Battery, qui remonte -ou maintient- le niveau de charge de la batterie à 90%. Ensuite, il y a le mode Sport, qu’on active comme toutes les autres BMW/Mini en basculant la boîte de vitesse sur la gauche ; déjà, ça libère les full potatoes et, comme sur l’i8, le moteur essence sert de générateur pour recharger les accus (comme J. Clarkson l’avait brillamment démontré). Enfin, si vous avez entré une destination dans le GPS, la voiture pourra s’adapter aux conditions routières : par exemple, forcer le mode électrique à l’approche d’une agglomération ou lorsque vous arrivez proche du point d’arrivée. Malin. Terminons en précisant que, grâce au moteur électrique implanté sur le train arrière, vous avez 1) une Mini propulsion lorsqu’elle se déplace en full EV et 2) une transmission intégrale lorsque l’électronique sent que la voiture est en difficulté -d’où le « eALL4 ».

Côté tarifs, le Countryman hybride rechargeable commence à 38 900 €, ce qui peut sembler un tantinet exagéré à premier abord, surtout lorsqu’on s’aperçoit que la version essence la plus proche, le Cooper S ALL4 BVA, est 2 930 € moins cher. Et puis on sort sa calculette. L’hybride a droit à 1000 € de bonus, pouvant monter à 3 500 € en cas de mise à la casse d’un diesel d’avant 2006 ; le Cooper S All4 BVA, lui, écope d’un malus de 1 153 € : sans superbonus, la différence n’est donc plus que de 777 €. Et, en regardant la fiche des équipements, on se rend compte que l’hybride est mieux équipé, avec par exemple les projecteurs full LED de série, facturés 1 110 € sur le Cooper S. Boum ! L’hybride rechargeable est moins cher que son pendant à essence. Sans compter une consommation moyenne inférieure, même si, encore une fois, la moyenne d’une hybride rechargeable fluctue énormément suivant la fréquence à laquelle vous la branchez.

« Aventurez-vous », clame haut et fort Mini pour nous vendre son Countryman. Avec cette version hybride rechargeable, étant donné la douceur de l’électrique et l’autonomie réduite, c’est votre ville qu’il faudra explorer !

Merci à Mini pour l’invitation et à mes deux copilotes, JB n°2 et Jon.

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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