Alors que la 208 n’a presque plus aucun secret pour nous, hormis ce que révèleront bientôt ses essais routiers, l’imminence du salon Rétromobile est l’occasion de revenir sur la glorieuse histoire des citadines au Lion avec un focus design sur la fameuse trilogie 205, 206 et 207.

Si il est un trait d’union incontournable aux modèles qui nous intéressent ici, c’est bien l’atypique Gérard WELTER qui a oeuvré 47ans de sa vie au Style Peugeot . Quel autre designer au monde peut prétendre avoir travaillé pour une seule et même marque pendant près d’un demi siècle ? En 2007 il fait valoir ses droits à la retraite et est furtivement remplacé par Jérome GALLIX  jusqu’alors Directeur adjoint du style depuis 2002 et véritable météorite à la tête du design Peugeot  puisqu’il est presque aussitôt remplacé par Gilles VIDAL, nommé par Jean-Pierre PLOUE ( tous deux venant de chez Citroën) quand ce dernier prend la direction conjointe du design PSA Peugeot et Citroën en 2008. Vous suivez toujours ? Certains y ont perdu leur latin mais aujourd’hui l’effectif du design semble s’être stabilisé chez Peugeot.

 

 

 

 

Gérard Welter a connu tout ou presque de l’histoire contemporaine des Automobiles Peugeot. Son plus beau « coup » ? Assurément la 205 ! Le Sacré Numéro a sauvé le Lion, et son design n’y est pas pour rien. Pour succéder à la 104, le projet M24 renoue avec la série 200 et devient 205 en espérant connaître le même succès que la 204. Les premières études du projet démarrent à la fin des années 70 et aboutissent en février 1983 à la naissance d’une citadine moderne devenue depuis un mythe industriel français. Son style aussi lisse et fluide qu’un galet poli marque la victoire des équipes de Welter sur la concurrence du carrossier Pininfarina, consultant extérieur régulièrement consulté par la direction, et maintes fois vainqueur face au style « maison ».

La 205 a connu une incroyable carrière commerciale à un moment ou la marque Peugeot traversait une crise très sérieuse. D’aucun parmi les grands pontes de l’équipe dirigeante a fait porter à cette citadine la charge d’être « la voiture de la dernière chance » ! Un sacré challenge que le sacré Numéro a relevé la tête haute. La 205 s’habille en icône sportive avec la version GTi présentée en 1984, en tentatrice avec l’élégant cabriolet de 1986 et même en utilitaire avec un dérivé fourgonnette commercialisé en 1994!

Produite à 5,2 millions d’exemplaires, elle sauve le Lion de sa lente agonie. Sa longue carrière sera marquée par de légères retouches esthétiques ( le dessin originel n’a jamais vieilli) , de nombreuses évolutions techniques, et un nombre impressionnant de séries limitées. Personne ne peut oublier les 205 Lacoste, Roland Garros, Junior, Rallye, Green … et ma préférée l’Indiana.  La 205 s’est sans cesse renouvelée sans jamais changer profondément, elle a toujours su garder et faire fructifier son capital séduction au grés des modes et des époques.

Pas facile dès lors pour la 206 de succéder à une telle star. Peugeot cru d’abord bon de remplacer la 205 par le bas et par le haut de la gamme avec le binôme 106 et 306. La Clio première génération née à cette époque en rie encore ! La véritable succession de la 205 aura lieu beaucoup plus tard, en 1998, avec la 206. Véritable rupture dans le style Peugeot, elle inaugure des éléments forts du style des futurs modèles de la marque : pare brise très avancé, feux en amande, volumes sculptés exprimant sportivité et qualité perçue. Tout l’inverse de la pouponne Clio 2 née en même temps que celle que Le Quément, directeur du design Renault, qualifiera de petit « samouraï ». Le style de la 206 est souvent perçu comme excessif à sa sortie, à la limite de l’« over design« . Pourtant il sera l’un des éléments forts des motivations d’achat de la clientèle qui en fait un énorme succès en France, mais aussi en Europe. Tous les constructeurs lui emboitent le pas, et transforment leurs placides citadines en mini boules de nerfs . Même Renault oubliera le côté cocoon de la Clio 2 en ripostant à la bébé lionne avec une phase 2 emprunte des nouveaux codes de dynamisme et de sportivité devenus propres au segment B, sans doute l’un des restylages du losange les plus réussis et de ceux qui ont le mieux fonctionné. La Clio doit-elle remercier la 206 pour ce salut salvateur ?

Pour Peugeot, la 206 est un formidable succès puisqu’elle fait mieux que la 205, aidée en celà par ses dérivés coupé-cabriolet ( le proto 20-coeur aura l’audace de devenir un modèle de série qui démocratisera le système de toit dur rétractable alors en vogue chez Mercedes avec le SLK) , SW ( break 5 portes particulièrement dynamique et soigné avec ses poignées de porte arrières dissimulées dans les montants façon Alfa), berline quatre portes et même pick-up en Amérique du sud. A fin septembre 2011, et en incluant les ventes de son évolution 206+ au goût plus que douteux, la 206 a été produite à 7,7 millions d’exemplaires !

En 2006 le projet A7 donne naissance à une sorte de 206 mature mais souffrant d’embonpoint, la 207. Les excès ou les travers du style Welter se trouvent parfaitement incarnés dans ce véhicule qui se contente de caricaturer le style novateur et génial de la 206, une « autocanibalisation de style » pour reprendre les termes d’un designer PSA. L’essentiel des lignes de la 206 se retrouve dans le dessin de la 207 mais avec des volumes plus imposants. ( la remarque vaut aussi malheureusement pour le coupé 407 qui singe très maladroitement l’allure ô combien résussie du coupé 406).

Chez Peugeot on avoue avoir été influencé en fin de programme par le spectacle d’une course à laquelle participait la 206 WRC. Le design presque figé de l’A7 est alors revu pour y incorporer les fameux méplats des passages de roues. Cette emprunt devient alors la signature stylistique la plus caractéristique de la 207. Comme la 206, elle est proposée en 3 et 5 portes, break SW et coupé cabriolet CC. Aucun de ces dérivés ne parviendra à égaler la plastique grâcieuse des différentes 206. Forte de la renommée de son aïeule, la 207 truste les premières places des marchés français et européen tout en entretenant un flou sur son identité que le client lambda confond avec la 206 puis plus encore avec la 206+ . Alors que sa carrière va prendre fin avec l’arrivée de la 208, la 207 qui perdurera en version CC et SW jusqu’en 2013 a été produite à 2,3 millions d’unitées.

Il nous tarde maintenant de pouvoir apprécier physiquement les volumes de la nouvelle 208 que Gilles VIDAL, patron du style Peugeot, présente comme sexy et désirable. Même si elle n’a pas été entièrement concue par ses équipes, les nouveaux codes de la marque révélés par les concepts SR1, HR1, … ont été intégrés à temps au véhicule et la 208 marque le renouveau du style Peugeot pour la première fois en série.

Et tans pis si la 208 n’est arrivée que 2ème à l’élection de la plus belle voiture 2012, Peugeot peut se consoler avec le prix du designer de l’année décerné par le magazine GQ à Gilles Vidal, et celui du plus beau concept car selon le Festival Automobile International au HX1 qui fit sensation en septembre dernier à Francfort.

La 208 a la tâche délicate de populariser le nouveau style maison tout en capitalisant sur le succès de la trilogie 205-206-207. Voiture de « Re-Génération » pour le Lion, la 208 apparaît assez classique au premier coup d’oeil. C’est pourtant un véhicule plein de surprises, dont le gabarit n’est pas l’un des moindres. En affichant 7 cms de moins en longueur que la 207, la 208 rompt avec la logique infernale du toujours plus gros, toujours plus grand. Alors que la Clio 4 va encore grandir par rapport à la Clio 3, la 208 redescend sous la barre symbolique des 4 mètres et perd une moyenne de 110 kg de masse, promettant ainsi des gains de consommation convertis en gains dynamiques !

Autre bonne (?) surprise ( à l’heure de la rédaction de cet article, tout reste à confirmer…) l’habitacle de la nouvelle citadine Peugeot s’affranchit des codes ergonomiques établis pour s’équiper d’un volant au diamètre très petit permettant une lecture des compteurs ( au design très Audi) par dessus la jante, et un écran tactile multifonctions géant, faisant entrer Peugeot dans une ère technologique et multimédias enfin en phase avec son époque.

Entre la 3 et la 5 portes, les regards semblent se tourner tous vers la première des deux carrosseries. Le jonc chromé qui court sous le vitrage latéral et habille la custode d’un enjoliveur factice rappelle fièrement le profil de la 205 et ce clin d’oeil marqué au sacré numéro est un élément fort de la séduction qu’opère la 208. L’implantation du faux anti-brouillard arrière ramène à la 206. Pour le reste, l’ensemble de la carrosserie est plus travaillé que jamais pour une Peugeot, les pleins et déliés des flancs, capot et toit, expriment la légèreté, le dynamisme et la technicité de la citadine, ce que Peugeot appelle « l’efficience » de la 208.

 

La production vient de démarrer pour une disponibilité en concession au printemps. L’objectif communiqué par Peugeot est de 550.000 exemplaires par an. Bon vent à la 208 !

La première vidéo de com’ officielle de la nouvelle 208.

Via Peugeot.

Crédits illustrations : Peugeot, WS, Feline208, Cochespias, Decoches.blogspot.