Quelques jours avant le départ de la 208 T16 « Pikes Peak » pour les États-Unis, les équipes de Peugeot Sport ont invité un groupe très restreint de blogueurs dans le Saint des Saints des fans du Sport automobile du groupe PSA : le centre névralgique de Vélizy (78), où sont conçus, assemblés, et vendus les prototypes de sport du groupe. BlogAutomobile y était, et a pu approcher le plus possible le « monstre » que pilotera Sébastien Loeb en juin dans la célèbre course de côtes américaine.

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La bête nous est apparue dans son plus simple appareil, sans ses parties de carrosserie avant et arrière, et avec des portes provisoires. Nous sommes loin des photos sur papier glacé ou des détails retouchés par ordinateur : c’est en plein travail que nous a été présenté le prototype, avec les équipes œuvrant autour du projet  » 208 PP 13 « , la dénomination interne et confidentielle du retour de Peugeot dans la Course aux Nuages.

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Le projet 208 PP 13 est né sur les décombres encore fumants -et fumasses, pour ses fans- du programme de Peugeot Sport en 2012. Pour des raisons de restrictions des budgets, et bien que 70 % des investissements aient déjà été produits, la direction de PSA coupe les vivres à Peugeot Sport, et à son emblématique engagement dans les compétitions d’Endurance notamment aux 24 Heures du Mans. Le bel oiseau sans ailes qu’était la 908 HDi FAP n’aura pas l’honneur d’être la première hybride -dans son itération HYbrid4- à vaincre dans la course mancelle, laissant Audi et sa R18 triompher à nouveau. A Vélizy, où partout les murs sont couverts de posters à l’effigie de la 908, l’abattement est palpable mais déjà Bruno Famin, le directeur de Peugeot Sport, réfléchit à une reconversion des activités. En effet, Vélizy est pour Peugeot un véritable laboratoire, et une myriade d’idées et de concepts ont été pensés autour du programme 908. Autant d’atouts à utiliser et à concrétiser.

Vient alors à l’automne l’idée de faire des « one shot », c’est-à-dire des projets sportifs sans engagement sur la longue durée, ou, pour le dire plus simplement, des buzz et des coups médiatiques à fort impact et à coût financier modéré. L’année 2013 approche, et avec elle, les 30 ans de la « sauveuse » de PSA, la 205, mais aussi les 25 ans d’une victoire encore présente dans de nombreuses mémoires : celle de la 405 T16 à Pikes Peak avec Ari Vatanen. Dès lors tout s’enchaîne très vite : Bruno Famin confie l’idée au nouveau Directeur Général d’Automobiles Peugeot, Maxime Picat qui, conquis, lui donne carte blanche pour réaliser cette tentative. Dans l’aventure Peugeot Sport embarque la 208, déjà déployée sur les courses de rallye et de piste (R2, R5, SP2T, Racing Cup), et, pour mieux faire vibrer la corde nostalgique, les couleurs du passé sont remises au goût du jour : celles de PTS, Peugeot-Talbot Sport.

En 4 mois, du début du mois de novembre à la fin avril, la 208 PP (pour Pikes Peak, bien-sûr) sera dessinée, pensée, conçue de A à Z à partir d’une feuille blanche. Blanche ? Pas vraiment : balisée par le règlement technique de la catégorie « Unlimited » où elle concourt, mais aussi par les nombreuses réutilisations d’organes de Peugeot Sport. Le gigantesque aileron de 2m de long est par exemple repris des premières 908 HDi FAP, celles des saisons 2007 et 2008 ; le fond plat et le système de freinage avec disques en carbone-céramique, ainsi que l’aération moteur sont aussi repris au programme 908. Le moteur est encore plus âgé : il dérive étroitement du V6 3,2 l que Peugeot développa en 2004 et 2005 pour les prototypes de Pescarolo en Endurance ! Âgé, mais pertinent : gavé par deux turbos, sa puissance est comprise en 850 et 875 chevaux. Une cavalerie d’autant plus redoutable que la 208 PP, essentiellement construite en fibre de carbone, ne pèse que 875 kg. 1 kilogramme par cheval : un véritable avion de chasse.

Autre héritage du programme 908 et non des moindres, la technique de conception : la 908 avait en effet été l’un des premiers prototypes à se passer de test en soufflerie, laissant la conception et l’affinement de sa pénétration aérodynamique aux ordinateurs. Ainsi la 208 non plus n’a pas connu l’épreuve du vent, et a entièrement été pensé de façon numérique, synonyme d’un gain de temps phénoménal pour concevoir les pièces de carrosserie. Ces dernières sont bien-sûr factices et n’ont pour fonction que l’amélioration des flux d’air : aucun phare ou feux, ni aucune aspérité les recouvrent ces panneaux de fibre de carbone où affleure la peinture de décoration publicitaire. Le châssis tubulaire acier est spécifique mais dérive étroitement des programmes R2 et R5 de PSA, que ce soient ceux de Peugeot Sport ou de Citroën Racing. Placé en position centrale, le conducteur est encaissé entre les deux immenses conduits du refroidissement moteur. Raffinement supplémentaire et nécessaire : une transmission intégrale, assurée par une boîte séquentielle SADEV, qui devra tenir le coup face aux 90 mkg de couple. Ainsi armée, la 208 Pikes Peak efface le 0 à 100 km/h en 1,8 secondes, et le 0 à 200 km/h en 4,8 secondes !

Arrivée le 30 mai dernier à Colorado Springs, la 208 PP 13 ne vient pas à Pikes Peak seule : l’accompagnent près de 7 tonnes de fret, de pièces de rechanges, d’outillages et d’ordinateurs, entièrement acheminées par avion cargo. Le programme pour le mois de juin est intense : après 4 journées tests en avril et mai (sur la piste de la Ferté-Vidame puis sur les pentes du Mont Ventoux), Loeb et sa monture effectueront des essais les 8 et 9 juin pour évaluer le potentiel de la 208 sur une moitié du tracé, puis du 14 au 16 juin sur l’autre moitié de la course de côte. Ainsi, le parcours complet ne sera accompli que le Jour J, c’est-à-dire le 30 juin, une règle qui est la même pour tous les concurrents.

Pour mémoriser les 18 épingles et 156 virages d’un tracé grimpant de 1500 mètres en 20 km, soit un départ à 2865 mètres pour culminer à 4301 mètres, Sébastien Loeb a peu de temps et s’entraine intensivement sur simulateur. Il est d’ailleurs à remarquer que les équipes de Peugeot Sport n’en avaient pas fait leur pilote vedette au début du projet, eu égard à son emploi du temps chargé et à son inexpérience sur Pikes Peak, lui préférant Romain Dumas, le second à l’arrivée l’an passé. Las, pour boucler son budget, Peugeot Sport avait besoin d’un sponsor, et c’est RedBull qui proposa le défi au Nonuple Champion du Monde des Rallyes.

A voir les salariés et salariées de Peugeot en parler avec de l’éclat dans les yeux, et autant d’espoir dans leurs voix, nous ne pouvons que souhaiter le meilleur à ce « one shot », qui viendrait donner un salutaire baume au coeur de toutes les équipes et de tous les fans du Lion. Le défi est beau, mais risqué. On ne reprochera pas à Peugeot d’essayer une nouvelle fois de porter les couleurs de la France au plus haut des sommets !

Crédit photographique : François M.
De chaleureux remerciements aux équipes multimédia et aux personnels de Peugeot à Vélizy pour leur accueil