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Après trois générations, il est temps de faire le bilan. Tout au long de sa carrière, la Laguna aura trainé une réputation de fiabilité douteuse, image peu avantageuse surtout auprès de la clientèle qui boudera quelque peu cette berline un tantinet baroque tant dans sa ligne que dans sa philosophie. Retour sur une carrière quelque peu mouvementée.

Un peu d’histoire

Produite à plus de deux millions d’exemplaires, la Laguna première du nom a pourtant été un franc succès. Apparue en 1994 en remplacement de la R21, la Laguna en reprend quelques caractéristiques telles que la présence d’un hayon sur la version berline facilitant et donnant accès à un beau volume de chargement, un des meilleurs sur le marché à l’époque. Aucun moteur n’est en revanche repris de sa devancière. La version break quant à elle offrira 7 places, du jamais vu sur cette catégorie.

Lancée en 2001 et restylée en 2005, la carrière Laguna 2 aura été largement entachée en raison de problèmes électroniques concernant notamment la carte remplaçant la traditionnelle clé de contact. Au niveau des moteurs, les déboires n’ont pas été moindres. Casses moteurs, casses boîtes de vitesses, casses turbo, la liste est longue. Les différents problèmes intervenus durant la production du modèle prendront fin vers sa fin de carrière, mais bien trop tard pour en changer la réputation auprès des consommateurs.

La Laguna 3, dévoilée en 2007, entendait bien redorer l’image du blason de la grande berline de la marque au losange. Style classique, un tantinet baroque mais élégant, son ambition était tout simplement de s’imposer dans le top 3 des berlines moyennes en termes de qualité et d’image perçue. Malgré certaines qualités, le modèle phare de l’usine de Sandouville n’atteindra pas les chiffres de production escomptés et s’éteint cette année avec un peu moins de 400 000 exemplaires produits, soit plus de 5 fois moins que la 1re génération, la faute sans aucun doute à une image inexistante auprès du public.

Laguna 3, dernière du nom

Intéressons nous donc plus particulièrement à la troisième génération. Le modèle de cette « prise en main bilan » est une Laguna 3 1.5 L DCI « Zen » de 2014. Elle dispose donc du modeste moteur diesel d’entrée de gamme développant 110 ch. À noter également, il s’agit de la version « restylée » de la Laguna 3, les retouches portant principalement sur la face avant qui n’avait pas du tout conquis le public français. Mais est-ce vraiment suffisant ?

L’équipement sur cet exemplaire est assez complet mais ne comprend étonnement pas les vitres arrières électriques.
La style extérieur n’a pratiquement pas changé depuis la sortie du modèle en 2007 excepté l’assombrissement des optiques avant et arrières et une modernisation discrète de la face avant conférant à la Laguna 3 un style plus agressif. Les feux de jour à LED sont d’ailleurs du plus bel effet. La ligne reste très classique, un peu trop jusqu’à tomber dans la banalité en comparaison avec les autres berlines de ce segment. De profil, la Laguna 3 parait assez massive en raison d’une lunette arrière très plongeante et d’une malle arrière courte et haute.
Les amateurs de sobriété apprécieront la configuration ici présente, teinte extérieure Gris Ardoise et intérieur cuir/tissu noir.

Du côté de l’intérieur, pas de quoi choquer le français moyen. 
Chaque chose est à sa place et aucune frivolité n’a été admise, vous retrouverez toutes les nuances de gris possibles et imaginables (il y en a 50 d’après ce que j’ai compris récemment), bref la présentation intérieure reste vraiment triste. Du côté des plastiques, l’heure n’est pas non plus à la réjouissance et c’est bien dommage car ils font un peu « tâches » à côté de la jolie sellerie cuir/tissu à la finition plus qu’honorable. Espérons que des progrès auront été fait sur la Talisman (vous en découvrirez l’essai très bientôt sur votre blog préféré).

Derrière le volant

Rentrons maintenant dans le vif du sujet, qu’est ce que ça donne derrière le volant ?
Je m’installe à la place conducteur, ajuste ma position de conduite – le volant réglable en hauteur/profondeur est vraiment un plus – insère la tant redoutée carte électronique et démarre.
Je rentre les coordonnées de ma destination sur le système GPS TomTom, ce dernier est très intuitif et simple d’utilisation. Petit bémol en revanche : le clavier. Les lettres sont disposées par ordre alphabétique, bien que n’étant un geek acharné, un clavier AZERTY m’aurait permis de trouver les lettres bien plus facilement. Ce n’est qu’un détail, mais c’est ce genre de détail qui fait la différence et vous simplifie la vie au quotidien (car c’est bien une des vocations de cette voiture, être utilisable au quotidien).

Premier ressenti, le siège conducteur est assez dur, la visibilité arrière n’est pas fameuse en raison d’une lunette arrière très inclinée et la taille des rétroviseurs n’est pas exceptionnelle, bref quelques appréhensions avant de s’élancer sur la route. On commence par des petites routes départementales et le résultat est assez plaisant. La conduite est très agréable, les suspensions souples (un peu trop dans les virages) et la tenue de route vraiment exemplaire. Même en la malmenant dans les virages un peu serrés, la Laguna 3 ne bronche pas et tient la trajectoire sans sourciller, vraiment agréable de sentir son véhicule « collé à la route ».

Malheureusement, c’est du côté de la motorisation que ça se gâte. Les 110 ch du petit 1.5L DCI ne sont clairement pas suffisant, de plus le moteur est très creux en dessous de 2500 tr/min ce qui me force à rétrograder bien trop souvent. Et comme si ça ne suffisait pas, ce moteur est particulièrement bruyant.
Sur l’autoroute paradoxalement, la voiture est assez agréable. Je passe la 6ème et le bruit du moteur s’amenuise avec l’utilisation du régulateur de vitesses (les commandes au volant sont vraiment appréciables). Dès lors, on sent que l’autoroute est la vocation première de ce type de voiture, mais pas avec ce moteur ! Les 110 ch ne seront pas à la hauteur de la clientèle voulant retrouver un certain niveau d’agrément de conduite au volant d’une grande berline. 
Je sens bien que vous vous dites que mon discours n’est qu’un énorme paradoxe, « agréable mais pas agréable, on ne s’y retrouve plus ! ».

Si je résume, la philosophie de la Laguna 3 colle parfaitement à une utilisation autoroutière, fuyez donc le moteur d’entrée de gamme qui manque d’agrément ou tout simplement de reprise. L’habitabilité est un point fort de la Laguna 3. Le conducteur sera parfaitement à son aise grâce à une position de conduite adaptable en tous points. Le passager avant dispose d’un espace très confortable aux jambes sans pour autant amputer celui des passagers arrières. À l’arrière, les deux places principales sont enveloppantes et l’espace aux jambes est tout à fait suffisant, en revanche les occupants de plus d’1m80 (et c’est mon cas) toucheront le plafonnier, rien de plus désagréable que de voyager la tête penchée…
Mesdames réjouissez-vous, le coffre est tout simplement immense ! Il offre un des voire le plus grand volume de sa catégorie. Vous pourrez toujours opter pour la version Estate qui est d’ailleurs d’après moi plus élégante que la berline.

Opter pour le 1,5L DCI ne comporte pas que des inconvénients. Bénéficiant du label Renault Eco2, la consommation de ce moteur reste très contenue si bien qu’un plein peut largement tenir plus de 1000 km à condition bien-sûr d’adopter une conduite « cool ». De toutes manières, la Laguna 3 n’est pas particulièrement faite pour être bousculée.

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Bilan

La Laguna 3 est une voiture à vivre, et de ce côté là, elle remplit presque parfaitement son rôle. Elle transportera sans problème 4 passagers et leurs bagages dans un confort plutôt correct.

Mais le problème de cette voiture tient sûrement en un seul mot : la banalité. La Laguna 3 n’a en effet rien inventé. Les designers n’ont pas été intrépides dans le dessin de l’auto, pas particulièrement belle, pas particulièrement moche, elle s’est fondue dans le flot de la circulation dès sa sortie. Pas de moteur révolutionnaire, aucune technologie lui permettant de se démarquer, bref pas de quoi venir bousculer les références allemandes et venir ainsi s’insérer dans le top 3 de la catégorie. 

Renault admet l’échec de la Laguna et enterre ainsi l’appellation avec la disparition de cette troisième génération.

Mais ce n’est que partie remise, la Talisman vient de faire une apparition remarquée dans le milieu des berlines milieu/haut de gamme. Son style fait l’unanimité, les premiers essais démontrent incontestablement une qualité de finition en hausse, futur best-seller ? Renault a de l’ambition et ça nous plait !una

Photos : Ancelin Schoenhentz