L’information est passée totalement inaperçue ce jour et pourtant elle est d’importance pour nos vies d’automobilistes. L’état a signé et publié ce jeudi le décret autorisant désormais la généralisation des poids lourds de 44 tonnes c’est à dire 10% plus lourd que l’ancienne limite.

Ce décret est la validation d’une décision prise par l’ancienne majorité et adoptée déjà discrètement en 2010. Outre des masses roulantes encore plus imposantes et encore plus puissantes, l’application de ce décret va un peut modifier la circulation sur certains grandes axes routiers puisque désormais les poids lourds de 44 tonnes qui contournaient la France vont pouvoir la traverser.
Cette décision est une mesure qui est contraire aux grandes orientations en matière de transport qui avaient été inscrites dans les lois ou décrets issus du fameux et déjà oublié Grenelle de l’environnement. On ne perdra pas de vue que l’actuel ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, avait d’ailleurs rappelé les principes du Grenelle lors de sa prise de fonction en juin dernier et il s’était engagé à les respecter. Hélas en 6 mois, un homme politique a le temps d’oublier ses engagements et dans le cas présent, le lobby des transporteurs a eu gain de cause.

L’application de cette nouvelle loi va par ailleurs faire passablement augmenter la facture d’entretien des infrastructures routières puisqu’un rapport du CGDD (Conseil Général du Développement Durable) de 2011 avait chiffré le surcoût pour l’entretien du réseau routier entre 400 et 500 millions d’euros supplémentaires chaque année. Cette somme apparait comme d’autant plus importante que le budget 2013 dédié à l’entretien du réseau routier national hors autoroutes concédées ne permet pas d’assurer l’entretien du réseau français ni même le maintien à niveau du réseau existant. Le taux de renouvellement est d’à peine 4% alors qu’il serait nécessaire de réaliser le double, c’est à dire 8% pour maintenir les routes en état.

Cette mesure satisfait pleinement les transporteurs puisqu’elle va permettre une croissance non négligeable du transport routier à grande capacité de transit international et dans le cas présent, européen. Les camions n’ont plus désormais à contourner la France ou à la traverser sur des trains. Ainsi les camions italiens de 44 tonnes pourront remonter vers la Belgique et les camions belges pourront aller en Italie sans détour ou kilomètres supplémentaires. Mais le vrai risque c’est que la France ait ouvert la boite de Pandore avec cette décision et pas effet de domino les autres pays européens qui étaient réfractaires à ce projet ne cèdent ce qui ne ferait qu’accroître encore plus le transit des 44 tonnes par la France avec toutes les nuisances que cela entraine !

Cette décision est encore plus surprenante à l’heure du discours qui met en avant les modes  de transport de marchandises dits « vertueux » comme le fluvial, la cabotage côtier ou le ferroutage. Je rappelle qu’il y a trois jours le chef de l’état signait avec l’Italie un accord pour une ligne de train Lyon-Turin destinée essentiellement au ferroutage (25 milliards d’euros au minimum !). Comprenne qui pourra !
Cette loi est une mesure contraire aux grandes orientations françaises et européennes en matière de transport des marchandises.

Sachez enfin que sous les gouvernements Fillon et Ayrault, l’état français n’a engagé aucune concertation sur le sujet avec d’autres associations ou fédérations que celles des transporteurs. Jamais les associations de protection de l’environnement, les collectivités locales et les autres parties prenantes du dossier n’ont été consultées ou invitées à faire part de leurs avis sur le sujet ce qui laisse à penser que les dés étaient pipés dès le lancement du dossier il y a quelques années.

Michel Dubromel, vice-président en charge des questions de transport au sein de l’association France Nature Environnement est fort mécontent de cette décision et il explique : « Il faut tordre le coup à la justification environnementale des 44 tonnes. Non, cette mesure de généralisation ne réduira pas les émissions de gaz à effet de serre puisque elle va encourager et stimuler la demande de transport routier qui vont devenir un peu moins coûteux au détriment des autres moyens moins polluants. France Nature Environnement y est fermement opposée et demande que les objectifs environnementaux rappelés à la Conférence Environnementale soient respectés et se concrétisent par des faits. » 

On attend aussi la réaction des associations d’automobilistes ou de sécurité routière face à l’évolution du danger lié à la circulation des 44 tonnes. On est enfin impatient de découvrir la sortie médiatique de madame Perrichon et du fameux professeur Got, expert es sécurité Routière auto-proclamé, sur le sujet. Pas certain que cela relance l’industrie et l’économie européenne et surtout pas sur que cela rende nos routes plus sures !

Via Ministère des Transport, de la Mer et de la Pêche, FNE.