jeunes, conduite, alcool, accident

L’affaire est bien connue, entendue, approuvée, certifiée, quantifiée, les jeunes conducteurs conduisent tous comme des fous, boivent tous comme des trous avant de conduire, adorent écrire des SMS quand ils sont au volant, fument des pétards en voiture et bien sur ils ne respectent pas les lois et la maréchaussée (Police et Gendarmerie).
C’est en partant de ce postulat populiste et simpliste et de la période des fêtes de fin d’année que Frédéric Péchenard, délégué interministériel pour la Sécurité Routière se lance dans une nouvelle croisade et veut lancer (ou relancer une énième fois ?) le débat sur une future législation plus stricte au volant pour les jeunes conducteurs.

Le Conseil National de la Sécurité Routière (CNSR) va donc se saisir d’un nouveau dossier dans les prochains jours : Vers une  tolérance zéro pour les jeunes de 18 à 24 ans au sujet de l’alcool au volant.
Selon F.Péchenard, qui se base sur des données objectives, cette tranche d’âge (18-25 ans) qui représente moins de 9% de la population est concernée par près de 25 à 27% des accidents mortels sur nos routes hexagonales et pour les accidents mortels qui impliquent des jeunes, l’alcool est la seule raison de 40% des décès. Selon lui, il faut stopper l’hémorragie en passant notamment par la mise en application d’une loi qui viserait à interdire la moindre goutte d’alcool dans le sang des jeunes conducteurs.
Bien, partons sur cette fameuse idée du zéro gramme d’alcool dans le sang mais on peut tout de même se poser la question de savoir pourquoi cibler seulement cette frange des conducteurs et non tous puisque les autres sont eux aussi susceptibles de boire de l’alcool plus que de raison !

C’est aussi une affaire discutable qui veut que dès son 25eme anniversaire un conducteur peu raisonnable passe de zéro gramme d’alcool à plus qu’autorisé, c’est aussi faire fi de la responsabilisation des jeunes, c’est un peu oublier que certaines personnes produisent naturellement dans leurs organismes quelques décigrammes ou centigrammes d’alcool et c’est oublier que bon nombre de conducteurs plus agés conduisent régulièrement sous l’emprise de l’alcool.

Depuis 6 ans, l’alcool est devenue la première cause de mortalité sur la route bien loin devant la vitesse. Ce sont ainsi plus de 33% des accidents mortels sur nos routes qui sont dus à l’alcool. Ce taux est bien supérieur à celui du Royaume Uni (17 %) ou l’Allemagne (10 %) et ce avec une consommation globale d’alcool équivalente dans ces trois pays. Même Chantal Perrichon (Ligue contre la violence routière) dit être en défaveur d’une telle mesure qui stigmatise une catégorie de conducteurs, fragilise le permis probatoire tout en ne respectant pas les termes de la loi initiale sur le permis de conduire. Elle explique, à raison, que l’on devrait déjà appliquer strictement les lois qui existent et s’empilent depuis des années sans vraiment être mises en place. Elle précise aussi que chez nos voisins, on applique vraiment la loi et ça marche puisqu’il y a moins de morts… chez les jeunes mais aussi chez moins jeunes ! Certains autres protagonistes de l’affaire se disent en faveur d’un renforcement des contrôles ciblés (alcool, drogue, médicament, portables), par exemple à la sortie des discothèques ou des lieux festifs et ils remettent en avant, avec justesse, une meilleure formation pendant le permis de conduire.
Ainsi en cette période de fêtes de fin d’année, les contrôles de gendarmerie et de police vont se multiplier sur l’ensemble des routes françaises car globalement, le facteur alcool apparaît dans plus de 58 % des accidents qui ont lieu en fin de semaine et durant les jours fériés ou les périodes de fêtes.

La CNSR va donc se remettre au travail et plancher sur le sujet pour la quatrième session depuis 8 ans… et ce toujours sans aucun résultat. C.Perrichon suggère aussi un relèvement des taxes sur les alcools afin de dissuader les jeunes acheteurs mais au pays du vin, l’affaire n’est pas gagnée face au puissant lobbying exercé par cette corporation depuis des décennies.

En cette toute fin d’année 2012, on est quand même surpris de voir revenir sur le tapis ce dossier qui remonte à l’ère Sarkozy (ministre de l’intérieur) et qui n’a jamais trouvé de solution efficace ou effective. P’tit coup de populisme pour sécuriser les parents en cette fin d’année ? Nouveau changement de cap en matière de sécurité routière ? Première étape vers le  zéro gramme au volant pour tous ? Une chose est sure avec cette énième commission, ce futur énième rapport, cette future énième conférence de presse sur le thème de la Sécurité Routière, le changement ce n’est pas pour le moment… surtout que dans son entretien pour le JDD, Frédéric Péchenard a rappelé et s’est félicité de l’installation en 2013 de plus de 200 nouveaux radars ! Un dossier à suivre mais une chose tout de même , soyez raisonnable, sensés et prudents en prenant la route en cette période festive.

Via JDD,