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Au cours de cette dernière année et suite à mon emménagement au sein d’une métropole, je me suis surpris à délaisser mon amour des voitures sportives, découvrir un amour pour le vélo, étudier les futurs moyens de transports et finir par embrasser entièrement l’électrique.

Il faut dire que mon premier contact avec ce type de véhicule a été plutôt difficile : l’essai d’une Nissan Leaf en 2012. Une voiture au design discutable, écolo-hypocrite (le nom, l’omniprésence du green-washing dans l’habitacle…), avec un bloc moteur avant au look inutilement complexe de bloc diesel destiné à rassurer les acheteurs sceptiques (mais si, c’est pareil…!). Elle symbolisait assez bien l’immobilisme du marché automobile actuel, l’absence d’évolutions marquables.

Seulement au cours de l’an dernier, j’ai également eu l’occasion par trois fois d’essayer la Tesla Model S, dont la toute dernière P90D avec votre rédacteur préféré et grand spécialiste de la marque, j’ai nommé Jean-Baptiste. Une berline statutaire de cinq mètres de long aux performances tellement ridicules qu’il est inutile de vous les rappeler, voilà qui dénote un peu avec mon discours initial, n’est-ce pas ? Et pourtant…

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Would you like to install Tesla v7?

Annoncé par Elon Musk au cours du mois d’octobre dernier, la mise à jour « Autopilot » active un tas de fonctionnalités plutôt sympathiques qui transforment la voiture équipée des capteurs qui vont bien (en option sur la Model S, de série sur la future Model ☰) en un véhicule que je qualifierais de semi-autonome. Entre l’autosteer, l’auto lane change, l’automatic emergency steering, le side collision warning et l’autopark, difficile d’y voir clair. Décryptons tout cela ensemble.

Concrètement et en une seule phrase, tout cela peut-être résumé par un Paris→Lille, un Lille→Calais, un Calais→Lille et enfin un Lille→Paris en un week-end avec peut-être 10 % du temps de trajet mains sur le volant.

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Comment ça fonctionne ? Simple : à peine désengagés de la bretelle d’accès à l’autoroute, vous tirez deux fois sur un commodo situé à gauche du volant et ne touchez plus à rien. Le régulateur adaptatif se charge de freiner l’auto si voiture qui nous précède se rapproche trop, et vous pouvez doubler celle-ci par le simple enclenchement de votre clignotant. La direction, elle, est assurée par un suivi des lignes. La voiture est même capable de manœuvrer en cas d’urgence dans le cas où un autre usager de la route vous fais une crasse. Si vous désirez reprendre le contrôle, il vous suffit d’appuyer sur le bouton situé au bout de cette même molette ou de bouger légèrement le volant. Simple, vous dis-je.Autopilot Image

Seulement cette avalanche de technologie n’est pas encore entièrement au point : après tout il ne s’agit que de bêtes capteurs qui vont vous assister dans votre conduite et non d’un système autonome complet à l’image d’une Google car. Ainsi lors d’une forte pluie, la Tesla a vite eu du mal à suivre le tracé de la route… Il faut dire que nous avions nous-même du mal à distinguer les lignes peintes au sol. Pareil dans le cas extrême où nous avons essayé de prendre une sortie d’autoroute avec virage à 90°, sans les mains. Le système s’en sort plutôt bien, mais il continue un peu trop sur sa lancée. Bien sûr, tout ceci sort du cadre d’une utilisation par défaut, ne tentez pas de reproduire cela avec la votre (si vous pleurez quand je dis ça, c’est normal, c’est fait exprès).

Une vidéo publiée par @zoontek le

(Cliquez sur l’image pour voir la vidéo. Sur tout l’extrait, nous ne touchons ni à l’accélérateur, ni au frein, ni au volant. Vous pouvez voir la vitesse diminuer : c’est la voiture qui, détectant un virage serré, freine d’elle-même. Elle est pas belle la technologie.)

Et le plaisir de conduite dans tout ça ?

Depuis le début de cet article, je mets un point d’honneur à ne pas parler des accélérations fulgurantes des modèles Tesla, de la qualité de la direction entièrement électronique ou encore de l’agilité de la voiture malgré son poids pachydermique de plus de deux tonnes (…oups, c’est maintenant fait !) car tout ceci est selon moi gommé par une chose primordiale : le confort.

Et par confort, je n’entends pas le taux de fermeté des suspensions ou la capacité des sièges à vous envelopper, mais bien de ce que commence à représenter cette voiture (et cette marque) : la possibilité de mettre un album de son choix sur un système Hi-Fi constamment raccordé à internet à faible volume (car il n’y a aucun boucan moteur à couvrir) et de discuter en toute confiance avec le conducteur lors d’un long trajet, rassurés par le fait que l’électronique fait office de troisième copilote dans notre veille de l’écosystème autoroutier.

Mais ne vous en faites pas : si cette Tesla m’a fait réaliser que le plaisir de conduite sur route ouverte c’est justement bien souvent de ne pas conduire, je continuerais d’apprécier la conduite en Caterham sur circuit, ou en Lotus à flanc de montagne.

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Quel avenir ?

Si j’ai quelque peu délaissé l’actualité automobile, je continue de suivre avec assiduité les aventures d’Elon Musk au pays des constructeurs historiques. Sûrement car il me plaît de voir un trouble-fête pousser aussi fortement l’idée de la voiture « du futur » qu’on nous promet depuis que l’on est môme. L’Autopilot est une brique comme une autre de cette stratégie, un premier pas pour favoriser l’adoption des voitures autonomes chez le grand public. Son principal intérêt est de nous rassurer lorsque nous mettons littéralement notre vie entre « les mains » de l’électronique.

Demain je ne veux plus avoir à subir la conduite au quotidien, dans la mesure où il est aujourd’hui difficile d’en tirer un quelconque plaisir (d’autant plus en ville).

Après-demain, j’espère appeler une voiture qui passera seule me chercher, tout simplement car je n’en posséderais plus une moi-même.

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Et qu’en pense Jean-Baptiste ?

Bon, comme Mathieu a tout dit, je vais simplement me contenter d’écrire mon ressenti sur ce nouveau week-end en Tesla (oui, encore un). Et je suis content, parce que pense avoir trouvé un adjectif qui colle assez bien à cette grosse auto : la Model S est attachante. C’est la sixième fois que je roule avec, et j’ai -assez grossièrement- calculé avoir parcouru au total 4 500 km à bord de la grande berline électrique. Au risque de faire publi-reportage, j’aurais tendance à dire « 4 500 km de bonheur »…et, le pire, c’est qu’on n’est pas loin du tout de la réalité. La Model S distille une sensation très étonnante : celle de pouvoir absolument tout faire, sans se départir d’une quiétude à bord absolument hors du commun.

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Parcourir le Vieux-Lille ? Malgré le gabarit pharaonique de l’auto (et de l’agaçante absence d’une vision 360°, bien utile pour préserver un tant soit peu les immenses jantes de 21’’), la douceur des moteurs électriques permettent de glisser sans bruit et sans stress le long des pavés. Embarquer ses amis (et leurs amis) ? Cinq adultes rentrent sans forcer à bord. Leurs bagages ne sont pas en reste.

Tailler l’autoroute ? Encore plus simple qu’avant. Avant, on avait déjà les Superchargeurs qui permettaient de rallier quasiment toutes les grandes villes de France sans se soucier de l’autonomie. Mais avec l’apparition de l’Autopilot, non seulement c’est facile, c’est aussi devenu reposant. Alors, oui, il faut se forcer un peu pour garder son attention sur la route plutôt que sur la dalle tactile, mais le simple fait de garder ses mains sur ses genoux plutôt que sur le volant permet d’arriver à destination encore plus détendu qu’avant. Il faut aussi préciser que le système met en confiance très rapidement…tant qu’on roule sur une 2×2 voies sans trop de bifurcations. Je me suis senti plutôt mal à l’aise en périphérie de Lille, avec beaucoup d’embranchements, où j’ai préféré reprendre le contrôle. De même, une courte expérience sur routes départementales aura fait augmenter ma tension artérielle de trois points. Dans ces deux occasions, est-ce que le système marchait ? Oui, et même très bien…mais c’est un travail sur moi qu’il faut réaliser ! Dans la même veine, les passagers ne sont pas forcément très rassurés de voir le conducteur chiller les doigts de pieds en éventail à se faire les ongles. Question d’habitude.

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Déposer 99 % du parc automobile roulant ? Les doigts dans le nez ! Surtout avec mon exemplaire d’essai. La P85D essayée cet été, équipée du mode Insane, expédiait le 0 à 100 en 3,3 secondes. La P90D aussi…à moins que vous ne cochiez la case « Mode Ludicrous ». Dans ce cas-là, le fusible de la batterie sera modifié pour laisser passer plus de puissance. En résulte un 0 à 100 réduit à 3 petites secondes. L’expérience est physiquement violente et ultra-addictive…mais est-ce qu’on ressent le gain de 0,3 secondes ? Hmm… Pas vraiment, non. Et quand on pense qu’il faut débourser 11 200 € pour ce fameux mode Ludicrous (!!!), l’intérêt ne me saute vraiment pas aux yeux. Déjà qu’il faut -de mon point de vue- être un peu zozo pour choisir la P90D par rapport à une 90D « tout court »… En tout cas, s’il y a quelque chose de commun à toutes les Model S, c’est bien ce phénoménal grip en courbe. Encore une fois, je n’ai jamais réussi à mettre la bête en difficulté : elle reste ventousée à sa trajectoire. Les amateurs de drift seront peut-être déçu, mais, l’expérience, bluffante, en fera sourire plus d’un. D’autant plus que la position de conduite juste parfaite et la direction bien calibrée participent à ce plaisir de conduite.

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Alors, dans cet océan de louanges, il y a bien quelques points agaçants. La finition, même si des progrès sont visibles, dénote toujours comparée à la concurrence. Malgré des tarifs qui s’envolent, il est curieux de voir que les sièges moches en tissu qui ne maintiennent pas restent en série (pour des fauteuils enveloppants en cuir, compter 2 800 € quelque soit le modèle). L’absence de rangements commence sérieusement à me gonfler, même s’il faut noter l’arrivée avec le facelift  d’une console centrale. Je trouve le nouvel affichage des compteurs fouillis et inutilement chargé. Et le système de changement de voie en conduite autonome reste perfectible : parfois trop brusque, parfois inopérant… On se dit souvent qu’on pourrait faire mieux. Mais je suis confiant pour ce dernier point : lorsque Tesla a lancé son système de régulateur adaptatif l’année dernière, il était de loin le plus mauvais que j’aie essayé. Au fil des mises à jour, il est devenu beaucoup plus agréable et figure aujourd’hui en bonne place dans mon classement. Aucune raison que l’Autopilot ne suive pas cette trajectoire (petit jeu de mot, hahaha mdr).

Donc voilà, la Model S P90D peut se conduire toute seule comme elle peut déposer des Ferrari Enzo au feu rouge, elle peut embarquer toute la famille en vacances comme elle peut rouler à toute berzingue dans les virages, tout en proposant une expérience client rarement (jamais ?) vue dans l’industrie automobile. Est-ce que c’est la meilleure voiture du monde, on ne va peut-être pas emboîter le pas aux Tesla Whores, prêts à tout pour célébrer la marque, mais force est de reconnaître que la Model S est d’une homogénéité rare. Un couteau-suisse onéreux, certes, mais terriblement attachant.

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Merci à Tesla pour le prêt et à Aymeric pour les jolies photos !

Crédits photos : Aymeric V. / Crédits illustrations : Tesla Motors / Crédits vidéos : Mathieu Acthernoene.