« Née pour marquer son temps ». Derrière ce slogan plein de promesses se cache la voiture de l’année 1989 : la Fiat Tipo. 27 ans plus tard, le constructeur transalpin offre au phénix une renaissance inattendue et lance une nouvelle famille Tipo, que nous sommes allés découvrir là où elle a été conçue, à Turin.

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Bravo, Stilo, Tipo : il faut dire que Fiat et les compactes c’est une histoire qui dure depuis quelques années… Régis vous en parlait ici, la gamme Tipo s’articule à présent autour de trois déclinaisons : une sedan, à vrai dire plus adaptée à d’autres marchés qu’au notre, un break et une compacte. Ce sont ces deux dernières que nous avons pu prendre en main le temps d’une journée sous le beau soleil turinois.

Fiat Tipo : voiture de l'année 1989

Fiat Tipo : voiture de l’année 1989

Dès le début de la journée, les bases sont posées et Fiat clame haut et fort que la Tipo se veut être une nouvelle vision de l’automobile tournée vers… l’utile. En étant parties d’une feuille blanche et d’un postulat : « du contenu sans superflu », les équipes ont mis au point cette Tipo cru 2016, une voiture sans fioritures, à commencer par son dessin…

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N’y allons pas par quatre chemins : elle n’est pas l’une de ces Italiennes qui déchaînera les foules et provoquera des « retournements de tête » à chaque coin de rue… Non, elle n’est pas l’une de ces Italiennes dessinées par l’un des grands designers transalpins qui remportera des concours d’élégance. La Tipo 2016 est une compacte somme toute consensuelle, il faut le dire, mais pas moche non plus.

Notre hatchback reprend la calandre lancée sur la nouvelle 500, nouvelle signature stylistique de Fiat, mais inaugure une forme assez atypique chez le constructeur avec un long capot et une chute de reins plutôt stricte. Longue de 4,36 m, large d’1,79 m et haute d’1,49 m, elle est imposante mais pas désagréable à regarder avec une ligne de caisse assez haute, un toit nervuré qui lui donne un peu de caractère et un dessin des feux AV et AR plutôt sympas. Les ajouts de chrome et les jolies jantes de notre version haut-de-gamme aident à lui donner un chouïa de sex-appeal, reste à voir ce que donneront celles qui devraient faire le gros des ventes : les versions moins « luxueuses » que notre finition Lounge. Pari réussi pour Fiat, donc, qui offre à la Tipo un look classique mais efficace, sans artifices mais sans vraiment d’âme.

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La déclinaison break, rallongée de 20 cm et prévue pour septembre, est elle moins réussie à mon goût et, aspects pratiques oblige, hérite de l’imposant séant que Fiat aime donner à ses voitures familiales (coucou le 500 L Living). Le look général de la Tipo est alors moins équilibré et le dessin de la voiture perd en homogénéité avec un porte-à-faux arrière plus important. Là encore, point de fracture des cervicales pour les passants, la Tipo Break sera l’amie des famille à la recherche d’une voiture « qui fait le job », that’s all.

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À bord, même postulat… Même si je dois l’avouer, elle m’a surpris ! Surpris par la qualité générale de son habitacle, pour commencer. Là où je m’attendais à monter dans une voiture pensée par des nostalgiques de l’Union Soviétique (ou de la Tipo première du nom), elle est en fait une compacte bien dans son temps et intelligemment conçue qui propose une finition correcte mais assez hétérogène, avec des matériaux tantôt agréables, tantôt passables.

La planche de bord est ainsi recouverte d’un original mais plaisant plastique moussé nervuré, alors que les contreforts de porte et les parties basses héritent des stocks restants de plastiques brillants bien rigides des usines Fiat d’il y a quelques années… Certains éléments font également un peu « cheaps », comme la présentation des compteurs qui manque un peu de raffinement ou quelques craquements dès que la route se dégrade, mais rien de rédhibitoire. La présentation générale est elle somme toute classique mais ergonomique, avec une pléiade de rangements (neuf exactement, qui représente au total 12 L de stockage) et tout ce qu’il faut pour s’y sentir bien et presqu’au goût du jour.

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La Tipo est une nouveauté Fiat, et ça, à part la gamme 500, ça fait longtemps que ça n’était pas arrivé… À ce titre, elle se voit dotée du nouveau système multimédia maison UConnect qui embarque une nouvelle version du TomTom 3D LIVE intégré, une connectivité complète en USB/Bluetooth/partage de connexion, ainsi que l’arrivée chez FCA de CarPlay et d’Android Auto. Plutôt bien intégré et agréable à utiliser grâce à une interface bien conçue et une bonne réactivité, l’écran tactile de 7 pouces participe à la très bonne ergonomie de la planche de bord de cette Tipo où tout tombe sous la main. Sur notre finition-haute Lounge, la dotation est complète et l’on jouit d’à peu-près tout ce que l’on est en droit d’attendre sur une compacte aujourd’hui, des sièges chauffants à la caméra de recul, même si certaines options manquent au catalogue comme un toit ouvrant/toit panoramique fixe, qui aiderait à donner un peu de lumière à un cocon tristounet dans lequel les grands se sentiront un peu étriqués à l’arrière.

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Niveau habitabilité, elle marque toutefois encore un point. Bien aidée par un empattement important, elle dispose de quatre vraies places (la place centrale AR souffre d’un dossier trop bombé dû à l’accoudoir central), d’un espace aux jambes appréciable (934 mm) et d’un coffre accessible et plutôt imposant (440 L / 1,09 m de large) qui comprend un double fond et d’imposants rangements sur les côtés.

Tournée vers la praticité, la version break offre quant à elle un espace de chargement encore plus important (550 L) et bénéficie d’un système d’organisation de la malle par le biais d’un plateau inclinable à 40°, le « Magic Cargo ». La banquette est dans les deux cas rabattable en 2/3-1/3 mais ne propose jamais un plancher plat. Cerise sur le gâteau, Fiat est fier de nous annoncer des portes s’ouvrant à 80°, et c’est vrai que c’est un vrai plus pour charger ses emplettes chez IKEA ou organiser l’espace afin de rentrer le vélo du petit dernier…

Coffre de la Fiat Tipo Break (550 L)

Coffre de la Fiat Tipo Break (550 L)

Équipée de moteurs raisonnables déjà éprouvés sur d’autres modèles du groupe et basée sur la même plate-forme que la 500X, la Tipo offre un comportement général plutôt plaisant. Nous avons pu essayer les deux versions de 120 ch (les plus puissantes au catalogue), et sûrement celles qui lui vont le mieux, le 1.4 Tjet et le 1.6 MultiJet.

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Le bloc essence propose un très bon agrément avec un silence de fonctionnement remarquable en-dessous des 4000 tr./min. et des performances bluffantes. Le quatre cylindres est doux mais sait aussi être péchu, en n’hésitant pas à offrir des reprises énergiques à bas-régime (215 Nm dès 2500 tr./min.), alors que l’insonorisation a été soignée puisqu’aucun bruit d’air n’est perçu dans l’habitacle. Le bloc diesel est lui moins plaisant, la faute à sa sonorité moins agréable au ralenti et d’une certaine inertie lorsqu’on est bas dans les tours. Il se fait toutefois oublier une fois lancé et offre des consommations plus mesurées (7,0 L / 100 km sur notre boucle mixte de 70 km ; 9,0 L / 100 km pour l’essence sur la même boucle).

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Notre parcours, tantôt sinueux tantôt roulant, nous a permis de constater des très bonnes capacités routières de la Tipo , qui est une voiture agréable à mener et à vivre sur tous les types de routes. Un soin tout particulier a été porté à l’amortissement, qui offre un compromis intéressant entre suffisamment de souplesse pour être confortable et une dose bienvenue de rigidité pour ne pas prendre de roulis et souffrir de trop de sur/sous-virage dès que le tracé se corse. Son comportement sur les routes sinueuses du Piémont m’a particulièrement surpris et la Tipo jouit de bonnes liaisons au sol et d’un comportement toujours sain et sécurisant, même lorsque l’allure s’accélère. La direction est informative et la boite mécanique à 6 vitesses très bien étagée, même si cette dernière nous pénalise d’un guidage un poil flou et d’une impression que les rapports ne se verrouillent pas correctement. Autre point noir : le ressenti dans les pédales, et notamment la pédale de frein un brin spongieuse qui empêche de doser comme on le désirerait, mais rien de bien méchant…

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Les sièges, qu’ils soient en cuir ou en tissus, proposent un bon maintien et une assise confortable, même si les passagers AR seront moins bien lotis avec une banquette plus ferme. La dotation en aides à la conduite est elle mi-figue, mi-raisin : en finition haute « Lounge », la Tipo se voit dotée du régulateur de vitesse adaptatif avec freinage d’urgence automatique, mais fait l’impasse sur les avertisseurs d’angles-morts ou des feux xénon/LED, pourtant devenus une constante dans le segment. En ville, le traditionnel mode « City » est de la partie et permet une démultiplication de la direction, ce qui offre à la voiture un rayon de braquage appréciable de 11 m. Fiat dit avoir effectué plus de 9 millions de kilomètres pour mettre au point la Tipo, et il faut dire que leur travail a porté ses fruits, avec une voiture complète.

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Finissions en beauté, parlons monnaie. Fiat frappe un grand coup avec cette Tipo et le principe du « More is Less », de la voiture authentique sans superflu, prend tout son sens. Elle va a l’essentiel et offre tout ce qu’il faut pour trouver son public : un look consensuel, un habitacle ergonomique, une dotation riche, un agrément certain mais aussi et surtout un placement tarifaire on ne peut plus agressif avec un rapport qualité générale/prix hyper compétitif. Fiat souhaite revenir au coeur du marché, et notamment grâce aux versions entreprises puisque les ventes aux flottes représentent 60 % du segment C. Pour cela, une gamme entière de moteurs et de finitions à été créée pour le B2B et la Tipo devrait trouver son public, même chez les pros.

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Le schéma est assez simple : Fiat vend au prix d’une citadine… une compacte. Débutant à 13 990 €  (curieusement plus chère de 1500 € que la version sedan) avec le 95 ch essence, notre version haut-de-gamme dotée du 120 ch essence atteignait elle les 20 500 €, et même 22 490 € en diesel. Compte tenu de la bonne dotation de série à tous les niveaux de finition, la Tipo est tout simplement seule sur son créneau et aucune concurrence ne lui fait pour l’instant de l’ombre. Ni généraliste, ni véritablement low cost, elle est assez compliquée à positionner dans le segment C puisqu’offrant des prestations honnêtes à des prix plus que compétitifs, sans donner l’impression d’avoir une voiture au rabais. N’ayant pu en avoir une pendant cette session d’essais à Turin, nous espérons pouvoir vous proposer prochainement un essai de la Tipo la plus accessible, afin de vérifier si toutes ces bonnes impressions se retrouvent sur la version d’appel de la compacte.

Fiat réalise ainsi avec la Tipo un tiercé gagnant en ayant mis au point une voiture pleine de compromis mais réussie, une voiture faite pour rencontrer un succès bien mérité. Bref, elle est (encore) née pour marquer son temps.

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Merci à Fiat France pour l’invitation à découvrir cette nouvelle Tipo.

Photos : Victor Desmet