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A l’occasion de son restylage, le Toyota RAV4 est devenu le seul et unique SUV hybride généraliste du marché. Une excellente raison d’essayer cet oiseau rare !

Je me souviens encore de l’apparition du premier RAV4 en France en 1994. A l’époque, il avait déjà tout pour être décalé : un petit 4 roues motrices rondouillet, 2 portes, pouvant même se découvrir. Il arborait souvent des couleurs vives et flashy (en bleu notamment), années 90 obligent. On aurait dit une Jeep en plus moderne ou une Suzuki Vitara en moins rustique. Bref, une voiture bien sympa.

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20 années et quelques plus tard, il a bien changé le RAV4 que j’ai devant les yeux (oui, j’ai décidé que ce serait « un » RAV4, sexe des voitures, etc…). Arrivé déjà à sa 4ème génération, il abandonne l’iconique version 3 portes pour ne plus exister qu’en 5 portes. Fini le franchisseur du dimanche à l’aise un peu partout, place à un gros SUV familial. Je ne reviendrai pas sur la pertinence supposée d’un SUV en tant que véhicule familial comparé à un break ou à un monospace, chacun se fera son avis, mais personnellement je ne suis pas très convaincu. Le marché français actuel se compose de 25% de ce type de véhicules (source : CCFA) et la proportion ne pourra que progresser si l’on en croit les constructeurs qui vont nous inonder de nouveautés dans les prochains mois. La version actuelle du RAV4 est née en 2013, et a été restylée à la faveur du salon de Francfort 2015. L’inédite version hybride essence a également été lancée à cette occasion.

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One Vision

Je fais le tour du « Toy » et je constate que c’est quand même un beau gros bébé : 4,60 m de long pour 1,85 m de large. Plutôt dans la moyenne haute d’un segment devenu très encombré car ses concurrents les plus redoutables se nomment Renault Kadjar, Nissan Qashqai ou encore VW Tiguan, en attendant le nouveau Peugeot 3008. Les flancs sont très verticaux, la ceinture de caisse haute et le hayon forme un immense panneau quasi vertical. Mine de rien, il est plutôt intimidant ce RAV4, d’autant qu’il est presque aussi haut que moi. Et ce n’est pas la calandre qui va arranger ça. Fini le côté un peu fadasse de l’ancienne, le restylage s’est attaché à modifier toute cette partie de la voiture. Plus agressif, il ne fait pas dans finesse. Les phares sont effilés, une prise d’air gigantesque trouve place dans le bouclier, les anti-brouillards sont rejetés dans des crevées triangulaires. De face, ça fait penser à un Stormtrooper, non ? Des fausses plaques de protection de dévers se trouvent sous les boucliers avant et arrière, histoire de laisser croire à des capacités de franchissement pour les aventuriers urbains. Mais ne vous y trompez surtout pas : le RAV4 actuel n’a rien d’un véhicule tout terrain et son milieu naturel sera bien le bitume et l’asphalte. D’ailleurs, vous auriez envie de poser ces jantes alliage 18″ dans la boue, vous ? Pas vraiment le genre de la maison…

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J’ouvre la porte, je monte sur mon escabeau, je vais chercher un autre escabeau plus grand et j’arrive enfin dans l’habitacle entièrement noir. En dehors de quelques touches de plastalu ©, rien ne viendra vous distraire pendant la conduite. Si les coloris intérieurs manquent de fantaisie, il en est… de même pour le dessin de la planche de bord. C’est très sobre et fonctionnel, même si le placement de certaines commandes m’étonne un peu : la sélection des modes de conduite se fait par des boutons looooiiin derrière le levier de boîte auto. Ce levier a d’ailleurs une allure un peu vieillotte. Il dispose par contre d’un mode manuel, en le poussant sur la gauche en position Drive. Mais les rapports se passent dans le « mauvais sens » : pousser pour monter, tirer pour descendre. La platine chauffage/clim à deux zones est pratique et assez claire. Pas de compte-tours, mais un gros compteur que je baptise eco-tour car il vous indique si votre conduite est écologiquement vertueuse ou si êtes un vilain terroriste pollueur.

Les gros boutons sur le volant ne font pas dans la finesse, mais c’est efficace et les gros doigts y seront à l’aise. Mention spéciale pour les aérateurs ronds latéraux : c’est joli, super pratique à diriger et à régler. Pourquoi on n’a pas droit aux mêmes au centre ? Les rangements sont nombreux et la boîte à gants ferme à clé, c’est devenu bien rare. La qualité globale est très Toyotesque : c’est solidement fini, bien costaud, les assemblages semblent avoir été faits en Adamantium et on a l’impression que ça pourrait résister à un séisme. Mais le choix des matériaux est beaucoup moins heureux. C’est très quelconque, et assez loin de ce qui se fait chez la concurrence. Oubliez les plastiques moussés partout et les interrupteurs tout doux. Mais en contrepartie, la longévité de l’ensemble semble phénoménale.

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L’écran multimédia… Voyons, par où commencer ? Il est au milieu, c’est déjà bien. Mais il est looooin lui aussi et mes petits bras ont du mal à atteindre les boutons situés tout à droite, notamment l’accès au GPS. Le système gérant l’écran tactile souffre quant à lui de trop grandes latences. C’est peu réactif, lent et plutôt désagréable à manipuler, que ce soit le GPS, l’ordinateur de bord ou le choix d’une station de radio. La reconnaissance vocale est, elle, demeurée indisponible pour je ne sais quelle raison (problème de réseau mobile ?). La qualité audio est plutôt bof. Plutôt brouillon dans sa définition et en manque flagrant de puissance. Sauf erreur, aucune option au catalogue ne permettra d’avoir mieux (ah si : un système JBL, présent seulement sur la finition haut de gamme Lounge). Et puis les pochettes des albums Spotify ne passent pas via le Bluetooth (c’est peut être un détail pour vous, mais pour moi…).

L’espace intérieur est surprenant : on est très au large. C’est grand, vaste même, avec une garde au toit permettant de garder son chapeau haut de forme. Quant aux places arrière, l’espace aux genoux laisse envisager le transport de quelques basketteurs sans crainte. Contrairement à beaucoup de modèles récents, le volume extérieur se retrouve aussi à l’intérieur. Bien joué Toyota ! Pour ouvrir le coffre, une seule possibilité : utiliser le système motorisé, pas d’ouverture en manuel. Pourquoi pas, le hayon est grand, lourd et, une fois ouvert, assez haut. Le souci est que le mécanisme est lent, lent… Et hop, vidéo :

Il suffit d’avoir oublié de mettre quelque chose dans le coffre pour tout recommencer. C’est pénible, surtout quand d’autres systèmes font bien mieux ou permettent un fonctionnement manuel si besoin. Une fois ouvert, le coffre s’avère grand, bien que les batteries du système hybride en amputassent une partie par rapport à la version thermique. Fini le plancher quasiment plat en rabattant les dossiers des sièges arrières, puisqu’un petit seuil vient s’intercaler entre le coffre et la banquette. Les dossiers de la banquette sont réglables en inclinaison. Super astuce dans le coffre : un filet monté sur des barres métalliques mobiles permet de stocker facilement des petits objets qui n’iront pas ainsi se promener en faisant « clang ».

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Je referme le coffre, grimpe sur mon escabeau et retourne sur le fauteuil conducteur (à réglage électrique sur cette finition Design). Je démarre le Toy et pas un bruit. Ah mais oui, c’est un hybride. Le RAV4 partage ses dessous moteurs avec le Lexus NX 300h, déjà essayé par l’ami Jean-Baptiste ici. La lecture de son essai m’avait laissé dubitatif. Outre l’esthétique particulière du NX, il avait particulièrement peu apprécié son fonctionnement général et ses performances (et c’est rien de le dire !). Aussi je voulais me faire mon propre avis sur la question.

En guise de rappel, le RAV4 reprend le système Toyota Hybrid Synergy Drive (HSD) des Prius et autres Auris. Le moteur essence est ici un bon gros 4 cylindres de 2,5 litres comme on n’en fait plus, avec un cycle Atkinson allongeant la détente au détriment de la compression pour réduire la consommation. Il développe quand même 155 ch, ce qui est une puissance correcte pour un SUV de 1,6 tonne. Il est ici accouplé à deux moteurs électriques : 143 ch sur le train avant, 68 ch sur le train arrière. Soit, par la grâce des convertisseurs et autres règles de calcul de puissance cumulée, un total de 197 ch. Wouaw me suis-je dit, ça va envoyer ! Les moteurs sont gérés en drive by wire par le système HSD : pas de liaison physique entre votre pied et le moteur, tout est calculé pour optimiser les consommations et la charge des batteries. Comme la Lexus, la transmission se fait par un train épicycloïdal à satellites. Une sorte de boîte à variation continue CVT, commercialisée d’ailleurs sous ce nom par Toyota. Toute la gestion fine du HSD va consister à combiner les différentes sources de puissance avec vos besoins et votre style de conduite du moment…. en théorie du moins.

A Kind of Magic

De conduite, justement il est temps de parler (je m’exprime comme Yoda, ça devient dangereux). En agglomération, c’est comme toujours un pur bonheur de conduire une hybride ou une électrique. Le RAV4 est doux et confortable. Les sièges sont moelleux comme il faut, même si je préfère la fermeté teutone en général. Les suspensions sont plutôt souples, typées confort, et filtrent bien les irrégularités du terrain et les zones pavées. La transition électrique/thermique se fait tout en douceur sans à coups, c’est totalement transparent pour le conducteur et ses passagers en dehors d’un éventuel petit sursaut quand le 4 cylindres se met en route. Bref, tout est calme et volupté en ville. Je teste également le mode EV, qui permet de rouler en électrique seul de façon très ponctuelle : 50 km/h maximum, sur une distance d’environ 2 km maximum. C’est déjà pas mal pour circuler dans des parkings ou évoluer dans des zones urbaines très denses. Tout en silence, émissions zéro, vous passerez pour le parfait bon élève. Et vous êtes parfaitement Anne Hidalgo Compliant®. Les consommations dans ces conditions ? Oh, entre 0 et 5 litre aux cents, et encore. La magie de l’hybride en ville ! Mais le gabarit du RAV4 et son rayon de braquage font que les manœuvres sont un peu compliquées.

We Will Rock You

Il est temps d’aller taquiner un peu le Toy’ hors de son milieu naturel urbain protégé : place à l’autoroute et aux départementales. Et là, ce n’est plus du tout la même histoire. En fait, votre plaisir de conduite à bord du RAV4 dépendra de votre rapport avec la pédale d’accélérateur et de vos qualités auditives. Je m’explique. Sur le plat ou un raisonnable faux plat, le RAV4 en mode thermique pur va répondre plutôt mollement à votre envie de doubler cette saleté de voiture sans permis qui vient de se poser devant votre calandre Stormtrooper. J’appuie à fond. Rien. Puis un ours se réveille quelque part entre la boîte de vitesse et le moteur. Ah ah ! me dis je innocemment, c’est parti !

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Et non. Le bruit est là, bien présent. Avec un peu beaucoup d’imagination on dirait un gros V8 américain. Mais celui là est enrhumé : la vitesse n’augmente que lentement et le dépassement de l’importun se fait avec un bruit très présent dans l’habitacle. Le problème, très clairement, ne vient pas des moteurs, mais de la boîte et du HSD. La réactivité de l’ensemble n’est pas à la hauteur de ce que l’on attend d’une boîte auto moderne. Je renouvelle l’expérience à plusieurs reprises dans plusieurs cas de figure courants ou j’ai besoin d’un coup de gaz : s’insérer sur une autoroute, dépasser un camion sur nationale, griller un feu orange,… A chaque fois, le résultat sera le même : temps de latence bien trop long pour une conduite dynamique. Je m’essaie à une conduite plus coulée, mais là, c’est plutôt atone, sans sensations, et même une simple prise de vitesse raisonnable de bon père de famille sera pénible. C’est ma faute, je roule trop vite, j’en demande trop ? Peut-être, mais tous mes passagers ont eu strictement le même ressenti que moi sur le bruit même en roulant tranquillement.

J’essaie par acquis de conscience la configuration la plus « performante » possible sur le papier : mode Sport, passage de la boîte en manuel. Et pour corser l’affaire, je vais grimper au sommet du Mont Valérien en partant de la Seine pour simuler une petite route de montagne (le budget « essai » du blog ayant été épuisé depuis longtemps, je ne peux pas me payer ce road trip dans les Carpates, Gonzague, si tu me lis…). Résultat décevant, sans surprise. Le moteur s’emballe encore plus, monte plus haut dans les tours et fait encore plus de bruit, sans que le résultat final soit radicalement différent. C’est à peine mieux en agrément moteur. Déception… Je remballe mon mode sport et me contente du mode normal. Si je devais partir au fin fond du Queyras ou du Cantal comme j’aime parfois le faire, ce ne serait pas une partie de plaisir que de rouler en RAV4 hybride, même en respectant scrupuleusement les limitations de vitesse. Et pour les trajets quotidiens ? Oui pourquoi pas, à condition d’adopter une conduite extrêmement souple et d’anticiper énormément ses besoins en accélération. Pourtant, le 0 à 100 km/h est théoriquement réalisé en 8,3 secondes, ce qui est loin d’être ridicule pour un engin de ce gabarit (un Kadjar TCe 130 le boucle en 10 secondes), mais l’agrément et le plaisir de conduite sont hélas totalement absents.

C’est dommage, parce qu’à allure stabilisée  le RAV4 fait très bien l’affaire, tout en souplesse et en accélération à petit pas. Je lui en demande sans doute trop, et la conduite un tant soi peu dynamique est tout à fait contre-nature pour ce SUV, même en faisant abstraction du bruit à pleine charge. La tenue de route est très correcte mais trop nettement axée sur le confort. Le RAV4 ira se coucher en virage si on lui en demande trop, ce qui risque de toute façon de ne lui arriver que rarement. La direction est quant à elle pataude et peu informative. En mode thermique, la consommation atteint sans surprise des valeurs équivalentes à celle de ses concurrents : un bon 8 ou 9 l/100 km sur parcours mixte routier / autoroutier.

Under Pressure

Ses concurrents, justement, il va être un peu difficile d’en trouver. Tout d’abord, parlons argent. Mon RAV4 Hybride 4×4 en finition Design coûte 40 350 €. La seule option présente est la peinture blanc nacré à 850 €. Le pack Design inclut les jantes alu 18″, le Pack Assist (radars), le Toyota Safety Sense (lecture de panneaux, régulateur adaptatif, etc…), les projecteurs LED et une sellerie mi-cuir mi-tissu. Bien qu’hybride, le RAV ne bénéficiera d’aucun bonus écolo, ses émissions de CO2 étant de 117g/km. Si vous le voulez en 4×2 seulement, ce sera 2 300 € et 65 kg de moins (à noter que la puissance est la même que le 4×4, même avec un moteur en moins).

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Le nouveau RAV4 existe également en diesel 143 ch à 33 800 € en finition Design 4×2 ou même en essence 151 ch 4×4 au prix de 34 800 € en boîte manuelle, toujours en Design. Si vous cherchez un RAV4 diesel 4×4, désolé, mais cela n’existe plus depuis le restylage ! Seul sur son créneau de SUV hybride non premium (il faut oublier le Lexus NX), le RAV4 est bien difficile à comparer. J’élimine d’office les motorisations diesel et il reste quand même quelques concurrents purement essence : Kadjar, Hyundai Tucson, Ford Kuga ou autres Volkswagen Tiguan. Mais ils seront tous nettement moins chers que le Toyota car faisant l’économie de la chaîne de traction hybride. La différence de prix sera en moyenne de 5000 à 6000 €, ce qui est loin d’être négligeable. Quant à rentabiliser cet écart en faisant des économies de carburant, je vous laisse à vos calculettes ! La concurrence frontale arrive cependant, avec notamment le nouveau Kia Niro qui sera commercialisé cet été exclusivement en hybride essence mais avec un gabarit nettement plus petit que le RAV4. D’autres SUV hybrides seraient en préparation avec peut être le nouveau 3008 de Peugeot.

Alors, faut-il conseiller ce RAV4 Hybride ? Tout dépend de votre usage. Si vous faites très majoritairement de l’urbain ou du péri urbain, la réponse sera oui, pourquoi pas. La douceur de l’électrique, le confort général, l’habitabilité et les faibles consommations seront ses points forts, mais il en fait payer plutôt chèrement le prix. Si par contre vous fréquentez assidûment les autoroutes, départementales et tout ce qui présente un quelconque dénivelé, passez largement votre chemin car ses performances et son agrément sont très loin de ce qui se fait ailleurs et vous serez immanquablement déçus. 

Je remercie Toyota pour le prêt du véhicule et pour leur confiance

Crédits photos : Régis Krol / Jérôme C.