Maserati. Rien qu’à prononcer ces quelques lettres en prenant mon pire accent italien possible, ça sent déjà bon l’Italie, le soleil, la mozzarella fraiche et la musique classique. Je m’imagine déjà arpenter les belles routes de Toscane, m’arrêter dans des petits villages typiques déguster un verre de prosecco et reprendre le volant sans but précis, juste à profiter d’une fin d’après-midi d’été, humant l’odeur des oliveraies et différents vignobles, au son envoutant du V8 exerçant ses vocalises à longueur de journée. C’est sûrement pour toutes ces raisons qu’aujourd’hui, j’achèterais plus volontairement une italienne qu’une grosse berline allemande schwarz metal.
Sauf que pour le moment, c’est encore l’hiver. Tiens ? Un mail de Maserati. Courmayeur, mais c’est à la montagne ça… -12°C de prévus ! Pour découvrir la gamme 2018, ça fait un peu froid. N’écoutant que mon courage, je me suis donc rendu dans les Alpes italiennes, rien que pour vos yeux (la référence irait mieux dans un article Aston Martin, mais bon, on fait avec ce qu’on a).

Je prends le temps de me replonger dans l’histoire de la marque italienne, depuis 1914, entre succès en Formule 1 au début des années 50 jusqu’aux heures sombres à la fin des années 80, où la marque surfant sur le succès de la Biturbo fait face à de nombreux problèmes de fiabilité et surtout aucun renouveau dans la gamme. Comment une marque dont le renouveau était la plus grande difficulté est-elle passée de 6000 ventes en 2012 à plus de 42 000 en 2016 ? Ça fait une augmentation du nombre de véhicules vendus de 700% soit dit en passant…Notons l’arrivée de la Ghibli qui a fait bondir les ventes de la marque dès 2013. Le charme à l’italienne avec pour rivales les Audi A6, Mercedes Classe E et BMW Série 5, de quoi séduire nombre de nouveaux adeptes et surtout un marché asiatique toujours en pleine expansion. Mais le second sursaut à qui l’on doit de tels chiffres, c’est bien évidemment le Levante, qui couvre aujourd’hui 57% des ventes de la marque et avec lequel nous n’avons malheureusement passé que quelques dizaines de minutes au volant. Nous espérons vous en parler bientôt lors d’un essai plus complet !
Bon, on a quand même fait ça :

Mais cet événement était avant tout destiné à la conduite………..sur glace ! Ou du moins à la conduite hivernale puisque la conférence de presse tournait autour de la gamme Q4 et de la Quattroporte millésime 2018. Nous ne nous attarderons pas sur la Ghibli pour laquelle vous pouvez retrouver dès à présent l’essai très complet de Thomas ici.
Celle dont je souhaite vous parler et qui me fait rêver depuis tant d’années, c’est la Quattroporte.
55 ans d’histoire pour ce qui fut à l’époque la première berline premium à vocation grand tourisme.

La Quattroporte première du nom apparait en 1963, née du crayon de Pietro Frua. Un design latin et élégant inspiré directement d’une des plus belles GT de l’époque, la Maserati 5000 GT. Elle sera équipée tout d’abord d’un V8 4.1 L de 220 ch constituant le minimum syndical pour déplacer la bête de 1,8 T mais qui fera tout de même d’elle la berline de série la plus rapide disponible sur le marché ! Dès 1969, la Quattroporte bénéficiera tout de même en option du V8 4.7 L disponible sur la Ghibli (la vraie!) et développant 290 ch.La Quattroporte II apparait sous l’ère Citroën et repose d’ailleurs sur la base de la SM et lui emprunte son moteur (issu initialement de la Merak) dont la cylindrée est portée à 3 L. Petite facétie de la part des chevrons : la berline adopte une direction assistée ainsi qu’une suspension hydrauliques ! D’une longueur totale de 5,13 Mètres (!!!!!!), le V8 est abandonné au profit d’un V6 de 190 ch. C’est peu, beaucoup trop peu pour prétendre aux mêmes ambitions que sa devancière. Après maintes tentatives et hésitations pour la mise en production, Citroën lâche le trident en 1975 et place la firme italienne en redressement judiciaire. Il subsisterait aujourd’hui 5 Quattroporte II des 13 produites. Un destin bien triste pour celle qui reste selon moi la plus élégante de la lignée et dont la Quattroporte V en était la digne héritière.

La Quattroporte III apparait dès 1976 avec un physique que l’on qualifierait aujourd’hui de difficile. Ça transpire les années 80 avec des lignes brutes sans aucun arrondi et du plastique (c’est fantastique) à tout va. Ce sera aussi l’âge d’or de la fiabilité de la firme transalpine, en toute ironie bien entendu. La 3ème génération fera tout de même carrière jusqu’en 1990 avec un peu moins de 2200 exemplaires produits. Le V8 maison de 4.2 L refera son apparition sous l’immense capot et laissera sa place en 1981 à un nouveau bloc de 4.9 L développant 300 ch. Si les critiques fusent encore aujourd’hui lorsque l’on parle de cette Quattroporte, n’oublions pas que la dotation en équipement lui a valu à de nombreuses reprises des comparaisons avec Rolls Royce et que la berline atteignait tout de même les 230 km/h malgré ses 2 tonnes !
La Quattroporte IV repose sur la fameuse Biturbo et adopte une ligne plus discrète et beaucoup plus fluide que sa devancière qui devait sans doute avoir un Cx de parpaing. Elle hérite du V6 2.0 L et du V6 2.8 L de 284 ch. La fiabilité reste encore quelque peu aléatoire. La vraie renaissance du modèle intervient lorsque Ferrari vient mettre son nez dans les affaires du trident en 1995 en version Evoluzione pour partager le même V8 que la bestiale Shamal. 3.2 L, 336 ch pour 270 km/h en pointe ! Enfin de quoi botter les fesses des allemandes sur l’autoroute avec un look “l’air de rien”, le propre du sleeper ultime !

2003, l’apparition de la cinquième génération qui remet au goût du jour la vision latine du luxe sportif, ou du sport de luxe, au choix. Tous les ingrédients sont réunis jusqu’à pouvoir marcher sur les plates-bandes de certaines GT, en proposant le V8 4.2 L de la Ferrari 430 développant 400 ch associée à une boite automatique à 6 rapports Cambiocorsa. V8 fabuleux à la sonorité sans pareil, ambiance inimitable ligne d’une rare simplicité : le charme opère immédiatement et nous nous demandions bien comment Maserati allait pouvoir proposer encore mieux 10 ans après.Proposer encore mieux ? C’est une question de point de vue, mais d’après le marché et les ventes de la Quattroporte 5 ans après sa présentation, la réussite est totale. Toutefois, le design me chagrine quelque peu, trop acéré, trop torturé pour un si grand gabarit, trop japonais (et pourtant j’aime les japonaises !). Maserati rentre un peu plus dans le moule, et si la Quattroporte VI garde une gueule sans pareil grâce à une calandre chromée caractéristique et à des optiques agressives, la poupe en devient presque banale. Bon, avec plus de 5 mètres de longueur, elle n’en devient pas discrète pour autant, à en juger des nombreux regards insistants croisés tout au long de l’essai.
Les retouches intervenues à l’occasion du millésime 2018 sont mineures et essentiellement esthétiques. Les optiques avant abandonnent les caches de clignotants oranges, sont assombries et full LED. Le bouclier avant devient plus agressif et surtout, la gamme se décline maintenant en deux finitions et 14 versions différentes (vous avez bien lu). Depuis le temps que je voulais essayer une Maserati, j’ai bataillé durant des heures pour éviter de me faire souffler le V8, et je me retrouve finalement avec la motorisation qui chapeaute actuellement la gamme : la Quattroporte GTS dotée du V8 3.8 L, ici en finition GranLusso.
Même si je n’ai passé que peu de temps au volant, je pense avoir largement eu le temps de me faire une idée sur cette fameuse italienne.

Ce qui frappe au premier abord, c’est le gabarit. 5m26 pour 1900 kg à vide. BIM, v’là le bestiau ! C’est là que je chuchote, 530 ch c’est finalement pas de trop pour déplacer tout ça… D’autant que le couple est tout simplement ca-mio-nesque : 710 Nm de couple disponibles dès 2250 trs/min, un vrai Diesel ! On a aussi soit dit en passant une berline qui dépasse allègrement les 300 km/h en vitesse de pointe, j’dis ça j’dis rien. En revanche, c’est pas avec les -12 degrés dehors et les plusieurs dizaines de centimètres de neige aux alentours qu’on va faire le filou avec les 2 tonnes de l’engin en propulsion. Je comprends maintenant pourquoi la quasi-totalité des modèles d’essai étaient en configuration Q4. Tant pis, au moins j’ai un V8 !

Je découvre avec émerveillement l’habitacle, tendu de cuir pleine fleur couleur sable associé à des incrustations en ébène véritable. Dit comme ça, on a l’impression de monter dans une vieille Jaguar si ce n’est que l’Ebène serait remplacé par de la ronce de noyer. Il y a un peu de vrai, le raffinement n’a pas de nationalité. Avec le trident chromé ornant le volant, il est pourtant impossible de se tromper. Entre classicisme et modernité, la Quattroporte 2018 embarque tous les systèmes d’aide à la conduite modernes en allant un cran plus loin que la concurrence anglaise et se rapproche plutôt des constructeurs allemands en proposant la conduite semi-autonome. Le MSP (Maserati Stability Program) contrôle l’adhérence et la stabilité du véhicule quelque soit l’instant en actionnant les freins si le besoin s’en fait sentir ou en réduisant le couple moteur sans jamais pour autant prendre le pas sur l’humain. L’expérience est saisissante et la sérénité n’en est que décuplée. C’est également un sentiment de sérénité qui se dégage de cette GTS au réveil du V8, qui s’ébroue gentiment mais sans rugissement intempestif et ce malgré la température extérieure loin d’être positive. Impériale sur long parcours, la différence avec la Ghibli se sent immédiatement………………dans le fessier ! Oui dans le fessier, à vrai dire on ne sent rien, rien du tout. À peine le léger décalage du train arrière à la ré-accélération en sortie de virage verglacé. Le Grand Tourisme atteint son paroxysme aidé d’un ensemble audio Bower & Wilkins très convaincant (mais pas autant que chez Volvo, on ne le répétera jamais assez). Après quelques vains essais d’accélérations brutales en mode sport fenêtres ouvertes et tambours bâtant à travers les tunnels des Alpes italiennes, je dois bien abdiquer : le V8 n’est plus aussi expressif que sur la génération précédente, en terme de vocalises j’entends (en fait non, j’entends pas !). J’abdique donc pour me concentrer sur l’essence même de cette Quattroporte et obéir à la configuration chose : GranLusso. Le V8 se conduit en douceur et au couple, profitant du léger ronronnement et de l’absence de quelconque vibration regardant s’élever à une vitesse vertigineuse le compteur à aiguilles sur fond bleu marine. Oui, je crois que je l’ai trouvée cette Quattroporte, on a envie de chuchoter, de conduire d’un seul doigt et de cruiser, cruiser, cruiser à n’en plus finir à un rythme sénatorial.

C’est tout simplement l’illustration parfaite de ce à quoi doit ressembler la super-berline de demain. Je dis de demain car aujourd’hui, les freins au plaisir de conduite sont déjà assez nombreux pour que l’on vienne contrôler chacun de vos faits et gestes. Je n’ai pas demandé une Mercedes Classe S comme on en croise à tous les coins de rues de la capitale, j’ai demandé une Maserati Quattroporte, avec ses défauts, ses humeurs, mais avant tout son âme. Et bien que nous ayons mis la main sur le seul V8 de la gamme des berlines Maserati, il me manque un petit quelque chose pour m’extasier définitivement sur la proposition italienne face à la concurrence allemande, un peu plus de sang chaud oserais-je dire. Une chose reste sûre, la Quattroporte ajoute la touche de folie qu’il manque parfois au marché des berlines grand luxe, tifosi à vie !

Crédits Photos, Vidéos et sources : Maserati, Ancelin Schoenhentz