Au royaume où les yachts, les fêtes et les corps rivalisent d’excès, Renault joue dans la démesure inverse en choisissant Ibiza comme piste d’essai de son quadricycle urbain et minimaliste : le Twizy.

Non content de jouer les bogosses sur l’île Séguin, Twizy s’offre l’île star des Baléares comme pour mieux nous/vous convaincre de son décalage et de son impertinence.  Mais à Pâques à Ibiza, point encore de jet-set ni de fêtes. La saison démarre réellement en juin. Alors le Twizy serait-il à ce point décalé, serait-il même hors sujet ? En fait Renault prend le contre pied du « toujours plus » et prétend revenir à l’essence (!) originelle du besoin automobile : déplacer quotidiennement une personne (ou deux) sur une distance moyenne d’à peine 30 kilomètres avec le soin récent d’émettre le moins d’émissions polluantes possible.

 

Le premier contact visuel est la surprise d’un design futuriste unique qui s’apprécie autant en vrai que lors de la découverte des premiers clichés officiels qui étaient pour une fois bien soignés par la communication maison. De forme ovoïde le Twizy a des mensurations peu familières : L/l/h : 2,34/1,24/1,46. Je grimpe dans une version Technic, carrosserie blanche, toit en verre, portes stickées en bleu, jantes diamantées noires et intérieur décor carbones. On est loin de l’ambiance cheap des voiturettes sans permis! Développé par Renault Sport Technologies, le biplace du losange fabriqué à Valladolid en Espagne est disponible à partir de 6 990 € en finition Urban. Le haut de gamme Technic est facturé 9176€ avec options. Le premier contact tactile s’affole à l’ouverture spectaculaire des portes en élytre avec l’inédite possibilité d’entrer dans l’habitacle aussi facilement par la droite que par la gauche. Le premier contact technique est silencieux. Avant de propulser l’engin vers la destination enregistrée dans le GPS ( en option), il faut se battre avec le frein à main mal implanté à gauche de la colonne de direction et au maniement peu ergonomique. Le Twizy est motorisé par un bloc 100% électrique  implanté en position centrale arrière comme une Clio V6! La puissance maximum est de 17ch, le  couple maxi de 57 Nm de 0 à 2100 tr/mn pour une vitesse maximale bridée à 80 km/h ( 45 pour la version Twizy45 sans permis de conduire). Mais au premier contact avec la pédale de l’accélérateur le silence fait place au sifflement continu et assez désagréable du réducteur. Au fil de l’essai, cette sonorité finira presque par faire partie du plaisir de conduite. La transmission se fait aux roues arrière, la boîte comporte un seul rapport.

 

 

Sur la route et en ville c’est l’émeute autour du Twizy qui conduit les badauds à des concours de grimaces ( yeux exorbités et/ou bouches grandes ouvertes tiennent lieu de paysage pendant l’essai). Je savoure ma chance d’être l’acteur et non le spectateur de ce show. De (courte) mémoire de blogger automobile, jamais la conduite en circuit public d’un nouveau véhicule n’avait suscité autant de réactions positives, d’étonnement et d’intérêt.

 

 

A l’arrivée de la première étape de l’essai je regrette d’être arrivé si vite, d’être arrivé déjà. Le plaisir de conduire ce drôle d’oeuf électrique au look de concept car m’a enivré et enthousiasmé au point d’en oublier de me régaler les yeux des magnifiques paysages sauvages de l’île. Tant pis pour les pauses photos. Le quadricycle apporte une réelle sérénité de conduite même en dehors du centre ville; les pentes sont absorbées en toute quiétude grâce au couple disponible. La première pause de la journée est l’occasion d’une recharge partielle de la batterie, à demi vidée par ma conduite de la mâtinée. Pour cela rien de plus simple, ouvrir la trappe avant et tirer le câble de 3mètres jusqu’à la prise la plus proche ( j’en vois déjà qui se gaussent!). A l’heure du déjeuner,  je repense à cette nouvelle expérience de conduite et je réalise honteusement que je n’ai eu aucune attention particulière aux problématiques d’éco-conduite. C’est que le poste de conduite central du Twizy, sa relative nervosité, et son amortissement ferme et rigide incitent à une prise en main sportive et procurent des sensations proches du karting ! Le châssis est très réactif, la direction très précise, et les ronds points deviennent une véritable aire de jeu pour pilotes urbains en mal de sensations. A voir la tête réjouie de mes confrères bloggers et journalistes, je comprends vite que je ne suis pas le seul à m’être amusé, le quadricycle Renault déride les plus grincheux d’entre nous. Pendant notre déjeuner, le museau du Twizy se recharge en énergie en 1h30 environ. Attention l’accumulateur vide nécessite 3h30 de charge sur une prise classique. Les batteries du Twizy ne disposent pas du chargement rapide qui équipera la prochaine ZOE. L’entretien des batteries est assuré par le réseau Renault moyennant un loyer mensuel adapté à l’usage souhaité : de 50€ par mois pour un engagement de 36 mois et 7500 km par an à 72€ par mois pour un engagement de 12 mois et 15000 km par an. En cycle urbain, Renault annonce une autonomie optimale de 120 km pour la version « 45 » et 100 km pour la « 80 ». En réel l’autonomie est souvent plus proche des 50 km car le Twizy incite à une conduite nerveuse; la faute aux ingénieurs de Renault Sport qui ont conçu son châssis? Pour situer le Twizy dans son contexte d’utilisation, en Europe un scooter parcoure une moyenne de 35 km par jour .

 

Passé le plaisir des accélérations sur les routes sinueuses d’Ibiza et le rapide test de la version 45 dans les ruelles piétonnes de la citadelle, le retour vers l’aéroport qui marque la fin d’une expérience unique et réjouissante me rappelle que je ne suis pas en train d’essayer une « vraie » voiture ! Que faire du shopping express réalisé au pas de course dans les boutiques de mode de la vieille ville ? Au premier bouchon, je réalise que mes emplettes sur le siège passager sont à portée de main du premier piéton mal attentionné ( et les curieux qui se collent au véhicule au feu rouge ne sont pas rares …) . Sans parler des nuages menaçants et de la pluie qui pourrait venir ramollir mes boites à chaussures ( vive les soldes espagnoles à -70% !), et lessiver mes nouveaux t-shirts . Alors : que faire de mon shopping ? Recourir aux coffres verrouillables ? La boite à gants de droite est minuscule. Le rangement fermé caché derrière le dossier passager offre une capacité de rangement elle aussi très réduite et nécessite de multiples contorsions pour y accéder. Au risque de mettre à mal l'efficacité parfois moyenne du freinage à 4 freins à disque, je choisis finalement d'entreposer mes paquets à mes pieds. Cela dit, vous pouvez aussi continuer de faire votre shopping tranquillement dans vos autos à Paris ou dans votre ville en attendant d'avoir le coup de foudre pour la Twizy. Hormis ce manque évident de rangement et un degré d'"intimité" proche du zéro, la conduite "au vent" du Twizy ne procure aucune gêne particulière au conducteur à condition qu'il pense à se couvrir suffisamment (comme sur un 2 roues). Un tablier pour le confort thermique est disponible en accessoire (voir photo). Le passager est beaucoup moins gâté et pour lui, le parcours peut vite se révéler fatiguant.

 

 

La sécurité active et passive du Twizy a fait l’objet de soins très attentifs de la part des développeurs du projet. Un modèle « crashé » est même exposé dans une boutique branchée de l’île au milieu d’objets, de meubles et de fripes insolites. Le cahier des charges dépasse largement ce qui est prévu par la réglementation en vigueur pour les quadricycles. Un bon point pour les parents qui préfèrent voir leur ado au volant d’un quatre roues sans permis ( Twizy 45) plutôt qu’un scooter plus exposé aux dangers de la circulation urbaine.

 

Véritable star urbaine qui fait se retourner toutes les têtes sur son passage, le Twizy convainc tant par sa présentation résolument moderne et innovante que par sa grande facilité d’utilisation. Pour autant, son usage quotidien ne fait que cumuler les défauts et les qualités d’un 2 roues et d’une voiture sans jamais mettre quiconque d’accord sur le choix entre ces deux modes de transport.

Reste un mode de conduite inédit qui permet à Renault de gagner en image de marque auprès d’une clientèle jeune et urbaine peu aquise à sa cause et d’asseoir progressivement son leadership sur l’offre de véhicules propres zéro émission de grande diffusion.