Les ventes aux enchères d’automobiles, c’est toujours un moment sympathique à passer. D’abord il y a l’auscultation attentive du catalogue pour dénicher une pièce intéressante ou peu commune, l’émoi en prenant connaissance des estimations, le suspens de la vente elle même, et enfin l’analyse des résultats. On peut dire que la vente Artcurial de ce 8 avril a donné quelques émotions fortes.

Située à peu près à mi-chemin entre Rétromobile et Le Mans Classic, il ne s’agissait pas forcément d’une « grosse » vente très courue. Les vendeurs de pièces d’exception préférant maintenant attendre la vente mancelle du mois de juillet et son audience cosmopolite et fortunée. En parcourant le catalogue, pas grand chose de très croustillant : une Ferrari F40 (je ne suis pas blasé, il y en a souvent dans les ventes aux enchères), une belle Alfa 6C 2500 SS Spider, une rare Bristol 401, une BMW Z1 (je ne sais pas pourquoi, j’adore cette voiture) et le reste est assez classique. Deux lots attirent cependant mon attention et ont de quoi défrayer la chronique.

Tout d’abord, une Alpine A110. Pas la berlinette des années 60. La nouvelle, celle des années 2010, en finition Edition Première, celle qui nécessite un an d’attente, au mieux. Il s’agit là, sauf erreur, du premier exemplaire présent à une vente aux enchères. Vendue neuve au prix de 58 500 €, elle sera au final adjugée pour 73 904 €. Bénéfice calculé au bistrot du commerce : près de 15 000 €. Quoi ? C’est un scandale ! c’est lamentable ! le propriétaire n’a aucune éthique ! sale spéculateur !

Du calme, et pas si vite. Petit rappel pour les novices en matière d’enchères : les prix annoncés sont « tout frais compris ». Ces frais sont :

  • le prix de vente, tel qu’adjugé par le commissaire priseur, correspondant au net vendeur
  • la commission de la maison de vente (ici, c’est 16% de 1 à 900 000 €, 12% au delà)
  • la TVA de 20% sur la commission
  • A cela s’ajoutent d’autres frais liés à d’éventuelles importations de véhicules hors UE (attention au futur Brexit !)

Et je vous passe les formalités de récupération de la TVA si vous êtes un professionnel. Bref, ce n’est pas si simple et faites attention si vous êtes tentés un jour : vous paierez au final près de 15% de plus que le prix adjugé en salle.

Reprenons donc notre A110. Par la grâce du retro engineering (une simple feuille Excel) nous obtenons un prix adjugé de 62 000 €, une commission de 9 920 € et une TVA sur cette même commission de 1 984 €. La vente de son Alpine n’a donc rapporté que 3 500 €, et encore sans compter les frais d’immatriculation initiaux (carte grise, etc…). Bref, pas vraiment une bonne affaire pour un « spéculateur ». D’après une interview accordé par un représentant d’Artcurial, le vendeur aurait été contraint de se séparer de sa voiture pour d’autres projets. Quoi qu’il en soit, il est bien trop tôt pour déterminer si l’A110 est un placement financier (et c’est plutôt tant mieux). Mais en tous cas, un acheteur a été suffisamment impatient pour acheter une voiture 20% au dessus du prix du neuf, à condition de l’avoir immédiatement. Preuve en est de l’engouement pour ce modèle.

Autre lot : une Peugeot 205. Pas n’importe laquelle : une Griffe. Série limitée à 3500 exemplaires basée sur la mythique GTI, la Griffe en était l’exécution luxueuse bénéficiant d’un intérieur cuir, d’une couleur exclusive vert fluorite et de nombreux détails inédits. Pour la petite histoire, elle est inspirée de la voiture personnelle de Jean Todt, alors patron de Peugeot Sport. Équipée du moteur 1,9 l de 130 ch, c’est une des plus désirées des 205. Est-ce l’aura de Jean Todt, la folie autour des youngtimers ou le faible kilométrage (28 700 km) ? Toujours est il qu’elle a même dépassé l’estimation haute en étant adjugée 48 872 € (41 000 € pour le vendeur). Il y a encore peu, une belle GTI se négociait encore 20 à 25 000 €, voire même 15 000 € en partant encore plus loin. Folie irréversible ? Aucune idée, mais le phénomène semble parti pour durer. Les quadras et quinquas qui rêvaient d’avoir une GTI plus jeunes ont à présent les moyens de leurs ambitions et sont prêts à se faire plaisir à n’importe quel prix. De manière rationnelle, non, une GTI ou une Griffe ne vaut pas 40 000 €. Personnellement j’achèterai autre chose à ce prix. Mais c’est la loi de l’offre et de la demande. Les GTI et assimilées des années 80 ont la cote, surtout les Golf et 205. Elles arrivent également à l’âge où elles peuvent être classées en voiture de collection, avec (pour l’instant) les dérogations environnementales qui vont avec. Quant à l’entretien d’une 205, il doit encore être possible de le faire dans beaucoup de garages Peugeot sans soucis et à des prix mesurés (merci de me le confirmer ou de l’infirmer en commentaires).

A ce prix, on a quoi d’autre ? A regarder les résultats, le choix est large, et certaines adjudications frais inclus sont surprenantes :

  • une Mercedes 230 SL Pagode dans son jus, avec travaux à prévoir  : 41 720 €
  • une très belle Aston Martin DB7 Vantage Volante US Spec : 45 296 €
  • autre youngtimer qui marche fort, un Range Rover 3 portes jaune de 1976 : 71 250 €
  • prix étonnant pour une Golf GTI Mk.I : 17 880 €

Quant aux gros lots, si la F40 n’a pas trouvé preneur, le trio de tête est constitué de l’Alfa 6C (274 160 €), une Porsche 993 Turbo avec pack XLC (202 640 €) et une Lamborghini Espada (109 664 €). Au final, 71 % des lots ont trouvé preneur.

Crédits photos : Artcurial