Comme il est de tradition, le salon Rétromobile est l’occasion pour 3 grandes maisons de proposer leurs ventes parisiennes. Elles profitent d’un cadre propice et de la présence des plus grands collectionneurs du monde, attirés par l’un des salons de référence au niveau international.

Pour nous, c’est une opportunité d’apercevoir quelques raretés anciennes ou plus modernes et de se faire une idée du marché. Tous les prix indiqués sont au marteau, il faut y ajouter la commission et l’éventuelle TVA pour avoir le prix total déboursé par l’acheteur. Comptez entre 15% et 25% de plus donc.

On commence avec la maison Bonhams qui nous offre le privilège d’admirer les verrières du Grand Palais au petit matin pour une vente plutôt placée sous le signe des automobiles d’avant-guerre ou accessibles. Pas de supercar moderne ou de GT de moins de 20 ans à se mettre sous la dent, esprit Rétromobile parfaitement respecté.

Ce sont 343 lots qui sont passés sous le marteau mais “seulement” une petite centaine de voitures. Mon inclinaison personnelle et mon inculture crasse de la période me font passer sur tout ce qui date d’avant 1945 en général mais je m’arrêterai toutefois sur ces gros lots.

La Mercedes 540K, ce sont moins de 400 exemplaires construits et un titre de plus rapide voiture de route de l’époque. Celle-ci a appartenu au roi de Jordanie. Vendue 1 375 000€, sous l’estimation.

La Bugatti Type 43 et l’Alfa Romeo 6C étaient contemporaines, elles demeurent aujourd’hui parmi les plus emblématiques voitures de course de cette époque. Elles ont connu un destin similaire puisqu’invendues avec des enchères hautes à 1 000 000€, insuffisantes.

Une vente sans Mercedes 300SL ne serait pas tout à fait complète, en voici donc deux, une coupé Gullwing et une Roadster. La première a changé de main pour 1 050 000€ tandis que la seconde reste invendue à 820 000€.

Couple à nouveau avec ces deux Ferrari 250 GT carrossées par deux artisans différents : la classique Pininfarina et la plus troublante Boano. On aime ou on n’aime pas, c’est histoire de goût. Personnellement, je prends la moins chère, plus répandue mais plus élégante. Quoi qu’il en soit, elles restent entre les mains de leurs propriétaires actuels à 550 000€ et 940 000€, pas assez pour les cédants.

Coup de coeur absolu de vous savez (peut-être) qui, la Porsche 356 Pré A “Split Window” a fait tourner les têtes des enchérisseurs puisque vendue mais sous son estimation à 700 000€.

Années 50 toujours avec la sublime BMW 507, Série I, en carte grise française, s’il vous plaît (il reste de la passion chez nous). 252 exemplaires au total pour celle qui est pour beaucoup la plus belle BMW de toute l’histoire. Elle reste toutefois invendue à 1 450 000€.

La plus moderne finalement aura été cette spectaculaire RUF CTR2 préparée pour la course de côte de Pikes Peak par le constructeur lui-même avec d’excellent résultats puisqu’elle pris la 2e place “Open Class”. Notons que la voiture est depuis toujours immatriculée (si si) et qu’elle pourra donc sans problème croiser votre chemin un dimanche matin. En tout cas, ce ne sera pas chez un nouveau propriétaire, invendue à 1 080 000€.

Du côté d’Artcurial, on a joué mixte cette année, entre classiques inestimables et modernes attirantes. Comment d’ailleurs ne pas ouvrir cette section par la star incontestable de cette semaine de ventes ? L’Alfa Romeo 8C 2900 B par Touring, estimée entre 16 et 22 millions d’euros allie rareté et élégance intemporelle. Majestueuse en photo, elle s’impose même sous les lumières (un peu moins) jaunâtres (que d’habitude) de la Porte de Versailles. Nous l’avions même déjà vue en 2016 sous ce même toit, sur un petit stand qui ne payait pas de mine… j’espère que vous avez été attentifs cette année aussi. Elle a finalement été adjugée 14 600 000€, en dessous de l’estimation basse, si l’on occulte les frais divers. Elle devient la 3e voiture d’avant-guerre la plus chère de l’histoire.

RM proposait aussi une Porsche 550 Spyder, invendue à 3 300 000€.

L’Aston Martin Vanquish Zagato Shoting Brake s’est imposée dès sa présentation comme une future grande classique. On ne saura toutefois pas si son prix de vente (on parle de plus de 600 000€) était bien fixé par la marque, elle a été retirée de la vente au dernier moment.

Les Serenissima du conte Volpi ont été saluées avec des enchères intéressantes. Rappelons que le conte a joué un rôle important dans la course automobile des années 60, engageant des Ferrari privées, puis ses propres voitures mais refusant de prendre un moteur en projet qui finira sous le capot des premières Lamborghini ! La version spyder, dans son état post participation au Mans est partie à 3 650 000€, très largement au dessus de l’estimation haute de 1 800 000€. Le gros coup de la semaine !

La Ferrari 275GTC est un mystère (pourquoi 3 voitures GTC et non pas GTB/C comme ses soeurs ?) mais surtout l’assurance de posséder une bête de course sous un plumage de grande GT. Elle aurai pu vous offrir les places d’honneur au Tour Auto avec une enchère supérieure à 1 900 000€ qui n’a pas suffit à atteindre le prix de réserve.

La Bugatti Type 57 carrossée dans le style Atlantic est restée également sur le carreau, avec une enchère haute à 680 000€, loin de son estimation basse et très loin de ce qu’atteindrait l’un des 2 exemplaires authentiques restant de ce pur chef d’oeuvre.

Du côté des supercars pures et dures, il y avait également de quoi être satisfait avec une Mercedes SLR Stirling Moss (2 250 000€), une Porsche Carrera GT (invendue à 670 000€, un peu gourmand quand on voit le résultat de celle de RM Sotheby’s malgré un couleur attractive), une BMW M1 (invendue 380 000€) et dans une moindre mesure, deux Lamborghini Countach (invendues à 205 et 800 000€), une Porsche 991 Turbo S Exclusive Series (260 000€, moins que son prix d’achat), une Aston Martin Vanquish (invendue 110 000€), une Ferrari 599 GTB Fiorano (invendue malgré la boîte mécanique à 260 000€), une Mercedes SLS (invendue 265 000€), etc.

Ouf mais attendez, c’est encore mieux du côté de chez RM Sotheby’s.

Comment ça, c’était mieux chez RM ? Si pour vous, l’automobile de rêve ne peut prendre que la forme d’une supercar raisonnablement moderne, oui, c’était mieux. RM Sotheby’s perd un peu l’ambiance Rétromobile mais on leur pardonne compte tenu de la qualité extraordinaire de leur plateau de récentes. Pour les classiques, c’était moins bien mais peut-on tout avoir ?

Il y avait déjà cette partie de la collection Youngtimers qui sera dispersée au cours de l’année 2019 : des Alpina, des (oui des) Aston Martin Lagonda, des Mercedes aux vitres fumées, chacun a pu y retrouver une part de son enfance, j’en suis sûr.

Et puis cet alignement dantesque, préparez-vous pour l’énumération : Ferrari F40 LM (4 300 000€), F50 (1 700 000€, après vente), Enzo (invendue à 1 550 000€), 575 Superamerica (2 d’ailleurs, 520 000€ pour la HGTE à boite mécanique, invendue à 270 000€ pour la seconde, il y a des affaires à faire sur ce modèle limité…), 599 SA Aperta (825 000€), F12 TdF (1 060 000€), 512BB Competizione (235 000€), 275GTB/6C (exception sur les classiques au top, 2 860 000€ après vente) et cerise sur le gâteau, SP30, la toute première SP mise aux enchères. Cette dernière n’aura pas trouvé acquéreur avec une enchère haute à 1 950 000€ particulièrement basse pour un modèle unique, parfait pour tout collectionneur qui se respecte. On risque de la revoir dans le courant de l’année ou en vente privée.

Mais encore ? Porsche 918 Spyder (975 000€) et Carrera GT (575 000€), Venturi 400 GT Trophy (115 000€, un cadeau pour une pièce si rare) et Ford GT (invendue à 270 000€).

Et puis ? Bugatti EB110 SS (1 800 000€, record pour ce modèle), Veyron SS (1 400 000€ invendue), Veyron Vitesse (1 350 000€ invendue) et Chiron (2 275 000€ après vente).

A côté de ça, nous avions quelques belles pièces accessoires comme cette Aston Martin Vanquish (115 000€ malgré la boîte mécanique plus fiable) ou cette Ferrari F355 Spider (72 500€, pas encore prise dans la spirale de la spéculation) qui m’a donné envie de casser mon PEL et de faire appel à Cofidis.

On n’oublie pas la seconde BMW 507 de la semaine (invendu à 1 750 000€) et les 2 Ferrari 250 GT qui accompagnaient une Dino 246 GT, une 300 SL (797 500€, les prix se calment nettement sur ce modèle) et une Murcielago LP640 (170 000€).

Que penser de ces trois ventes ? 

Première remarque, sur les lots que j’avais pré-sélectionnés, un seul s’est vendu au delà de son estimation, tous les autres sont en dessous, ou juste dans le bas de la fourchette, et encore, il faut prendre en compte les frais pour y arriver. Il est de tradition pour les maisons de gonfler un peu les prix pour mettre en valeur leurs lots mais nous constatons ici un réel décalage.

Cela conduit à ma deuxième remarque : le nombre d’invendus est assez élevé dans les gros lots et RM a sauvé sa vente avec quelques transactions postérieures qui lui permettent d’afficher un résultat d’ensemble de qualité mais qui ne doit pas tromper. Les têtes d’affiche ont sauvé la mise (Alfa Romeo chez Artcurial et F40 LM chez RM Sotheby’s) mais sans véritablement crever les plafonds, loin s’en faut. Les services marketing trouvent quelques pirouettes pour présenter tout ceci sous le meilleur angle possible, c’est de bonne guerre.

La tendance lourde du retour sur terre, même pour les voitures les plus estimables a donc été confirmée par cette session européenne. Les prix restent très élevés historiquement mais la décrue arrive. Les vendeurs n’ont pas encore intégré ce fait et les prix de réserve sont trop gourmands. Inévitablement, il leur faudra réviser à la baisse leurs prétentions pour enregistrer des transactions. Tant pis pour les spéculateurs et tant mieux pour les collectionneurs passionnés. 

 

Crédit photos : Bonhams, Pierre Clémence