Le sénateur des Alpes maritimes, Louis Nègre vient de remettre son livre vert au sujet de l’avenir des voitures électriques et les infrastructures liées à cette énergie et il y a des surprises ! Je rappellerais aussi que Louis Nègre a oeuvré depuis des années et oeuvre toujours pour le ferroutage ainsi que pour le développement des énergies alternatives, on ne pourra donc pas dire qu’il est influencé par les lobbys pétroliers, industriels ou des transporteurs.

Plus qu’un livre qui énonce des vérités « toutes crues » et à la portée de bon nombre de personnes, le sénateur est parti sur un cas concret et son rapport ressemble plus à une guide de l’électricité automobile en milieu urbain et péri urbain avec une situation concrète comme fil rouge au livre de près de 200 pages. Ainsi le postulat initial est une agglomération de 500.000 habitants avec un parc automobile de 275.000 voitures en 2010.

En se basant sur ce cas, il présente ce que devrait être le nombre de bornes de recharge ainsi que leurs coûts d’installation et de fonctionnement et il propose quelques modèles économiques qui permettent des chiffrages mais aussi des pistes pour les municipalités qui seraient tentées par l’expérience EV. Après une analyse de ce qui se passe actuellement, il estime que 90% des recharges se feront sur l’emplacement principal de la voiture ( emplacement habituel dont 20% sur la voirie, garage privé ) et les 10% restant s’effectueront dans des parking privés, sur les parkings des entreprises ou des centres commerciaux. Et face à cette situation, Louis Nègre constate que nous sommes clairement dans des demandes d’appoint ou de complément de recharge pour améliorer la viabilité et la flexibilité des EV. Pour ce qui est du volume du parc des autos électriques, il se base sur les données du plan 2009 pour les véhicules décarbonés qui prévoit un pénétration du marché automobile par les EV de 1.2% en 2015 et 5.0% en 2020. Ces estimations ramenées à l’échelle de l’agglomération de 500.000 habitants et 275.000 autos donnent entre 3300 ( 2015 ) et 15000 autos sur batteries en 2020. Avec ces chiffres, on en déduit qu’il faudra installer d’ici à 2015 3300 bornes de recharges principales à charge dite normale ( 3 kVA pour recharger en 8 heures une auto avec 160 km d’autonomie ) et sur ces 3300 points de recharge, environ 650 seront publics, le solde ( 2650 ) étant installées dans des lieux privés. A ces bornes, il faudra ajouter quelques 250 bornes dites partagées ( pour recharger deux véhicules au moins  ) qui pourront délivrer une charge accélérer pouvant aller jusqu’à 22 kVA afin de permettre aux véhicules qui sont prévus pour cela d’être rechargés en une heure environ. Enfin, il pourrait être envisagé quelques bornes Haute Puissance ( 43 kVA et recharge en 30 minutes ) qui seront implantées dans des stations services, des stations de taxis. Avec ces trois types de bornes qui sont nécessaires pour ne pas dire obligatoires, l’agglomération « test » devra donc installéer sur ces deniers quelques 900 bornes pour 3300 autos électriques en service. Si l’on ramène ce modèle au 25 plus grandes agglomérations françaises, il faudra donc installer en France entre 44.000 et 45.000 bornes d’ici à la fin 2014… Et là c’est pas gagné ! L »installation des 900 bornes de la ville « pilote » coûtera environ 5.5 millions d’euros auxquels s’ajoutera une demi million d’euros pour les frais de souscription aux puissances électriques nécessaire et pour une service de maintenance minimum. Le sénateur estime que les installations électriques et les travaux de génies civils seront amortissables sur une vingtaine d’années donc entre 2035 et 2040 alors que les bornes devraient être amorties en 8 années environs.

Ces frais ne prennent pas en compte un possible mais réel risque de vandalisme qui impliquera le remplacement obligatoire des bornes détruites. Pour ce qui est du coût aux usagers, le sénateur est parti sur une base d’équilibre financier pour les opérateurs publics et la prise en compte des différents prix et coûts à mené à l’établissement d’un prix dit d’équilibre, ainsi pour un « plein » de 25 kWh pour une auto ayant 160 km d’autonomie, il en coûtera 13€ pour une charge normale, 24 € pour une charge accélérée et 32€ pour une charge rapide. Ces différents tarifs ne prennent en compte que les coût liés aux structures et infrastructures puisque pour cette fameuse auto à l’autonomie de 160 km, il faudra ajouter entre 2.0 et 2.5€ d’électricité. Imaginez le tarif pour une Tesla Model S à l’autonomie de 400 km en charge accélérée, c’est environ 70-80€ qu’il faudra compter. Le sénateur de poursuivre et d’expliquer que pour les usagers qui utilisent principalement un stationnement public qui parcourent 13.000 km/an et qui auront toujours la fameuse auto avec 160 km d’autonomie, l’accès aux infrastructures électriques coûtera quelques 9.000€ / 8 ans ou 1.125€/an alors qu’actuellement les mêmes utilisateurs qui roulent en Clio à moteur essence de puissance équivalente ( ~ moteur 1.2 L 16V 75 ch ) ne payent annuellement que 640€/an en carburant -source ACF-

Pour lancer le mouvement et ne pas effrayer les gens mais aussi les municipalités ( qui feront porter le coût des bornes sur les impôts locaux ), Louis Nègre préconise d’adopter durant les années à venir ( 2012-2014 ) , un politique tarifaire volontariste et engagée de façon à amorcer la pompe, ainsi il estime avec les experts qu’un coût de recharge qui se situerait aux environs de 30-40 cts/ l’heure de recharge serait un signe fort en direction des utilisateurs. Reste qu’en 2015 ou 2016n les utilisateurs d’EV pourrait avoir une drôle de surprise en voyant le prix de leur plein d’électricité passer de 2 ou 3€ à 15 ou 20€ minimum ! Avec tous les risques de désaffection pour l’EV que cela impliquerait  tant pour les villes qui auront beaucoup investi que les constructeurs qui ne vendront plus leurs autos… Le sénateur suggère donc que l’Etat s’implique fortement dans la mise en oeuvre des 44000-45000 bornes minimum nécessaires pour la viabilité de ce projet EV dans 25 grandes villes françaises. Il pense donc que l’état devrait participer à hauteur de 50% des frais de chantiers et de génie électrique et l’achat des bornes « standards » et à hauteur de 30% pour l’achat des bornes de recharge dites rapides. L’Etat toujours plein de bonne volonté et d’enthousiasme a repris la proposition via l’ADEME pour des appels à candidatures pour des opérateurs territoriaux, privés mais aussi des fournisseurs d’énergie, des gestionnaires de stations de recharge ( là on passe au privé et la tarification risque d’être surprenante  ! ), néanmoins l’état rappelle qu’il est engagé au coté de 13 collectivités pour subventionner 50% des investissements dans le cadre du plan signé entre l’état et les 13 villes signataires. Au final, on arrive « bon an, mal an »  à un investissement de l’ordre de 50 millions d’euros alors que les besoins estimés par le sénateur et ses consultants sont estimés à bien plus de 300 millions d’euros.

L’auto électrique n’a pas fini de nous occupé notamment dans un cadre urbain et péri urbain où si elle est adaptée en terme de bruit et de pollution, elle est totalement inadaptée en matière de recharge, de fourniture en énergie et de coût de revient… alors l’EV, adaptée aux ruraux qui ont une borne de recharge rapide ( entre 1500 et 2000€ supplémentaires ), hé bien non car elle n’a pas suffisamment d’autonomie et trop de contraintes climatiques. Alors pour qui l’automobile électrique, pas pour grand monde pour l’instant et surtout de très grosses faiblesses ( praticité, autonomie, coût ) face aux voitures hybrides notamment ou à des autos comme la Volt ou l’Ampera. Et encore le rapport n’aborde pas le problème du coût de l’électricité destinée au voiture qui semble bien prendre la direction d’une tarification spécifique et si tel est le cas, ce ne sont plus 2 ou 3€ qu’il faudra ajouter mais 10 ou 12€ ! L’intégralité du Livre vert est disponible en PDF sur le site officiel du ministère de l’écologie et du développement durable.

http://www.developpement-durable.gouv.fr/

A suivre.

Via LouisNègre, Ministère de l’écologie, Adème.