5 février 2014 : 136 ans après la naissance d’André Citroën, la marque au double chevron prend un nouveau départ avec C4 Cactus. Nous étions à la conférence « New world, new ideas ».

New world, new ideas : vaste programme ! Derrière ce titre de conférence, qui soit dit en passant rappelle furieusement celui du G20 organisé à Paris en 2011, Citroën présentait ce qui est une des clés de son futur : son nouveau positionnement « Essentiel ». Après le poids des mots, le choc des autos puisque c’est au moyen d’une gigantesque présentation de la nouvelle C4 Cactus au Bourget que Citroën a justifié son argumentaire.

Commençons par une rapide présentation…

Citroën, par la voix d’Alexandre Malval, ne le cache pas : « C4 Cactus est une synthèse inédite qui offre de l’innovation, nous pouvons dire qu’André Citroën aurait aimé ». Cet objet de fierté posthume, c’est un crossover à cheval du segment C (Compacte), long de 4,16 m et haut de 1,48 m. Des dimensions nouvelles pour un véhicule suspendu et au style proche des tout-terrains, mais dont l’habitacle a tout d’une berline. Enfin, tout… pas exactement ! A l’avant, les deux sièges sont reliés par l’accoudoir, l’ensemble donnant l’impression d’une banquette ! A l’arrière, une autre banquette, d’un seul tenant, qui permet de gagner 6 kg sur une banquette 2/3 – 1/3 ordinaire. Sous le vaste toit panoramique athermique, l’effet de serre est promis comme limité, ceci expliquant le choix des ouvertures à compas des vitres des portières arrière, dont l’allègement est de 11 kg. A la fin, la chasse aux kilos est parlante puisque la masse de la C4 Cactus n’est, dans sa version la plus légère, que de 965 kg !

On ne fit pas que supposer les souhaits du fondateur de la marque, lors de cette conférence : on cita également les repreneurs des Chevrons, notamment Pierre-Jules Boulanger, et sa célèbre assertion à propos du projet TPV qui allait donner naissance à la 2CV : « étudier tout, même l’impossible ! » Et pour C4 Cactus, Citroën promet également d’être sorti des sentiers battus de l’ingénierie. Outre un allègement de l’ensemble du véhicule, impliquant un coût total en baisse de 10 % par rapport aux tarifs pratiqués dans le segment des compactes, la marque a voulu simplifier la vie aux possesseurs du véhicule. Planche de bord épurée, au moyen de deux écrans dont un tactile, et -sur les modèles présentés- d’une absence de boîte de vitesses manuelle (qui arrivera au lancement). Pour protéger le véhicule, les emblématiques Airbump sont là, notamment sur les portières. Et côté passager, pour offrir une belle boîte à gant type « malle de voyage », il fallut déplacer l’airbag sur le pavillon. Autre innovation qui plaît à Citroën, les balais d’essuie-glace, dans lesquels les projecteurs de liquide lave-glace sont intégrés, pour une meilleure utilisation du liquide et une réduction du réservoir de lave-glace (4 kg gagnés).

Quelques chiffres liminaires pour finir : la C4 Cactus inaugure les nouveaux 1,2 l THP essence, jusqu’en 110 chevaux (107 grammes de CO2/km) ; la gamme diesel BlueHDi descend à 82 gr/km, ne consommant que 3,1 l/100 km au cycle NEDC. Citroën n’osa pas le citer mais Colin Chapman et son « light is right » auraient apprécié la légèreté de ce « Cactus » !

Bon, tout ça, on le sait déjà… Qu’as-tu de mieux à proposer dans cet article ?

Eh oui, vous savez déjà (presque) tout de la C4 Cactus, dont les photos officielles ont fuité un peu trop tôt, la veille de la présentation à la presse. Ce que cet article-ci vous apporte, ce sont des entretiens avec des responsables de Citroën. Andreas Stump, Frédéric Duvernier, Jean-Pierre Ploué : voici leurs propos. Vous pouvez aussi retrouver à ce lien l’entretien d’Henri Gardes par Eric E. ainsi que les avis de la rédaction au sujet du C4 Cactus.

Entretien avec Andreas Stump, responsable style intérieur C4 Cactus

La planche de bord du C4 Cactus est épurée, la banquette est accueillante. Pourtant, on ne peut pas monter à trois de front à cause de la forme avancée du centre du tableau de bord. C’est dommage…

Andreas Stump : C’est parce que nous étions obligés de mettre le moteur de climatisation quelque part, au centre du tableau de bord en l’occurrence ! Mais l’effet banquette est bien là, il donne bien l’impression d’un « voyager ensemble », qui décloisonne le véhicule. La notion de confort est importante chez Citroën, depuis toujours, et ces nouveaux sièges, allégés, ont un effet fauteuil inédit.

En cela, vous avez clairement voulu vous différencier de DS, à l’image de la DS5 qui isole les occupants à l’avant.

A.S. : Oui, c’est parce que l’esprit de Citroën n’est pas l’esprit de DS. Chacun a son rôle. On a voulu simplifier l’intérieur, sans étaler toutes les commandes partout : l’écran tactile soulage visuellement l’environnement. L’accoudoir à l’avant, qui rappelle celui de la DS19, on l’a percé pour lui donner une légèreté visuelle aussi.

Y a-t-il un risque que le toit vitré se reflète dans les écrans ? Ceux-ci ne peuvent pas être orientés ou inclinés.

A.S. : Les ingénieurs ont travaillé pour qu’il n’y ait pas de reflet entre le toit et les écrans.

Entre les premières études de style du projet E3 et ce résultat, l’intérieur a-t-il beaucoup changé ?

A.S. : Assez peu : notre réflexion a été rapide, et l’intérieur est finalement très proche de la première maquette de style.

Merci M. Stump pour ces réponses.

(propos recueillis par François Mortier et Frédéric Anfray de C-Forum)

Entretien avec Frédéric Duvernier, responsable style extérieur C4 Cactus

Du point de vue du style extérieur, on a pu observer qu’il n’y avait plus de diodes à l’arrière, contrairement au concept-car. Pourquoi avoir fait ce choix alors qu’il permettait d’identifier la voiture ?

Frédéric Duvernier : Pour des raisons de coût. On ne les proposera pas en accessoires non plus, on a préféré donner une identité marquée avec le double regard à l’avant où là, il y a des DELs. A l’arrière, ce sont des feux à deux anneaux conventionnels.

La silhouette de ce C4 Cactus étonne : haut perché, mais finalement assez râblé, comment expliquer ces choix ?

F.D. : On voulait une impression de conduite de SUV, mais dans un espace de berline. C’est en liftant vers le bas la voiture que nous y sommes parvenus, en gardant des supensions à grand débattement mais en réduisant la hauteur de carrosserie.

Et quelle sera la taille maximale de jantes pour habiller l’intérieur des passages de roues ? Les grandes montes pneumatiques nuisent-elles au confort comme sur d’autres véhicules ?

F.D. : Le maximum, c’est 17″, ce sont les jantes qui sont présentées ce soir. On a vraiment préféré avoir un grand débattement de roues, avec des suspensions très progressives. Mais pour ce qui est du comportement routier, pour avoir eu la chance de l’essayer, ça m’a rappelé une Peugeot 205 !

Le concept-car Cactus proposait un toit flottant. Sur la version de série, on dirait que vous avez voulu le conserver de 3/4 arrière avec des autocollants, mais pas à l’avant où le pare-brise est en décallage avec le vitrage latéral. Pourquoi cet écart ?

F.D. : On a fait un toit flottant par coupure de ligne car nous avions un problème sur le montant A pour appliquer, comme sur la DS3, un sticker suffisamment net dans sa découpe. Du coup, on a préféré faire un décroché, ce qui permet d’asseoir le profil de berline, l’attitude d’une voiture horizontale. Et le pare-brise, qui remonte légèrement, permet d’avoir une visibilité qui remonte plus haut.

Quelles ont été les réactions lors des tests cliniques ?

F.D. : Très étranges ! On a bien-sûr fait des tests clientèles, étant donné la prise de risque de ce lancement. Et c’est simple, une fois la voiture montrée, 50 % des gens l’adoraient, et 50 % des gens la détestaient. Sauf que sur ces 50 % de déçus, une fois expliqués les choix stylistiques (les Airbumps notamment), ceux-ci revenaient vers la voiture, et à nouveau se divisaient à 50 / 50 entre ceux qui étaient finalement convaincus par la voiture, et ceux qui restaient réfractaires. En somme, on sait qu’on doit attendre un certain rejet, mais nous sommes sûrs que la voiture fera parler d’elle, et qu’une majorité de personnes finira par y adhérer.

Toutes les combinaisons de couleurs et d’Airbump ne sont pas possibles ?

F.D. : Certaines combinaisons sont interdites. Mais de nombreuses teintes et contrastes sont possibles avec les 4 Airbump différents. Nous offrons une large palette de personnalisation, notamment pour les entreprises, et le public pourra « habiller » ses Airbump avec des décors prédéfinis s’il le souhaite.

Qu’a de particulier la version de lancement « Launch Edition » ?

F.D. : C’est la version de lancement qui commencera à sortir de chaînes fin avril. Elle aura de particulier d’avoir des coques de rétroviseurs colorées, des barres de toit, et un autocollant latéral sous la custode badgé « Cactus ».

Comment avez-vous dessiné cette voiture ?

F.D. : J’ai pour habitude de dire qu’on peut dessiner une Citroën en 3 lignes : cela offre une grande liberté. Pour la C4 Cactus, j’ai dessiné la voiture à la fois en noir et blanc et en blanc et noir, dès le début, pour bien intégrer la présence des Airbump. Ma combinaison préférée reste la teinte Blanc Banquise avec les Airbump noirs, même si la teinte rouge me plaît également beaucoup !

Merci M. Duvernier pour vos réponses.

(Propos recueillis par François Mortier et Frédéric Anfray).

Entretien avec Jean-Pierre Ploué, Directeur du Style PSA.

Quels sont les retours que vous avez sur le design du C4 Cactus ?

Jean-Pierre Ploué : La voiture est perçue comme un crossover, mais avec la silhouette d’une néoberline. Les Airbump provoquent d’abord la surprise, mais une fois qu’ils sont expliqués, ils suscitent un engouement général.

Le design de ce C4 Cactus lui est-il propre ou annonce-t-il une nouvelle gamme de véhicules chez Citroën aux côtés des Picasso ?

J-P. P. : Le C4 Cactus sera un véhicule à part entière.

Et va-t-on retrouver des éléments d’innovation du C4 Cactus dans le reste du groupe PSA ?

J-P. P. : On essaie que l’innovation aille à toutes les marques du groupe, mais ce ne sera pas pour tout de suite. Dans notre logique de différenciation avec la Ligne DS, DS nous rend libre de renforcer ce qui fait l’essence de Citroën, l’originalité, l’innovation, la créativité. La ligne C est résolument tournée vers l’originalité.

A quels marchés cette voiture est-elle destinée ? Les Airbump ne s’adapteront peut-être pas à tous les climats…

J-P. P. : C’est une voiture européenne et péri-européenne. Les Airbump, il est vrai que nous ne les proposerions peut-être pas si la C4 Cactus était vendue en Asie ou au Mercosur. Ou alors sous une autre forme, pour garder et pour caractériser la force de son design.

Comment résumeriez-vous la C4 Cactus ?

J-P. P. : C’est une voiture aux choix radicaux, sans tout ce qui est inutile. L’allègement était notre souci majeur, et cela participera d’un comportement plus dynamique. Jusque dans les sièges nous avons gagné 5 kg.

Le double regard du C4 Cactus rappelle beaucoup le double regard du C4 Picasso. Est-ce un futur élément de style structurant de Citroën ?

J-P. P. :  Le double regard sera réservé aux Citroën, ainsi que les diodes. On n’a pas pu mettre de feux à diodes à l’arrière, mais ce qui est certain, c’est qu’ils ne seront pas généralisés sur la ligne DS comme ils le sont actuellement sur la DS3. Sur la DS3 c’est même la dernière fois qu’ils seront ainsi. Les diodes à effet 3D seront pour Citroën ; et pour DS, nous avons prévu autre chose.

A propos de l’évolution de vos gammes, comment ce Cactus va-t-il s’intercaler ? L’idée d’essentiel signifie-t-elle la fin des Citroën haut-de-gamme ?

J-P. P. :  Absolument pas. Il y aura du haut-de-gamme chez Citroën au même titre qu’il y en aura chez DS. Simplement, les valeurs suivies seront différentes.

Merci M. Ploué pour vos réponses.

Au cours de la soirée étaient présentées également la C-Elysée WTCC, et un panorama plus historique de la progression de Citroën, de 5HP de 1925 jusqu’à la C4 Cactus, jaune Citron toutes deux, en passant par l’incontournable Type H.

Faisons un petit récapitulatif !

Commençons par une galerie de photos complémentaires : photos d’ensemble, vues globales, comme détails et autres fanfreluches, retrouvez nos clichés sous toutes les cultures de la C4 Cactus ci-dessous.

Retrouvez ci-dessous deux vidéos : celle de présentation officielle du C4 Cactus ; ainsi qu’un récapitulatif de la conférence de presse animée notamment par Messieurs Malval et Banzet.

En marge de la présentation presse…

Que serait une présentation presse sans ses petits à côtés mignons ? Au cours de cette soirée de présentation, la conférence de presse laissa voir quelques sketchs et ébauches de style plus ou moins retenues en interne, et que le constructeur se permet de révéler. Faut-il y voir ici une C1 II, là un Jumpy III ? Peut-être. Ou peut-être pas. A vous de voir. Il est cependant plus qu’appréciable de voir que la créativité stylistique est à l’œuvre chez Citroën et insuffle un véritable vent de fraîcheur à la gamme.

Crédit photographique : Jean-Baptiste Passieux, Eric E. et François Mortier
Merci à Marie Guidolin,  Marie Lagisquet, Antonia Krpina, et aux intervenants pour leurs disponibilités et leurs réponses.