Fiat Multipla: Goodbye stranger

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Fiat est sur le point de commercialiser son nouveau véhicule familial en Europe : un crossover 7 places qui ne nous est pas tout à fait inconnu. En effet, le Freemont n’est autre que la dernière itération du Dodge Journey qui avait posé ses roues en Europe dès 2008. 5 adultes et deux enfants dans 4,88 mètres de long… Il y a 12 ans, on savait caser 6 adultes dans un véhicule mesurant seulement 4,09 mètres. Le Multipla a quitté la scène sans tambours ni trompettes. Retour sur cette étrangeté automobile.

C’était au Mondial de l’Automobile de Paris en 1996. Renault créait l’évènement en lançant le Scénic, le monospace du peuple. Malgré sa position de conduite qui fit le bonheur d’une génération de kinésithérapeutes, en dépit de boites de vitesses aux commandes détestables, la voiture correspond aux aspirations des familles européennes. La concurrence aura un train de retard. Le premier à répliquer fut Fiat. D’ailleurs, le concept car Multipla était exposé au même salon. Un concept car pensait le public… Comment aurait-il pu en être autrement ? Un physique délirant (une sorte de monospace bicorps avec 3 rangées de phares), des dimensions peu communes (la largeur d’une Classe S pour une longueur inférieure à une Brava), une architecture intérieure sans pareille avec ses 3 places individuelles à l’arrière précédées de… 3 places individuelles à l’avant : le concept Multipla avait tout pour rester un délire de salon. D’ailleurs, les études de marché prédisaient l’adhésion de 20% de la clientèle potentielle au concept tandis que les 80% rejetteraient le produit. Pourtant, l’accord de production a été donné : décision peu commune dans un secteur régulièrement frileux et avare en marge opérationnelle.

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La version définitive est présentée deux ans plus tard ; il s’agit d’une voiture très fidèle au concept car. Autant dire qu’elle détone dans le paysage automobile d’alors. Elle détonerait aujourd’hui encore. Imaginez que la Cité Radieuse de Le Corbusier ait été enfantée par Antti Lovag et vous vous faîtes une idée de ce mélange de rationalité et de délire en forme de maison bulle qu’est le Multipla. C’est d’ailleurs une des rares voitures à avoir été exposée au MoMA.

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Son importante surface vitrée (pouvant encore être accrue par le double toit ouvrant électrique optionnel) sort également du lot : en effet, les vitres latérales, très verticales, sont si hautes (la ceinture de caisse est en réalité très basse) qu’elles ne peuvent pas descendre complètement dans la portière. Le véhicule veut ouvrir ses passagers au monde extérieur. Et ce n’est pas un mal : mieux vaut regarder à l’extérieur car dans la grande tradition Fiat d’alors, la qualité perçue rend hommage à la qualité d’assemblage de la voiture : autant un Scénic voulait donner l’illusion dans ses premières années avant de vieillir comme une Mégane contemporaine (i.e. mal), autant le Multipla semblait vouloir jouer cartes sur table avec son client potentiel : « Je vieillirai mal, crois-moi sur parole » semblaient suggérer ses plastiques.

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Sur la route, sa grande largueur et ses suspensions un peu fermes le rendaient très différent du Scénic alors enclin à se pencher allègrement en virages. Le conducteur avait le choix entre un 1.6 essence et un 1.9 JTD (pas de BVA au programme). Mais le conducteur avait également le choix entre un Multipla et le reste du marché (voire la vasectomie). Guess what? Les stars du segment se sont appelées Scénic, Zafira ou Picasso. Michael Schumacher, vedette de la campagne de lancement, n’y pourra rien. Pas plus que le restylage de 2004 donnant une allure plus consensuelle à la voiture.

Ouvre d’art qu’est cette Fiat ? Nous avons vu qu’elle a été exposée au MoMA. Pourquoi pas. Mais une vraie œuvre d’art suscite la convoitise. Son concept a bien été copié. La Honda FRV reprenait la disposition en deux fois trois places. A ceci près qu’Honda a décalé les places du milieu afin de minimiser la largeur du véhicule, plutôt élégant et consensuel, au passage. En dépit de cela, la FRV n’aura pas non plus de remplaçante faute de succès.

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Avec ses six vraies places, sa longueur réduite, son comportement routier aux antipodes des prises de roulis habituelles des monospaces, sa luminosité, sa modularité, son côté jovial et sans prétention, le Multipla aurait presque le profil de la familiale idéale. Mais honnêtement, avez-vous épousé votre moitié pour sa seule intelligence ? Dans les faits, le Multipla n’avait ni le profil ni la face ni même le derrière de la familiale idéale : la laideur a rarement payé et ce monospace compact ne déroge pas à la règle.

Vous me sentez moralisateur. Aurais-je acheté un Multipla ? J’aurais probablement trouvé plusieurs excuses (pas de BVA, qualité perçue peu engageante…) mais au fond de moi, je rassurerais mon manque d’audace latent en me disant que j’étais tout simplement lycéen lorsque le Multipla est sorti.

Ironiquement, ce monospace 6 places démarre une nouvelle vie au pays de l’enfant unique, le chinois Zotye ayant racheté les outillages à Fiat. Le plus étonnant finalement, ce n’est pas que Fiat ait eu le cran de produire un véhicule aussi audacieux. C’est de se dire que 15 ans après le premier Scénic, le Groupe Fiat ne dispose toujours pas de monospace compact « conventionnel » dans sa gamme.

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Via : Wikipedia, une galerie Flikr