Dans la petite histoire automobile, 9/11 n’a rien à voir avec les évènemens tragiques que chacun connait; il s’agit du binôme de compactes que Renault proposa sur le segment C dans les années 80.

L’épisode malheureux de la poire 14 fut enterré avec la présentation en 1983 de la 11-compacte bicorps avec hayon bulle, en soutien de la tricorps 9 sortie fin 81 et sacrée voiture européenne de l’année en 1982.

Ces deux compactes resteront dans l’histoire du losange comme le symbole d’une dynamique internationale marquée par la production et la commercialisation outre atlantique de modèles adaptés spécifiquement au marché nord américain, l’Alliance (9) et la Encore (11).

Produites à Douai pour leur marché domestique, les 9 et 11 yankees sortent, elles, d’usines US dans le Wisconsin entre 1982 et 1987 grâce au partenariat avec American Motors Corporation. D’abord auréolée de plusieurs titres dont celui de la Meilleure Voiture de l’année 83 par le magazine Motor Trend, l’Alliance devient vite le cauchemar de ses propriétaires qui lui attribuent les pires notes pour son manque de fiabilité. Rapidement la messe est dite et le déclin des ventes de ces Renault Made in US amorce une spirale sans fin. Les clients nord américains étaient d’ailleurs chouchoutés par Renault qui proposait essentiellement des versions bien dotées en équipements et avec des moteurs « puissants » pour l’époque. Les USA ont eu droit à leur Alliance 2 portes, leur cabriolet et même à leur R11 Electronic mais pas de version sportive à moteur Turbo pour les américains qui devaient trouver les 105 ch du 1.4 L Cléon un peu juste face aux V8 Small block  !

En Europe le tempo est tout autre. Renault 9 et 11 comptent parmi les modèles les plus marquants de leur catégorie où parade déjà depuis quelques années une certaine Golf ! Joliment dessinées par les équipes de Robert Opron, 9 et 11 séduisent les familles européennes avec l’appui de nombreuses séries spéciales très yankee : Broadway, Louisiane ou Avenue… Renault joue t-il l’ironie en rendant ainsi hommage à sa mésaventure américaine ?

L’aspect technique de ces compactes au losange n’a rien de complexe et leur production dépassera les 6 millions d’unités. En essence le binôme s’appuie sur une offre de moteurs anciens ( 1108-1237 et 1397 cm3 atmo et turbo) avant l’arrivée du « gros » 1700 au moment du restylage. Les accros au diesel se contentent d’un petit 1595cm3. Transmission avant, boîtes BVM4, BVM5 et BVA3 assurent l’entraînement paisible de ces discrètes compactes qui affichent entre 800 et 950 kg sur la balance. Dans les années 80, on est loin des contraintes sécuritaires et environnementales des années 2000 qui obligent les constructeurs à produire des autos de plus en plus lourdes et imposantes. Les R9 et R11 inaugurent aussi sur le segment la commande au volant de la radio et de la fameuse chaine Hifi Philips 4 x 25 watts avec ses nombreux potentiomètres que l’on retrouvait sur la luxueuse version TSE Electronic avec jantes alu en 13 pouces, laves phares, LVE avant, sièges en velours et volant en cuir.

Autre version « spéciale » de la R11, la Zender équipée d’un kit aérodynamique spécifique, de jantes alu en 15 pouces (vs 14 pouces d’origine) et d’un petit stripping latéral. Equipée du moteur turbo de 105 ch la Zender est pénalisée par ses grosses roues, un poids en hausse et une trainée aérodynamique médiocre. Elle propose des performances en retrait par rapport à la version normale mais fera sensation grâce à son allure sportive venue de RFA.

Nées avec des physiques spécifiques, le coup de bistouri du retylage de 1986 uniformise le faciès des 9 et 11 avec une calandre semi fermée à deux ou quatres phares en phase avec la production du losange cette année là ( Supercinq, 21, 25 …), ou plus exactement ce millésime là ! Un mot désuet qui nous ramène à l’époque des changements de collections automobiles du mois de juillet où présentation, équipements et prix évoluaient tous en même temps chez tous les constructeurs.

Parmi les modèles qui marqueront l’histoire du losange, la 11 Electronic fait figure d’ovni sur son marché au début des années 80 avec son tableau de bord à affichage numérique,  son système d’annonce vocale qui informe le conducteur via une banque de 19 messages d’alertes, des dysfonctionnements ou oublis liés au véhicule ou à sa conduite. Si on peut en sourire aujourd’hui alors qu’il est possible de communiquer à distance avec nos autos grâce à un smartphone, la 11 Electronic fit réellement son petit effet, par sa technologie embarquée mais aussi par son physique, tant Renault su soigner la présentation de cette série très spéciale.

Mais l’histoire est parfois cruelle. Et ni leur charme ( subjectif), ni leur légèreté (relative) ou leur robustesse mécanique ( aussi très relative …) n’ont pu vaincre les vagues de jupettes et autres balladurettes qui ont balayé nos rues et routes de ce couple sympathique et terriblement franchouillard qu’étaient les Renault 9 et 11. Depuis, la compacte lamda et star en Europe s’est doucement muée en une grande ( grosse?) berline bicorps, lourde, hyper équipée, sur-électronisée, massivement diesélisée mais ultra sécurisée (ouf!), de plus en plus propre et le plus souvent d’une très grande fiabilité. L’honneur est sauf, l’automobile avance dans le bon sens.

Et pour rester dans l’émotion, le souvenir et l’esprit Youngtimer, rien de mieux que quelques vidéos sur les R9, R11 et leurs « frangines » américaines.

Pour le fun, je vous ai même trouvé une « fameuse » Ur R11, si si c’est ici.

Une voiture que bon nombre ont déjà oublié mais qui fut une auto importante à une période durant laquelle la RNUR partait à la conquête de l’Europe mais aussi des USA via American Motors avec force conviction et envie de réussir.

 

Via Renault, Youtube, r9-r11.com, FA.

Merci à tous les propriétaires passionnés et aux photographes.