No Limit Atelier Renault 2013 (1)Quand Renault décide de parler de son passé sportif, on se retrouve face à d’impressionnants véhicules, face à de grands défis, face à des records dont le seul but est de repousser les limites statistiques et humaines, pour toujours faire mieux et toujours aller au-delà du possible. Avec ce programme un tant soit peu métaphysique, l’Atelier Renault propose en cet hiver finissant une très belle exposition sur son passé sportif, sobrement intitulée « No Limit ! »

No Limit Atelier Renault 2013

L’exposition « No Limit ! » est organisée de façon concomitante avec la sortie à la mi-mars d’une bande dessinée, « Renault Sans Limites ». Textes et dessinés sont signés par Christophe Merlin aux Editions Glenat, dans la collection « Plein Gaz », où l’auteur a déjà publié « Nürburgring 57  » . L’exposition de l’Atelier Renault reprend les véhicules présentés dans la bande dessinée, ainsi que de nombreuses planches qui permettent d’en apprendre plus sur les bolides exposés et leur histoire.

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C’est la doyenne de l’exposition et elle est plus que centenaire : il s’agit de la Renault Type K de 1902. En ce tout début de XXème siècle, l’entreprise Renault, née en 1898, est encore toute jeune, mais les frères Louis et Marcel qui la dirigent savent déjà qu’il faut se faire un nom reconnaissable entre tous, et quoi de mieux que le prestige sportif pour cela ? Les courses sur route ouverte sont alors légion, et après quelques succès de leurs voiturettes dans des courses de ville à ville en France, les frères Renault décident de participer au Paris-Vienne de 1902. Et ils mettent les moyens nécessaires à leur fin : ce ne sont pas moins de 4 voiturettes et 3 « voitures légères » Type K qui sont engagées !

L’armada Renault a fière allure, mais s’opposent à elles de gros morceaux, dont la Panhard d’Henry Farman ou la Mercedes du Comte Zborowski. Pour tous, il faut composer avec les éléments et le passage des Alpes est éprouvant : protégés de leurs seuls blousons de cuir, pilotes et mécaniciens doivent grimper des routes chaotiques et empierrées à même le flan des montagnes, à 1500 m d’altitude. Et c’est sur ce terrain que la légèreté de la Type K se révèle un atout. Avec son mécanicien René Vauthier, Marcel Renault arrive premier à Vienne, au bout de 1300 km parcourus à une moyenne de 62,5 km/h. Plus qu’une simple course, le Paris-Vienne est la première victoire internationale de Renault et fait connaître au monde entier la société « Renault Frères ».

L’année suivante, Renault participe à une nouvelle épreuve, le Paris-Madrid. Cette course est fatale à Marcel Renault : alors qu’il roulait à 100 km/h, il est aveuglé par la fumée d’un concurrent qu’il dépasse. Lui et son mécanicien ratent un virage, font une embardée et sont éjectés de leur 40 CV. René Vauthier souffre de multiples fractures ; Marcel Renault ne reprendra pas connaissance et décèdera 48 heures plus tard, dans une ferme où des spectateurs l’avaient installé à Couhé-Vérac le 24 mai 1903.

O tempora, o mores, aujourd’hui, le « Type K » de Renault est le nom de code interne derrière lequel se cache la famille des moteurs 4 cylindres (1,4 à 1,6 L essence et diesel) de Renault.

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Avec la création en 1924 de l’autodrome de Montlhéry, une véritable course aux records commence entre les constructeurs. Renault réunit « l’Atelier 153  » , une équipe spécialement consacrée à la construction et à la réalisation de records. En 1925, la Torpedo Sport 40 CV roule 24 heures à une moyenne de 141 km/h, un record qui est vite effacé par Bentley. L’Atelier 153 remet ça en 1926, avec la 40 CV NM, lointainement dérivé de la limousine 40 CV de l’époque.

Son être tout entier est dédié au record : son châssis et son capot sont en tôle, mais le cockpit monoplace arrière est en panneaux de cuir tendu sur une armature de bois, pour alléger le poids d’ensemble, le tout peint en bleu. Les 14 mécaniciens qui entourent le bolide progressent beaucoup dans les ravitaillements : il faut moins de 50 secondes pour un plein complet d’essence et le changement des 4 pneus, alors même que la 40 CV NM en utilisera une centaine lors de sa tentative. Et bien-sûr, cette tentative est un succès.

La 40 CV NM est « l’Avion sans ailes ». Elle efface nombre de performances, dont le record du monde des 24 heures en roulant sur 4167,578 km à une moyenne de 173,649 km/h ! Sa vitesse moyenne en course était de 190 km/h (soit presque le maximum possible sur le haut de l’anneau de Montlhéry). Cette vitrine sportive est immédiatement exploitée pour faire la publicité de la 40 CV de série dont elle dérive, et qui assoit la légitimité de Renault dans le haut-de-gamme automobile des Années Folles.

Quelques années plus tard, l’Atelier 153 effectuera d’autres tentatives. En avril 1934, une Nervasport roulera 48 heures à 167,445 km/h de moyenne, puis Renault se lance en mai dans le record des 72 heures -celui des 48 heures venant d’être battu par Delahaye. Après seulement 10 heures de route, la Nervasport s’envole du haut d’un des bankings (les virages relevés de l’autodrome) puis s’écrase et se consume. Le bel oiseau ne renaîtra pas : Louis Renault interdit toute nouvelle tentative.

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Après « l’Avion sans ailes », l’Étoile Filante. Alors qu’elle fabrique des turbopropulseurs depuis 1938, l’entreprise Turbomeca vient, au début des années 1950, proposer son savoir-faire à la RNUR, la Régie Renault dirigée par Pierre Lefaucheux. Sceptique, ce dernier laisse Fernand Picard, responsable des études, concevoir un projet. C’est sur un châssis en treillis tubulaire que la turbine à gaz d’un hélicoptère est installée ; puissance, 270 chevaux ; poids : 950 kg. L’ensemble est recouvert d’une carrosserie en polyester, affinée au maximum en soufflerie.

Après quelques essais à Montlhéry où elle tourne à 210 km/h, les ingénieurs comprennent qu’il faut changer de terrain pour qu’elle déploie tout son potentiel. Pierre Dryefus, nouveau patron de la Régie, donne son aval. C’est aux Etats-Unis, sur la piste du lac salé de Bonneville dans l’Utah, que se réunit l’équipe le 5 septembre 1956. Jean Hébert, pilote d’essai, fait très vite tomber les records, dont celui des 5 km à une moyenne de 308,85 km/h.

Hébert est convaincu de pouvoir faire encore mieux, alors dès le lendemain il monte à 322 km/h, et croit même pouvoir passer les 330 km/h. Hélas, le record est mesuré mais non homologué et on en restera là. Avant de partir, l’équipe souhaite prendre en photo le pilote et son « Étoile Filante »… mais il n’y a aucune inscription sur la carrosserie ! A la hâte, avec de l’adhésif blanc, on inscrit Renault sur le seul flanc gauche. La célébrité de l’Étoile Filante a failli filer aussi vite qu’elle !

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Renault et le sport, ce sont également de fabuleuses aventures d’artisans. Amédée Gordini, et bien-sûr Jean Rédélé, le créateur d’Alpine, dont l’A110 sera Championne des Rallyes en 1973. Également dans les années 1970 est créé Renault Sport à Viry-Châtillon, et l’on confie à Bernard Dudot la greffe d’un turbocompresseur au dernier V6 de compétition, un 1997 cm3. Ainsi équipé, le V6 développe 500 chevaux, soit la puissance d’un moteur 3 litres. Ironie de l’Histoire, l’un de tout premiers brevets déposés par Louis Renault et utilisé en compétition en 1902 avait trait au principe de suralimentation par compresseur : les bonnes idées ne disparaissent jamais vraiment. Avec la Renault-Alpine A442 B, le moteur turbo montre en 1978 toute sa pertinence en remportant la course d’Endurance la plus difficile du monde, les 24 heures du Mans.

Renault Sport ne s’arrête pas là, et décide de continuer l’expérience en Formule 1. En effet, dès 1977, Renault fait courir la RS 01, équipée d’un moteur V6 1,5 l turbo. Ses débuts sont chaotiques, et Jean Pierre Jabouille a bien du mal à la mener au bout d’une course, tant elle abandonne dans de risibles panaches blancs qui lui valent son fameux surnom de « Théière jaune ». Galvanisé par la victoire au Mans 1978, l’écurie commence à connaître le succès en 1979 : le Grand Prix de France est remporté par Jabouille, mais on se souvient bien davantage du duel mythique entre René Arnoux et Gilles Villeneuve. Pour le plaisir des yeux…

Les concurrents ont compris : tous planchent désormais sur le moteur turbo. Renault vient de gagner sa légitimité en F1, et ne cesse depuis de la cultiver. Après des années 1990 marquées par de nombreux titres avec Williams puis Benetton, Renault revient en son nom en 2002 comme écurie, et remporte les titres pilote et constructeur en 2005 et 2006, avant de se recentrer de nouveau sur son activité de motoriste. Le moteur RS27 est prisé par les écuries, si bien qu’un tiers des monoplaces en course sont motorisées par le V8 Renault (RedBull, Williams, Lotus, Caterham).

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2010, 2011, 2012 : grâce à Sebastian Vettel, l’écurie Red Bull est triple championne du monde pilote et constructeur, et le moteur Renault RS27 triple champion du monde également ! C’était pourtant mal parti pour lui, puisqu’en 2007 lorsqu’il apparaît dans la monoplace R27, il brille par une absence flagrante de performances, à laquelle une aérodynamique loupée et le départ de Fernando Alonso font perdre ses couronnes mondiales au Losange. Avec l’autorisation de toutes les autres écuries, Renault obtient de pouvoir modifier son moteur pour 2008. Néanmoins, ce n’est pas dans les monoplaces Renault mais dans celles du « Taureau Rouge » que le RS27 assoit sa domination.

Renault et Red Bull, ce sont :
-3 titres de Champion du Monde des pilotes
-3 titres de Champion du Monde des constructeurs
-34 victoires en Grands Prix
-66 podiums
-38 pole positions
-22 meilleurs tours en course
L’importance du moteur Renault est capitale dans ces performances. Pourtant, en 2013, l’écurie s’appelle « Infiniti Red Bull Racing », la division haut-de-gamme de Nissan communiquant intensément avec l’équipe autrichienne (notamment avec le SUV FX50 « Sebastian Vettel Edition »). Espérons que les éventuels succès de la RB9 ne feront pas oublier qu’ils sont dus à un coeur Renault et non d’origine Infiniti !

Le 17 juin 2011, une Mégane RS Trophy de 265 chevaux est entrée dans l’histoire du sport automobile, en signant sur la boucle nord du Nüburgring le record du tour réalisé par une traction avant de série. Au chronomètre, 8’07″97, soient des performances équivalentes à des supercars de deux fois sa puissance ! Au volant, c’est le pilote testeur de Renault Sport Laurent Hurgon qui réalisa l’exploit, filmé par Renault dans la vidéo qui suit :

Les records sur 24 heures sont décidément l’épreuve favorite de Renault : après la 40 CV de 1926 et l’A442 B de 1978, Renault s’est lancée en juin 2012 au record des 24 heures… électriques ! Et c’est une Zoé, la citadine fer de lance de la technologie Zéro Emission du Losange, qui parcourut 1618 km sur le circuit d’essais d’Aubevoye. Il fallut recharger la voiture 18 fois… Si l’ancien record (1280 km) est battu, n’oublions pas qu’un moteur thermique de série peut parcourir sur circuit 4000 km en 24 heures.

Signalons, pour être complet, la présence de deux Twizy, en marge de l’exposition -à laquelle ils ne prennent pas part. Les Twizy n’ont à ce jour aucun record sportif à présenter, mais nul doute que leur extrême compacité et leur sympathique frimousse donnera des idées à des héros en mal de célébrité, pour faire entrer le quadricycle dans l’histoire de Renault.

En façade, outre l’Etoile Filante, Renault expose ses plus récentes nouveautés. Fin janvier c’était la Clio IV, à laquelle succéda une Clio IV RS jaune Sirus en février. Le 5 mars, c’est le Captur qui la remplacera et qui restera jusqu’à la fin de l’expo.

Le 2 mars était organisée une séance de dédicace par Christophe Merlin, auteur de la bande dessinée titre de l’exposition « Renault sans limites ». L’artiste dessinait la Renault sportive de votre choix : pour moi, ce fut une belle Alpine A110 ! La bande dessinée, éditée par Glenat, paraît le 13 mars 2013 dans la collection « Plein Gaz ». En outre, un photomaton est proposé aux visiteurs par l’Atelier Renault : les clichés sont en noir et blanc, en mosaïque de trois agrémentés d’une Etoile Filante de Christophe Merlin, le tout étant imprimé sur place et envoyé à votre adresse e-mail voire -si vous le souhaitez- à votre page Facebook. Ces deux rendez-vous (la dédicace et le photomaton) connaissent un grand succès.

Pour clore cette visite, un dernier diaporama présentant les 7 véhicules sportifs de « No Limit ».

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Lancée le 19 janvier dernier, l’exposition « No Limit ! » finira le 17 avril 2013. L’Atelier Renault est situé au 53 de l’Avenue des Champs Elysées.

Crédit photographique : François M. (Renault pour la photo de l’Etoile Filante de 1956) ; via Youtube.