En cette époque de campagne présidentielle, Citroën nous rappelle qu’il est l’un des fournisseurs automobiles les plus célèbres de la République, voire celui qui a fait le plus entrer de voitures Présidentielles dans l’Histoire. Cet audacieux postulat est magnifiquement appuyé par la présence de célèbres Citroën présidentielles dans le plus bel écrin, le C_42, l’adresse des Chevrons sur les Champs-Élysées.

La visite de cette exposition est gratuite, et ne demande que de bonnes jambes pour grimper les trois étages du lieu. Elle est un régal pour les yeux, qu’ils soient ceux des anciens ou ceux des modernes. A la parcourir, nous voyons l’histoire de l’automobile rencontrer l’Histoire de France, jusqu’à comprendre que chaque Citroën s’identifie à un Président particulier ; étonnamment, chaque monture incarne différentes visions de ce qu’est un “Président”. Nous n’entrons pas là dans des querelles sur le style politique mais sur ce qu’est la représentation du sommet d’une arborescence. A ce jeu, la DS3 WRC exposée au sous-sol nous rappelle qu’elle est aussi la monture d’un Président, Sebastien Loeb, en poste depuis maintenant 8 ans à la “Présidence du WRC”.

1972 : Citroën SM Présidentielle.

Citroën SM Présidentielle.

La visite commence de la plus belle des manières avec la SM berline décapotable. Produite à deux exemplaires par les ateliers du carrossier Henri Chapron, cette limousine landaulet a bien du mal à contenir ses 5,60 mètres dans l’entrée du C_42. Commandée du temps de Georges Pompidou, elle remplaça la DS21 Présidentielle de 1968, la dernière de Charles de Gaulle, grande absente de cette exposition. Trop identifiable à la personnalité du Général, la DS avait également le défaut de ne plus être à la page. Les années 70 ont besoin d’apparat et de vélocité, et la SM convient parfaitement dans une Monarchie Républicaine où le Président pourrait, parfois, se faire appeler “Sa Majesté”, comme les initiales de la SM. Nul hasard donc si cette inclination noble de la belle Citroën se retrouva dans l’attitude de Valéry Gicard d’Estaing qui fut le premier à réellement l’utiliser, ainsi que celle de François Mitterrand, qui défila à son bord le 15 mai 1981. La banquette arrière, tendue de cuir, est également proposée en 1992 à une Souveraine Majesté, Elizabeth II, qui retrouve en 2004 pour le Centenaire de l’Entente Cordiale les charmes de la vénérable décapotable aux côtés de Jacques Chirac.

Citroën SM Présidentielle.

Pour celle qui avait connu tous les Présidents depuis Pompidou, l’arrivée de Nicolas Sarkozy est le coup de grâce. Trop coûteuses à entretenir, les soeurs sont séparées. Plutôt qu’une vulgaire vente aux enchères, la première est promise à Citroën, qui l’intègre d’office à son Conservatoire : c’est celle qui trône au C_42. L’autre SM Présidentielle ronge son frein dans les garages de l’avenue de Marigny, sous laquelle se situe le garage de l’Elysée. Majestueuse pour longtemps encore, la SM n’a pour l’instant aucune descendance officielle. Lors de son intronisation en 2007, le nouveau Président de la République choisit de parader en Peugeot avec le concept 607 Paladine, un choix de rupture. A ce jour toutefois, la belle 607 décapotable est retournée elle prendre la poussière, au musée de l’Aventure Peugeot.

1958 : Citroën DS Présidentielle.

Citroën DS Présidentielle.

L’histoire de la DS dépend en grande partie de l’Histoire de la République Gaullienne. Le Général, qui aimait pourtant les Traction Avant, tombe immédiatement sous le charme de ce pur produit du “Génie Français” qu’est la DS. Ne ressemblant à aucune autre, d’un confort inégalé à l’époque, cette voiture est forcément celle d’un homme atypique, celle d’un “Grand Homme”. La DS le lui rend bien : lors de l’attentat du Petit-Clamart orchestré par l’OAS en 1962, la DS du Général résiste à un tir croisé de mitraillettes, et parvient à s’extraire du guet-apens malgré trois pneus crevés ! De Gaulle ne se séparera plus de “sa” DS, à tel point que pour le crépuscule de son deuxième mandat il commande à Henri Chapron une ultime limousine sur base de DS, qu’il veut “quelques centimètres plus longue que celle de Richard Nixon”, le Président Américain ! Plus que toute autre Citroën, la DS est la voiture “du” Président.

Citroën DS Présidentielle.

La DS, inamovible reine de la gamme Citroën pendant vingt ans, se comportait en souveraine : François Nourissier disait qu’il y avait chez elle de la majesté dans ses suspensions, dans ses “génuflexions”. Cette attitude plait à Giscard D’Estaing, qui se fait photographier sur les Champs-Élysées au volant de sa DS, tentant de s’insérer dans la circulation parisienne. Pour l’anecdote, l’on saura des années plus tard que VGE cessa de conduire pendant son mandat après avoir eu un accrochage avec un camion de livraison. Qu’importe : à la place du conducteur comme sur la banquette arrière, la DS a su transporter les Présidents ainsi que toute l’élite dirigeante de la République, comme le montre bien les photographies de la Cour de l’Hôtel Matignon dans les années 60. La DS de De Gaulle possédait néanmoins un raffinement supplémentaire : le toit ouvrant, pour saluer la foule.

1948 : Citroën Traction Avant.

Citroën Traction Avant Présidentielle.

La Traction Avant est la première des Citroën Présidentielles. Pour la IVème République, deux célèbres carrossiers parisiens, Franay et Chapron, sont mandatés pour concevoir deux limousines d’apparat pour la Présidence sur la base technique de la Traction Avant. La “Franay” sera la berline, la “Chapron” sera la décapotable. Cependant, jusqu’à la Présidence de René Coty, c’est une “simple” Traction Avant 15-6 H à 6 glaces qui véhicule les chefs d’Etats, et c’est cette version de la Traction présidentielle qui est exposée au premier entre-sol du C_42.

Citroën Traction Franay & Chapron.

Par son rôle durant la Résistance, la Traction Avant est une voiture éminemment républicaine : les Forces Françaises de l’Intérieur en usèrent beaucoup. Toutefois, la Traction n’est pas la première Citroën à transporter des personnalités de haut rang : dès les années 1920, le Pape est convoyé en Citroën C6.

1995 : Citroën CX

Citroën CX.

La Citroën CX est la berline sur laquelle reposa l’immense tâche de devoir succéder à la DS. Malgré le trait inspiré de Robert Opron et des performances de tout premier plan, avec des motorisations diesel qui surpassaient les productions allemandes, la CX n’eut pas la même longévité ni la même légende que la DS. L’apparition en 1981 de vulgaires pare-chocs et de versions sportives comme la GTi Turbo2 ne permirent pas à la CX d’avoir le même charme souverain que son ancêtre, bien qu’elle en ait eu toutes les qualités. Faut-il y voir une malédiction présidentielle ? En effet, à son arrivée à l’Elysée, VGE était plus intéressé par la chose publique que par la chose automobile, si bien qu’il laissa la Régie Renault dans une longue déshérence ; s’il préféra la Peugeot 604 comme voiture de la République, il en dédaigna la version limousine préparée par Heuliez. Lorsque vient l’alternance, Mitterrand affirme sa préférence pour Renault avec la R25 en 1984. Pourtant, malgré ces contre-temps, la CX est devenue depuis une voiture présidentielle.

La Citroën CX, au soir du Second Tour de l’élection Présidentielle.

L’imagerie mentale des Français avec les voitures de Président est totalement bouleversée lors de l’élection de Jacques Chirac, en 1995. Le chantre de la fracture sociale mène grand train à la Mairie de Paris, mais n’a pour seul patrimoine automobile que la Peugeot 205 de son épouse et une vieille CX des années 80. C’est cette vieille dame qui entre dans l’Histoire au soir du second tour, lorsque Chirac promène les journalistes à moto dans Paris, se faisant même interviewer en roulant à pleine vitesse ! Un tour de l’Hôtel de Ville jusqu’à la Concorde puis retour, et Chirac s’inscrit dans une tradition gaullienne de préférence pour les Chevrons : il fait enfin entrer la CX dans la légende des voitures de Président. Signalons que la fameuse CX est aujourd’hui exposée au Musée Chirac de Sarran, en Corrèze, et que le modèle présenté au C_42 n’en est qu’une version approximative.

Une Citroën entre à l’Elysée, une autre en sort : beaucoup se souviennent de la célèbre publicité de Citroën pour sa grande berline, présentant le départ du Président Mitterrand en XM, bien que celui-ci préférait sa Renault 25 rallongée.

2005 : Citroën C6

Citroën C6 Présidentielle

Au crépuscule de la Chiraquie, Citroën se rappelle au souvenir du Président de la République. Les Chevrons mettent la dernière main sur leur dernière limousine : la C6. Alors que sa commercialisation est retardée pour l’année suivante, les représentants de Citroën font tout pour que Jacques Chirac utilise la C6 le 14 juillet 2005. Ils parviennent à livrer la voiture in extremis, au petit matin, et la C6 gagne ses galons de voiture présidentielle lors du départ du Président Chirac de la Place de la Concorde, où elle se distingue nettement du cortège uniforme de Peugeot 607 et de Renault VelSatis.

Le départ de Jacques Chirac en Citroën C6.

Le 16 mai 2007, la C6 sort de l’Élysée, Jacques Chirac à son bord. C’est désormais “sa” C6, puisqu’elle, son chauffeur, et son garde du corps, lui sont garantis à vie par la Présidence de la République. Chirac continue donc de s’afficher en C6 devant la sortie de son Éditeur, où il rédige ses Mémoires, l’image contrastant avec le nouveau locataire de l’Élysée qui, lui, ne jure que par “sa” VelSatis, qu’il conserve depuis son arrivée en 2002 au Ministère de l’Intérieur. En 2009, celle-ci est rallongée d’une vingtaine de centimètres, blindée, et équipée des dernières technologies de communication. Mais la C6 est un Phénix Républicain : depuis 2010, elle est de nouveau en cour à l’Élysée, où le Président et son épouse louent le confort ouaté dû à la suspension hydraulique. Faut-il en conclure que les Citroën sont définitivement les voitures des Présidents ?

2012 : Citroën DS5

La Citroën DS5, future voiture présidentielle ?

Lors de sa visite de l’usine PSA de Sochaux, le candidat du Parti Socialiste François Hollande en gilet fluo se plaît à discuter avec les ouvriers qui assemblent les toutes dernières DS5. Au détour de l’échange, l’interlocuteur lui demande si la DS5 lui plaît, et le candidat lui répond : « C’est le véhicule des présidents… comme celui du Général de Gaulle… ». Alors, bientôt une DS5 dans la cour de l’Élysée ? En ces temps d’austérité budgétaire, le symbole serait choquant, et l’utilisation des actuelles C6 et VelSatis plus raisonnable. Néanmoins, la tradition veut également que ce soient les constructeurs qui offrent les services de leur modèle à la Présidence, comme ce fut le cas pour la C6 en 2005, dont l’apparition était essentiellement un coup publicitaire. L’hypothèse d’une DS5 à l’Élysée n’est donc pas totalement incongrue, et le C_42 en profite pour montrer les charmes de son tout dernier haut de gamme au public.

2004-? : Le Président Loeb et ses Citroën en WRC.

Citroën DS3 WRC

La visite du C_42 s’achève au sous-sol par un passage à l’espace « Racing ». Le Cinéma 4D vous attend pour vous faire vivre les sensations du rallye, alors qu’une DS3 WRC porte fièrement les couronnes de laurier de ses derniers titres pilotes et constructeurs, glanées en 2011. A chaque victoire de ses pilotes, Citroën actualise ses banderoles :  dès mercredi l’entrée du C_42 sera parée d’un message pour le doublé des Chevrons en Argentine. Mais au-delà, le succès de Citroën en rallye doit beaucoup à son emblématique pilote, Sébastien Loeb, Champion du Monde depuis 2004. Si le pouvoir s’inscrit dans la durée, nul doute que Loeb est le plus bel exemple de « Président du WRC ». L’ivresse du pouvoir ne semble pas le lasser : tant mieux pour Citroën !

Cette exposition, pardon, cette « Saison » du C_42 est visible jusqu’à la mi-juin 2012. Il est peu probable que Citroën nous invite ensuite à découvrir les Citroën des Députés, qui seront fraichement (ré)élus, mais après tout, comme le disait le slogan, nous n’imaginons pas tout ce que Citroën peut faire pour nous. C’est ainsi qu’au deuxième étage vous pourrez devenir Président à la place du Président : grâce aux miracles des montages photographiques, vous pourrez prendre place à la barre de maintien de la SM Présidentielle. En revanche, pour vraiment devenir Président, il vous faudra attendre cinq ans. D’ici là, vous aurez tout le temps de choisir votre Citroën Présidentielle !

Crédit photographique : François M, Le Parisien, blog-zine-medias.