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Vous disposez d’un cabriolet parmi les plus excitants de l’année pour le week-end et, pas de bol, il pleut. Petit a : vous restez bien au chaud, chez vous, et sortez le plateau de Scrabble. Petit b : Youpi, ça donnera au moins l’occasion de tester le traction control et l’étanchéité de la capote… 

 

Mon excellent collègue Jean-Baptiste avait eu le privilège de découvrir cette auto en Corse entre Ajaccio et les Calanques de Plana et franchement, y’a pire comme life. Comme auto, aussi, d’ailleurs.

C’est ce que je me dis en traçant ma route, alors que les Dieux de la topographie et de la météorologie sont moins généreux avec moi qu’avec le sémillant J.-B. Je suis en pleine Beauce, direction plein Ouest. Je sais ce que vous pensez : prendre un cabrio pour aller en Bretagne sous la pluie, faut soit apprécier l’aventure, soit disposer d’une grande force morale, soit être un rien masochiste, aimer les potentialités foirées et les petits plaisirs gâchés.

En attendant, le ciel est bas, l’horizon sombre et autour de moi, c’est aussi plat que Jane Birkin à l’adolescence. Je ne compte pas sur le paysage pour me remonter le moral : à gauche, des betteraves, à droite, du maïs, j’en viens à souhaiter l’alternance (à gauche, du maïs, à droite, des betteraves, donc) histoire que ça change un peu. C’est le déluge et de nous deux, c’est le grand ruban bitumé qui brille le plus : au volant de la BM, je me la joue super modeste. N’oublions pas que sous le capot trône le fameux 6 en ligne tout alu de 2979 cm3 dopé par un turbo à double entrée et géométrie variable et qui, dans d’autres modèles de la gamme munichoise, développe 306 ch. Ici, c’est 326 ch et surtout, 450 Nm de couple délivrés aux roues arrières et disponibles dès 1300 tr/mn. On va donc faire connaissance en se mettant un œuf sous le pied.

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Le 6 en ligne ronronne à 2000 tr/mn sur le mode « Eco Pro » : la fonction roue libre de l’excellente boîte auto ZF à 8 rapports donne le sentiment de surfer sur le bitume et ainsi calibrée, l’auto est toute douce, la direction légère et le confort d’amortissement étonnement souple au vu du pedigree de l’auto qui, pour rappel, est plus puissante que la première Porsche 930 Turbo. Feutrée, la sonorité du 6 en ligne n’est pas envahissante, tout juste suffisante pour se rappeler que l’on n’est pas au volant d’un modeste 4 cylindres, ou pire, d’une chaudière alimentée par le carburant du Diable servi par une pompe à essence à pistolet jaune.

Le biotope étant avare de distractions, cela permet de se concentrer sur l’essentiel. La position de conduite ? Impec, les réglages du siège en hauteur et l’inclinaison de l’assise permettent de se concocter une assise sur mesure. L’ergonomie ? Impec, elle aussi. BMW a le bon goût de ne pas surcharger d’infos ses planches de bord ni ses compteurs, on y trouve donc l’essentiel avec une lisibilité évidente, y’a ce qu’il faut, mais pas trop.

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L’ambiance intérieure ? Rien à dire, entre le joli cuir beige et les placages d’aluminium présents un peu partout, on se sent bien, d’autant que l’iDrive est hyper intuitif et simple d’utilisation. Et la capote, dans tout cela ? Bonne nouvelle, elle est étanche (encore heureux !) malgré les seaux d’eau que je me prends sur la tronche. Son confort acoustique est dans la bonne moyenne grâce à sa conception triple couche, mais au fil des kilomètres et selon les résonances sonores liées au type de bitume et à sa granulométrie ou à l’intensité de la pluie, on se rend compte qu’il faut parfois monter le volume de la radio pour continuer à profiter du programme inénarrable d’Autoroute Info. Ah, Autoroute Info, avec ses séquences sur l’histoire de l’élevage des escargots de Bourgogne entre deux hits de Jean-Jacques Goldman ! Ce qui m’amène deux réflexions : un, faut-il vraiment monter le volume pour écouter ça ? ; deux : sur le plan acoustique, cette capote, je lui mets un quinze sur vingt. Allez, seize.

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Pour finir sur la capote, une anecdote qui vaut ce qu’elle vaut (sans compter qu’elle apporte un véritable plus narratif, parce que mon collègue, le mirifique Jean-Baptiste n’a peut-être pas pu le tester sur les routes du Cap Corse, avec un virage tous les 30 mètres) : à 200 compteur, la capote ne bronche pas, ne vibre pas, ne fait pas plus de bruit qu’à 130. Vous n’avez pas le sentiment d’être coiffé par un parachute made in Quechua et que tout cela va se désintégrer dans une poignée de secondes. La qualité allemande, c’est pas un mythe.

Il n’empêche : même en roulant doucement, même sous le déluge, je suis bien au volant de cette BMW qui, par son ergonomie et sa sonorité, sait délivrer le minimum de sensations pour que le conducteur se sente bien et apprécie l’instant présent : c’est ça, l’ADN BMW. Ça change des bêtes trucs sans âme qui servent juste à se déplacer.

20 secondes d’éclaircie

La capacité de la M235i à bouffer du kilomètre sans effort n’est pas à démontrer puisque nous voici déjà à Perros-Guirec. Ah, Perros-Guirec et ses hortensias, ville élue meilleure station balnéaire en 2007 par le Nouvel Observateur. Ce jour-là, il devait faire beau. Normalement, dans la baie de Perros-Guirec, il y a des îles. Mais pour les voir, il faut que le temps soit un peu dégagé. Ce sera pour une autre fois.

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Sur la promenade, en face du casino, se tient l’exposition Pig Parade, une ode à la ressource majeure de la Bretagne : la pluie. Non, je déconne, la ressource de la Bretagne, c’est le cochon : 15 cochons de plâtre sont décorés et c’est plutôt joli ; j’en aurai bien ramené un pour la déco de mon salon, mais chaque cochon de plâtre pèse 700 kilos et le coffre de la BMW ne fait que 280 l (335 l si l’on n’envisage pas d’ouvrir la capote). Dans un moment de digression, je me mets à imaginer l’une ou l’autre de ces décos transposées à la BM, dans la grande tradition des Art Cars lancée par Hervé Poulain en 1975. Hélas, on se contentera d’une voiture grise dans la grisaille, ce sera moins sexy que la belle rouge mise en valeur par J.-B. sous le ciel bleu de Corse.

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Tiens, savez-vous combien il y a de cochons en Bretagne ? Hein, combien ? Eh bien c’est simple : 8 millions ! Je sais, c’est le genre de questions dont tout le monde se fout, mais quand on y pense bien, c’est assez flippant et je vais retenir le chiffre pour le balancer dans la tronche du premier aigri qui me demandera combien elle consomme, la BM, sous-entendu, une voiture « de sport » qui fait un joli bruit, ça doit téter, c’est pas écolo, et gnagnagna… 8 millions de cochons !

Pour profiter d’une micro-éclaircie, je prends deux décisions majeures : décapoter et remettre l’auto en position « Confort ». La cinématique est un peu complexe (la capote rentre dans le coffre dans un mouvement d’une grâce inspirée des mouvements de bras de Maïa Plissetskaïa), le tout prend 20 secondes et ne manque pas d’impressionner les passants. Ce qui m’impressionne, moi, c’est la différence de comportement ressentie en passant d’un mode à l’autre. Elles sont nombreuses, les autos qui proposent de pseudo drive selector ou assimilés, et dont les différences sont assez cérébrales pour ne pas dire inexistantes. Ce n’est pas le cas chez BMW : « quand ça change, ça change », écrivait le grand Audiard pour les Tontons Flingueurs. Là, la réponse à l’accélérateur, la direction, la gestion de la boîte de vitesse, tout se fait de manière plus directe. Au volant, on ne peut qu’apprécier ce petit supplément d’émotion.

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Pare-vent mis en place, les turbulences ne sont pas gênantes, on peut facilement tenir une conversation jusque 120 km/h et vous sentirez juste une toute légère petite brise sur le haut du crâne si vous faites plus d’un 1,85 m. Tout ça pour dire que le sentiment de plein air est bien réel et qu’en même temps, l’agrément est au top.

Le ciel continue de faire des siennes : je me prends une douche devant la plage de Trestrignel lors d’une averse soudaine, le temps de se dire que 20 secondes, c’est super long ! Aussi brève qu’intense, l’averse cesse et la route sèche (répétez ça dix fois de suite, et de plus en plus vite, pour voir !).

Banzai !

Un passage sur le mode sport permet de confirmer en bien (en très bien, même !) ce que l’on pensait plus tôt : cette auto à la capacité de se métamorphoser. La direction devient directe comme il le faut, le son du 6 cylindres est plus métallique, la boîte remonte le seuil de passage des rapports, sans toutefois que cela confine à la caricature comme sur certaines autos, le double échappement crépite au lever de pied : tout cela est très homogène.

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En passant à Pleumeur-Bodou, il y a la possibilité d’aller visiter le Musée des Télécommunications. Mais comme le bitume redevient fréquentable, j’ai plutôt envie de communiquer au train arrière la totalité des 326 chevaux qui, pour l’occasion, valent bien 8 millions de cochons. En mode Sport, les changements de rapports s’accompagnent d’une petite déflagration qui n’a rien à envier aux meilleures boîtes à double embrayage, les palettes au volant permettent de jouer et de s’y croire, la partition couvre plusieurs octaves en passant de tonalités de graves à des râles plus aigus : au volant, tous mes sens reçoivent un max de stimulations très sympas. On dit souvent que les moteurs turbo ne savent plus prendre de tours : pas celui-ci. On a vu que le couple maxi est dispo très tôt ; la poussée est linéaire mais carrément consistante et de 5500 à 7000 tr/mn, le bruit devient carrément rageur et presque méchant. Il n’y a pas de mélodie plus harmonieuse à mes oreilles, à part, bien sûr, les cris de Chantal Perrichon poursuivie par un ours, le soir, au fond des bois.

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Sans aller cerner la limite, ce qui, sur route ouverte et humide, serait idiot (il y a pourtant une paire d’arceaux de sécurité qui se déploient en cas de tonneau, mais ils sont invisibles), on apprécie l’équilibre naturel de l’auto, la répartition des masses étant idéale à 50/50. De même, la rigidité du cabrio n’est jamais prise en défaut : je n’ai pas ressenti de grosses vibrations dans la baie de pare-brise lorsque l’on prend des bosses en appui, par exemple.

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Je dois vous avouer, si cela ne s’était pas encore vu, que la BMW M235i Cabriolet fait partie de ces autos que je rends avec regret, sans avoir pu suffisamment goûter à ses performances sportives ni rouler décapoté. Faut pas croire, il n’y en n’a pas tant que ça. Dans ses 4,45 m de long, elle concentre une somme de qualités qui la rendent quasiment sans concurrence : hyper performante tout en restant prévenante et confortable, correctement équipée, docile à la demande, suffisamment compacte et discrète pour pouvoir être utilisée au quotidien, elle sait également être sobre comme en témoigne une conso de 7,1 l/100 sur la portion du retour entre Perros-Guirec et Saint-Brieuc, en mode « Eco Pro » et en conduite contemplative le long de la côte. En usage normal et relativement raisonnable, il est possible de rester aux environs des 9 l/100, ce qui en dit long sur le talent des motoristes BMW.

Mais en plus de toutes ces qualités, la BMW M235i sait se faire (presque) oublier tout en devenant carrément communicative à la demande, avec un agrément moteur / boîte juste magique. Et ce petit « broap » quand on presse sur le bouton « start » ! Ça vaut bien 52 900 € (et 3000 de malus en BVA, 6500 en BVM). Eh oui, la passion a un prix…

L’avis du photographe :

En homme de goût, Benoît M., artiste Nikonisé, roule au quotidien dans un élancé cabriolet suédois, bercé par la mélodie du 5 cylindres. Pourtant, il a tellement surkiffé notre BM qu’il a tenu à nous en dire un mot. Voici donc notre rubrique « tribune libre », après tout, les photographes ont aussi le droit de s’exprimer, non ?

« Je laisse à Gabriel L. le soin du détail technique, de la mise en appui, de la mise en avant, de l’expérience et de l’explication. Ce dont moi, conducteur lambda, je souhaite vous parler, c’est du ressenti que quelqu’un comme moi peut avoir au volant de cette voiture.

Même si j’ai eu la chance de faire quelques tours de roue dans des voitures encore moins courantes que le véhicule personnel de Gabriel L, je ne suis ni essayeur et encore moins un pilote. De là, une fois assis derrière le volant de la BM 235i, je me suis senti bien, position naturelle, volant bien calé dans les mains et surtout le bout des doigts chatouillant les palettes.

Les palettes. Ce petit bout de technologie qui par sa seule présence vous fait basculer du monde du transport à celui de la Playstation.

C’est ce petit élément qui fait que l’ensemble de la moelle épinière devient réceptive à tout ce qui va se passer … Et il va s’en passer des choses.

Le mode sport enclenché, la route dégagée, la voiture en ligne (il ne s’agirait pas que l’arrière balaie la voirie) : une bonne pression sur la pédale de droite et là c’est 326 chevaux qui vous hurlent dans les oreilles alors que celles-ci sont irrémédiablement collées à l’appui-tête. La première montant vite en régime et pour ne pas me priver de ce plaisir, je passe la deux d’une légère pression sur la palette droite. La boîte répond presque instantanément et les chevaux recommencent leur litanie au Dieu du métal ! Pied dedans, Qu’est-ce que ça pousse !!!!

C’est à ce moment-là que ma chère Maman, à qui j’avais proposé un gentil petit tour en cabriolet se rappelle à mon bon souvenir en hurlant : « Doucement doucement doucement !!!! »

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Benoît est un garçon charmant, mais c’est aussi un grand taquin qui aime faire peur à sa maman !

Photos : Benoît Meulin