A l’occasion de l’ « Automotive Solutions Day », l’entreprise allemande de chimie BASF présente ses différentes implications dans le monde de l’automobile.

BASF est la première entreprise de chimie au monde : c’est l’acronyme de Badisch Anilin und Soda Fabrik, pour « Fabrique Badoise d’aniline et de soude ». Malgré cette première position mondiale, il semble que BASF ait bien choisi son slogan, « Contribution invisible, succès visible », car aujourd’hui, qu’évoque BASF ? Guère plus que de longs spots télévisés, ou des cassettes VHS des années 90. C’est pour se désolidariser de cette image un peu vieillissante (combien d’émissions et séries télévisées n’a-t-on pas enregistré sur ces cassettes vidéos ?) et sur cette trop forte invisibilité que l’ « Entreprise Chimique » BASF, ainsi que l’indique son slogan « The Chemical Company », a organisé une présentation de ses activités dans le secteur automobile. Avec un invité de marque : le concept-car Smart ForVision, présenté au Salon de Francfort 2011.

BASF : du plastique caché dans votre voiture

La participation de BASF au côté des constructeurs automobiles dure depuis longtemps et voit aujourd’hui l’entreprise chimique proposer à ses clients des solutions pour moins polluer, réduire le poids, ou améliorer la qualité perçue des véhicules. Il en est ainsi de l’Ultramid, un polyamide plastique renforcé de fibres de verre à la fois léger et robuste et dont Volkswagen fait usage pour les pare-chocs avant de ses Golf Mk7. Ce polyamide vient en remplacement de pièces métalliques ou composites. Adjoint au logiciel Ultrasim, BASF conçoit les pièces qui lui sont commandées mais est aussi en mesure d’en prévoir les différentes phases de déformation en cas de choc par exemple. Derrière les pièces de déformation, BASF a également mis au point un catalyseur baptisé « PremAir » permettant de transformer l’Ozone O3 en Oxygène O2. Et pour réduire les vibrations de votre moteur, vous apprendrez peut-être que les constructeurs décident de plus en plus de « remplir » chaque surface vide, notamment à l’aide de mousse en polyuréthane. BASF est aussi responsable du grain de certains cartonnages, notamment ceux de propagande, qui sont, tantôt brillants tantôt mates, recouverts d’une très fine pellicule personnalisable et plastifiée made by BASF.

Le secret du plastique moussé

Pour réduire le poids sans réduire la solidité des plages arrière de coffre, BASF propose le « HoneyComb », c’est-à-dire des pièces faites de plaques de carton, enduites par une projection de polyuréthane, et liées à une structure creuse en nid d’abeille, le tout recouvert d’une moquette. Plus largement, c’est dans tout l’intérieur d’une voiture que BASF peut proposer ses produits : c’est le cas du tableau de bord des Audi A6/A7, où les plastiques bicolores sont en réalité faits d’une seule et même pièce en « Elastoskin », une « peau » en polyuréthane dérivée du PVC. Oui oui, le même PVC que celui des tuyaux mais élaboré, peint et « cuit » différemment pour obtenir un tout autre aspect ! Cela a pour avantage de réduire les vibrations de mobilier, et Citroën l’a bien compris en dotant son dernier C4 Picasso d’un revêtement plastique similaire. Les fameux plastiques « moussés à coeur » s’expliquent aussi par la chimie, car les plastiques se subdivisent en trois couches : l’une dure pour le socle du tableau de bord ; puis une couche de mousse intermédiaire ; et enfin en surface l’Elastoskin rigide mais qui se laisse enfoncer. BASF appelle ce système de trois surfaces combinées « Elastoflex ». A la fin, c’est jusqu’à 1 kg de gagné sur le poids du tableau de bord, sans que les qualités d’isolation phonique ou l’apparence de solidité de l’intérieur n’en aient souffert.

Un ambassadeur de ces technologies : le concept-car Smart ForVision

Il a beau avoir été présenté il y a déjà deux ans au Salon de Francfort, le concept ForVision de Smart reste d’actualité. D’abord parce qu’avec l’imminent renouvellement de la Smart ForTwo on peut imaginer que son allure générale (optiques, calandre, structure centrale) ne restera pas lettre morte. Pour BASF, l’intérêt d’exposer ce « vieux » concept est que le Chimiste Allemand avait pris part à sa conception et vu ses propositions retenues par Smart. Notamment trois d’entre elles :
– les jantes
– le toit
– les sièges.

Le but ? Alléger le véhicule, tout en améliorant l’efficacité énergétique du véhicule et la régulation de la température à bord. Ainsi, les roues qui accueillent chacune un moteur électrique sont surmontées d’une jante en plastique résistant et bicolore de 3×2 branches, ce qui représente un gain de 3 kg/roue donc de 12 kg sur toute la voiture (par rapport à des jantes alliage). La cellule de survie est elle aussi en un dérivé du plastique, de l’epoxy, qui permet un gain théorique de 15 minutes à l’assemblage en usine. L’intérieur voit les sièges recouverts de « Steron », un matériau respirant aux possibilités de grains multiples et permettant d’absorber l’humidité via sa microporosité. Les vitrages sont recouverts d’un film qui réfléchit les rayons infrarouges, tandis que le toit est agrémenté de cellules solaires transparentes qui opacifient l’intérieur lorsque le soleil (responsable à 70% de la température intérieure) est au zénith, et de diodes basse consommation pour réguler la luminosité de l’intérieur du véhicule et même produire de l’énergie électrique comme des cellules photovoltaïques. Selon BASF, si le toit est en grande partie futuriste, les autres solutions proposées sont industrialisables.

In fine, BASF propose à Smart d’éliminer tout système de climatisation, ce qui est autant d’énergie électrique non dépensée que de poids supprimé dans le véhicule.

Qu’en conclure ?

Dans un monde où les usines automobiles ne font qu’assembler que 30 % du produit fini, on comprend un peu l’ampleur de ce que représente la sous-traitance et l’apport des équipementiers aux constructeurs. Plus que de simples pourvoyeurs de pièces, ceux-ci sont forces de proposition, à l’image de Webasto pour le toit de la DS3 Cabrio, de Valeo pour les Stop&Start PSA, ou ici BASF pour tout ce qui concerne l’utilisation de produits chimiques dans la construction de véhicules. En majorité plastique, les dérivés proposés par BASF vont des peintures aux plastiques, des additifs et lubrifiants pour carburants au textile, des catalyseurs au traitement des mousses. Bref, beaucoup de choses, qui représentent jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires de l’entreprise selon BASF. En effet, parmi la large palette d’activités du Chimiste Allemand, on n’oubliera pas l’un des plus polémiques, à savoir la pomme de terre OGM Amflora légalement cultivable dans l’Union Européenne dès l’an prochain…

Partenaire en R&D de tous les constructeurs, BASF établit indépendamment ses comptes client, et propose aux constructeurs des solutions autant que ces derniers viennent les démarcher selon leurs process industriels ou leur R&D. Historiquement, le chimiste allemand est plus proche de Daimler que des autres groupes, ce qui explique le fait que certaines innovations se soient retrouvées mises en avant dans le concept Smart ForVision. Mais ce sont les clients qui choisissent à la fin : l’Ultramid est à la fois exploité pour les pare-chocs de VW Golf VII que pour les coques de sièges d’Opel Astra OPC ! Les possibilités offertes par ses nouveaux matériaux, et les améliorations que l’on peut espérer des futures découvertes de la chimie en matière de durabilité, réduction de la masse et résistance aux chocs, laissent à la fin l’impression que l’on n’a pas fini d’entendre, de voir et de parler chimie dans l’automobile.

Crédit photographique : François Mortier pour BlogAutomobile & BASF
Remerciements à Mireille Massard pour son invitation et à Timothée Baret et Eric Vernet pour leurs explications.