Des VIP-mobiles, il y en a peu sur le marché. Le Citroën Space Tourer bouscule la donne, c’est une certitude. Récit d’une matinée peu banale.

Samedi 2 décembre 2017, Roissy-Charles De Gaulle, 5H38

Les deux gardiens m’ouvrent les grilles et me font signe d’avancer. Je prends la direction du hangar qu’ils m’ont indiqué. Il fait encore nuit et l’éclairage dans le hangar m’éblouit dans cette pénombre brumeuse. J’avance doucement puis opère un long virage pour stationner le long de la porte entre-ouverte d’où s’échappe la lumière. Mon client va arriver. J’appuie sur le bouton au tableau de bord et la portière passager gauche s’ouvre automatiquement avec douceur et discrétion. Une ombre se détache finalement de la lumière et mon client s’avance.

C’est Edouard Philippe, le premier ministre de la France, de retour de Tokyo.

Je m’apprête à refermer la porte latérale d’une autre pression sur un bouton tout en chantant l’hymne national à gorge déployée, mais il me fait un geste de la main que j’interprète comme entrant dans le registre « tout doux, petit poney ! ».

Trois assistantes arrivent pour l’accompagner. Tailleur strict, escarpins de chez Louboutin. C’est curieux, vu le froid ambiant : on dirait que leur maquillage a coulé. La deuxième est mal coiffée. Et puis la troisième, il lui manque un bouton sur le chemisier. C’était la crise du logement, dans l’Airbus privé ?

Avant même de penser à poser la question, je surprends Edouard qui me fixe dans le blanc des yeux. Il me scanne les pupilles, j’ai l’impression d’être à une caisse automatique de chez Leclerc avec mon ophtalmo en vigile. Pur cauchemar. Ce type est un tueur.

Il daigne m’adresser la parole.

« Je vais être cash avec toi, minus : tu n’es pas mon premier choix. J’avais réservé un Mercedes Classe V250 avec le pack AMG. Des jantes larges et 190 chevaux, parce que moi, j’aime bien quand ça trace à 150 ! Mais bon, tu sais comment c’est dans ce pays. On va déjà m’emmerder avec ce vol à 350 000 €, une broutille, alors je voulais pas me faire choper en plus, comme ce naze de Strauss-Kahn, dans une auto allemande. L’étoile sur le capot et tout le barnum, ça la foutrait mal, t’imagines ça à la une de Voici ? Faut que les gens pensent que je suis proche du peuple. Citroën, c’est bien, c’est discret, c’est populaire. Le Général en avait une et moi j’aime le Général. Alors tu m’emmènes fissa, j’ai pas que ça à foutre ».

Derrière, les trois pétasses gloussent. Elle savent qui c’est le chef. Et c’est pas moi.

Discret…

Dans ma barbe, je me dis qu’il a pas tort, Eddy. Faut être vachement intelligent pour être premier ministre. Enfin, j’imagine. C’est vrai que ce Space Tourer, c’est un peu une nouvelle proposition pour figurer dans des films policiers remplis de VIP, de bodyguards et autres poursuites, ou plus modestement, dans la flotte de quelques hôtels de luxe pour récupérer quelques clients aux aéroports. Même si spontanément, on pense quand même un peu au Vito, ou au Classe V comme ils appellent maintenant leur camionnette. Classe machin, c’est plus classe. Ne jamais négliger les détails.

Histoire de ne pas traîner en ramenant les élites à Matignon, il faut veiller à ce que la machine soit à la hauteur. Si j’avais été prévenu plus tôt, j’aurais pris la combinaison Space Tourer 2.0 HDI 180 BVA (essayée sur le blog en version civile), apprécié pour sa vigueur et sa douceur. Par chance, le 1.6 HDI 95 (un pur lavement qui plafonne à 145 km/h) n’est pas dispo en finition Business Lounge, qui ne vient à minima qu’avec le 2.0 HDI 150. Cela tombe bien, c’est celui que j’ai pu récupérer au dépôt, il était propre et sentait bon.

Par rapport au 2.0 HDI 180 avec lequel j’ai déjà roulé, la puissance est un peu plus haut dans les tours (150 ch à 4000 vs 177 ch à 3750 tr/mn) et le couple est un poil inférieur (370 Nm au lieu de 400 Nm, tous deux à 2000 tr/mn). Par contre, c’est vrai qu’il est un peu moins nerveux (0 à 100 en 11,7 s au lieu de 10,5 ; 400 m DA en 18,1 au lieu de 17,6 secondes) mais l’essentiel est que malgré le différentiel de puissance, la vitesse maxi est limitée dans les deux cas à 170 km/h. Ça, c’est de l’argument qui va me sauver la vie : car sinon, je suis sur qu’Eddy se serait impatienté et m’aurait défoncé le crâne à coup d’attaché case. C’est un sanguin ce mec, ça se sent.

Et puis au cas où on voudrait l’attaquer, genre attentat du Petit Clamart, je sais que j’ai misé sur le bon cheval. Malgré ses 1630 kilos, la direction du Space Tourer est précise, il prend moins de roulis que les camionnettes qui lui font office de concurrence et son comportement routier est carrément au-dessus du lot.

Et souple avec ça

Mais vous me connaissez. Les excès de vitesse, c’est pas mon truc. La preuve : chez moi, j’ai deux poissons rouge dans un bocal. J’ai appelé le premier Chantal. Le second, c’est Perruche. Du coup, j’y vais cool. Ça permet à Eddy de faire connaissance avec mon ersatz de Mercos, façon bleu-blanc-rouge.

Assez impressionnant dans sa présentation, ce Space Tourer ! La première impression est celle d’un utilitaire un peu habillé mais on se rend vite compte que c’est bien plus que cela. Ce gros cube à la couleur sobre cache son jeu. Il le cache avec ses vitres teintées à l’arrière, avec son aspect presque banal et pourtant on sent le trait précis et le design aussi discret qu’il soit n’a pas été laissé au hasard. Discret mais gratifiant, encore plus dans cette déclinaison 6 places avec 4 sièges individuels (une 7 places existe, avec une banquette en rang trois, mais c’est moins classe). Par contre, dans ce châssis M (ça va de S à XL), on cherche un peu la place pour les bagages. Entre le rang 3 et le hayon, entre le rang 1 et 2, on arrive finalement à caser pas mal de bagages cabines. Mais bon, pour un déménagement, prenez autre chose.

En tous cas, moi, je suis content. Je vous l’ai dit au départ, c’est un cube. Et le gros avantage du cube c’est que l’on en comprend vite les dimensions, parce que moi j’ai pas l’intelligence d’un Premier Ministre et il me faut du concret. Du coup une fois grimpé (et le mot est juste) dans le poste de pilotage, on constate la très bonne visibilité que l’on a sur le véhicule. Seule la longueur pourrait être gênante mais les grands rétroviseurs permettent de rapidement voir si l’on ne frotte une des belles jantes. La caméra de recul permet de générer une vue de haut donnant une meilleure maîtrise de son environnement. Il est important de noter que cette vue n’est générée que par la caméra et le radar de recul, de fait il faut avoir reculé un peu pour composer l’image. Le poste de pilotage, très proche de celui de n’importe quelle voiture est simple à utiliser et les commandes (son, clim etc…) à portée de main.

Du coup, même si en cette heure matinale les rues du 8ème arrondissement de Paris ne sont pas encore trop encombrés, je dois dire que les évolutions en ville sont bien plus simples que le gabarit du véhicule ne pourrait le faire penser. L’appréhension naturelle de ses dimensions rend les manœuvres simples et les quelques bouchons qui se tiennent entre moi et la sortie de ma petite ville de banlieue. Ronds-points, virages serrés, ralentisseurs et autres joyeusetés ne seront pas gênantes. En effet, le Space Tourer est conçu pour évoluer dans nos contrées plus qu’à Las Vegas. Du coup 1,90 m de haut pour rentrer dans les parking, 4,95 m de long (taille M – 4,95 m – basé sur la plateforme EMP2 qu’il partage avec les C4 Grand Picasso, 3008 etc…) ; porte à faux arrière réduit grâce à un empattement important permet de tourner dans un (grand) mouchoir de poche et le train avant se montre aussi souple et mobile qu’une gymnaste russe. Et c’est souple, une gymnaste russe.

Derrière, j’entends les « assistantes », un rien vexées, dire qu’elles savent aussi faire le grand écart. Je ne suis pas sûr de comprendre.

En même temps, le silence de fonctionnement est une valeur forte de cette auto. Les ingénieurs ont réussi un pari compliqué en rendant le Space Tourer discret aux oreilles de ses passagers. L’autoroute A1 qui nous attend ne fera que nous le confirmer.

Au cas où ça devrait faire semblant de bosser, entre les deux rangées de sièges se faisant face se trouve une table avec tablettes rétractables permettant à la fois de poser ce que l’on veut (des documents, une valise nucléaires, ou de manière plus pragmatique un sac de changes pour bébé). Le repliage de la table permet de faciliter la montée et descente des passagers. La commande des portes coulissantes se fait soit depuis le poste de pilotage, soit depuis les places arrière directement. On notera que celles-ci se ferment automatiquement au-delà de quelques kilomètres heures.

La boîte 6 est précise, le moteur est souple et je me traîne à 80 km/h sur une autoroute déserte. Faire le fayot, pour se faire remarquer et avoir d’autres mission : une pure stratégie. En plus, ça me permet de consommer moins de 8 l/100, ce que j’ai déjà relevé en usage peinard.

« Tu veux bien avancer un peu, minus, j’ai l’impression qu’on recule et mon temps est précieux », me grogne l’Édile en remontant ses lunettes sur son nez.

Je lui rétorque dans un accès de bravoure, que j’anticipe les prochaines limitations.

« Eh bien, vous allez bien vous faire chier. Et en plus, ça va nous rapporter ! »

Eddy part dans un rire sardonique !

24 minutes plus tard

Moteur punchy, châssis précis, pilote exquis : nous voici à Matignon.

« Combien je te dois ? » me demande l’Elu ! « 50 000, 100 000 ? ».

A l’évocation de ces chiffres, je manque de tourner de l’œil. La reconnaissance du Maître suffirait déjà à mon plaisir éternel même si, visiblement, il lui restait quelques liquidités après son retour en avion.

Si le Space Tourer débute à 36 600 €, le Business Lounge ne commence qu’à partir de 48 450 €, mais il est bien équipé avec l’intérieur cuir et des peintures sobres. Et comme disait François H. : « c’est pas cher, c’est l’Etat qui paie ! »

Photos : Benoît Meulin (www.bluedoordprod.fr)