Mercredi dernier avait lieu le concert des Black Keys au Zénith de Paris. J’y étais. Mais vous vous en fichez. En revanche, je m’y suis rendu en Citroën C-Zero. Certes, vous vous en fichez également dans la mesure où vous vous garderez bien de l’acheter. Mais cela reste une bonne occasion de vous donner mes impressions sur la voiture. Autant que vous sachiez ce que vous allez manquer en gardant vos 30k€ pour des choses plus raisonnables (tour du monde, rénovation de votre maison, addiction au crack ou achat d’une vraie voiture).

  • Présentation

C-Zero est autant un pur produit Citroën que l’iOn est une authentique Peugeot… Bref, il s’agit simplement d’un badge engineering, en l’occurrence, une Mitsubishi i-MiEV sur laquelle sont venus se greffer quelques doubles chevrons ça et là histoire de se donner bonne conscience. Une Mitsubishi voulant se faire passer à peu de frais pour une Citroën ? Et pourquoi pas une Toyota se prenant pour une Aston Martin tant que nous y sommes ? Trêve de sarcasme, C-Zero est essentiellement là pour que Citroën puisse occuper le terrain des VE à peu de frais, remporter quelques appels d’offres et participer au bullshitting vert qui séduit tant la bien pensance. On notera au passage qu’il s’agit de la première propulsion de la marque française depuis… 1934 et l’avènement de la Traction. C’est le produit du futur, vous dit-on. Le futur a par ailleurs un prix : 29 500€, hors bonus écologique de 5 000€. A noter que le prix a baissé de 5 850€ par rapport à 2011. Qui ose encore parler d’inflation ? La dotation de série se contente d’afficher l’ESP, les 4 vitres électriques, la radio, les jantes en alliage et la clim. Pas d’options au catalogue. La voiture se destine surtout aux flottes d’entreprise et d’autopartage, après tout.

 

  • A bord

C-Zero est une propulsion à moteur en position arrière. Comme une Škoda 105 ou une Porsche 911. Cette architecture rapproche le véhicule d’une sorte de Smart sur laquelle une seconde rangée de sièges aurait trouvé la place. Le rapport encombrement / habitabilité se montre intéressant si l’on considère la longueur assez contenue de la voiture (3,40 m en bonne Kei car). La largeur, en revanche, dénote fortement par rapport aux standards européens : 1,48 m. C’est 15 centimètres de moins qu’une C1, à peine plus longue. Dans la mesure où il n’y a que 4 places, ce n’est pas vraiment un handicap. La C-Zero ménage enfin une bonne garde au toit du haut de ses 1,60 m. Globalement, l’esthétique est assez plaisante à défaut d’être qualitative. Mais arrive le moment fatidique où vous ouvrez les portes et prenez place à bord.


Commençons par les sièges qui ne sont manifestement pas dessinés dans l’optique d’être utilisés par des humains : dossier court, assise plate, manque de soutien aux cuisses ou de support latéral. Les passagers arrière quant à eux pourront maudire la personne qui a décidé de la curieuse inclinaison du dossier de banquette ou de l’éloignement des appuie-têtes. Vous profiterez également d’une platine d’HVAC peu intuitive, des commandes de rétroviseurs (rabattables électriquement) logées à un emplacement où Renault mettrait un commutateur de régulateur de vitesse i.e. mal placées. Enfin, les accoudoirs avant sont situés bien trop en avant dans la contreporte, en dépit de ma taille napoléonienne. La qualité perçue quant à elle est digne d’une Kei car : peu flatteuse et sans rapport aucun avec le prohibitif tarif de la C-Zero. Terminons toutefois par le point positif : la position de conduite fort agréable, notamment en ville.

 

  • Conduite


La prise en main fut brève : 30 kilomètres dont 15 au volant sur un trajet purement urbain (du Zénith à la Porte de Saint Cloud en passant dans la Capitale). Inutile de me demander ce que vaut le véhicule sorti de la ville. Autonomie annoncée au départ : 100 km. Autonomie annoncée à l’arrivée : 70 km. La jauge était donc précise… Et effrayante : le fait d’engager le compresseur de clim faisait perdre une vingtaine de kilomètres tandis que le chauffage me faisait chuter de 90 à 55 km en prévisionnel. La clémence des cieux aidant, je n’ai eu recours ni à la clim ni au chauffage, ni à la marche à pieds. A titre informatif, l’autonomie annoncée par le constructeur est 160 km (Fluence ZE est annoncée pour 180 km). Tablez donc sur une valeur inférieure à l’usage. La charge complète des batteries lithium-ion est réalisée en 6 heures et le véhicule est compatible avec la charge rapide, pour peu que vous trouviez une installation qui le fasse.


Les performances m’ont un peu laissé sur ma faim : la voiture n’est pas aussi frappante que Fluence ZE dont les accélérations m’avaient agréablement surpris. Dans les faits, C-Zero est bien plus véloce que la plupart des voitures thermiques que vous croiserez. Son moteur de 64 ch pour 180 Nm de couple s’est même permis de tenir la dragée haute à une Carrera 4S un peu joueuse… Mais pas trop longtemps : le feu suivant étant heureusement rouge, sans quoi la 911 serait loin devant. C-Zero profite de la récupération d’énergie à la décélération et également au freinage (cette dernière prestation manquait aux Fluence et Kangoo électriques). Enfin, la voiture rampe lorsqu’elle est sur Drive. Le tout se fait naturellement sans la moindre vibration, sans bruit mécanique : fort relaxant. L’instrumentation, quant à elle vous indique la consommation ou récupération d’énergie par une jauge. C-Zero se montre finalement agréable pour les trajets urbains au quotidien et s’affranchit de l’inertie qui caractérise bien des voitures thermiques. Passé l’amusement de conduire une voiture que je n’ai pas payée et pendant une brève durée, j’imagine que je me mettrai à maudire la voiture pour l’ensemble de ses défauts. Dont l’absence de toit ouvrant. On ne se refait pas.

 

  • Bonne conscience ?


Le côté écologique prôné par la voiture me laisse plus que dubitatif : certes, vous ne consommez pas d’essence, certes vous dîtes を紹介します aux membres de l’OPEP mais ça s’arrête là (même si ça fait du bien). C-Zero est produite à Mizushima au Japon. Elle va passer 5 semaines sur un bateau avant d’être déchargée à Zeebrugge pour rejoindre un camion qui l’emmènera jusqu’à un parc de stockage avant qu’un autre camion ne la conduise chez votre concessionnaire préféré. Pour la fibre patriotique française et la supply chain verte, nous repasserons. Enfin, l’électricité nécessaire à la charge ne sera pas forcément décarbonée, en particulier dans certains pays d’Europe.

 

  • Conclusion

Outre le fait que je ne suis pas spécialement doué pour les clichés de nuit, je dois avouer que C-Zero est en réalité bien plus vive que mon premier ressenti le laissait entendre. Elle s’extrait sans aucune difficulté du trafic, sort en tête aussitôt le feu passé au vert et son gabarit est adapté à son terrain de jeu. Si j’ai reproché sa taille à Fluence ZE, C-Zero évite cet écueil… Mais sombre dans bien d’autres vices énoncés plus haut. Sans parler de son tarif dissuasif pour le premier particulier venu. Quant à la valeur résiduelle de la voiture, c’est un mystère. Encore une fois, cet essai de voiture électrique me conforte dans l’idée qu’une citadine électrique pourrait convenir à certains usages (dont le mien), pour peu que la voiture se donne la peine d’être aboutie et abordable. Renault y parviendra-t-il avec Zoé ? Toyota apportera-t-il une meilleure réponse avec la Yaris HSD (hybride) ? Quoi qu’il en soit, débrouillez-vous pour participer au réchauffement climatique d’une manière ou d’une autre, le recours au chauffage faisant dramatiquement chuter l’autonomie des VE.