C’est l’une des nouveautés les plus attendues cette année sur le marché automobile, c’est aussi l’une de celles qui interrogent le plus par son positionnement produit et son apparence : découvrons donc de plus près de la C4 Cactus. Et rassurez-vous, qui s’y frotte ne s’y pique pas !

 Nous avions été présents lors de la conférence « New World New Ideas » qui intronisait au Bourget la C4 Cactus, et nous avions pu y rencontrer le Chef de produit Henri Gardes ; plus récemment, c’est Philippe qui a croisé sur la route d’un essai un exemplaire de roulage de la voiture, roulage interne qui se déroule jusqu’à l’été afin de vérifier que le véhicule correspond bien aux exigences requises et pour déceler d’éventuels défauts à corriger avant lancement. En marge d’un autre événement (Innovation Day – sensation & bien-être dont nous reparlerons sous peu), nous avons pu prendre un peu de temps pour découvrir en détails le Crossover Citroën censé incarner le nouveau positionnement produit de la Marque.

Une voiture de designer…

Pour Anne Ruthmann, la Chef de projet Citroën C4 Cactus, « cette voiture incarne le bien-être, le ‘feel good’, avec un style sympa et non agressif fait de surfaces lisses et pures, ainsi que d’éléments graphiques forts comme les ‘Airbump’ et les barres de toit ». En effet, de prime abord, on a du mal à classer la C4 Cactus : l’absence de calandre déroute, les optiques tranchantes à DELs s’intègrent dans un volume aux angles très arrondis, et les protections en carré qui évoquent la C3 Picasso -et c’est logique puisque c’est le même designer qui l’a chapeautée- n’inspirent aucune attitude belliqueuse. La C4 Cactus joue à fond sur le côté protecteur, une carte intéressante pour qui veut s’attaquer à un marché que plébiscitent les familles détournées des monospaces compacts ordinaires.

Mais plus qu’un simple vernis esthétique, la C4 Cactus est fondamentalement une voiture de designer : ce sont eux, notamment Cathal Loughnane, qui ont proposé à Jean-Pierre Ploué le concept Cactus présenté en 2007 ; ce sont les mêmes qui ont ensuite piloté les premières études de faisabilité, et qui ont proposé les airbump qui vont à rebours de la tendance actuelle qui refuse toutes protections visibles de la carrosserie. A tel point que la Chef de projet considère que « la raison d’être du C4 Cactus, c’est le design, car la philosophie de cette voiture est d’avoir un style fort, une identité, qui s’accorde avec sa fonction et son usage ». C’est pourquoi, en fin de cet article, vous retrouverez une galerie exhaustive des sketchs intérieurs et extérieurs du projet E3, ainsi que des maquettes grandeur nature présentées à la Ferté-Vidame.

…mais aussi d’ingénieur

Le qualificatif de « voiture d’ingénieur » qui a été collé à nombre de voitures (de la DS à la Honda Legend en passant par l’Audi Quattro) n’a pas toujours été valorisant : il semblait au contraire désigner un large fossé opposant la scientificité du produit et la banalité d’utilisation faite par ses possesseurs. Sans tomber dans cet écueil, la C4 Cactus n’en reste pas moins un véhicule pour lequel PSA, premier déposant français de brevets, a su innover : « dix brevets ont été déposés pour les airbump, qui vont de la matière plastique utilisée qui doit tenir dans le temps aux process d’assemblage de la pièce sur la carrosserie ». C’est promis, ils ne devraient pas blanchir, contrairement à la vieillissante apparence de certains pare-chocs autrefois noirs et devenus gris à la lumière de la lune et sous les intempéries !

Ces airbump, élément stylistique fort, pourront servir de support publicitaire -des études de faisabilité en ce sens sont en cours. Pour l’heure, ils sont de 4 couleurs différentes (sable, noir, chocolat et anthracite) pour un total de 21 combinaisons de carrosseries différentes (tous les airbumps ne sont pas disponibles selon les teintes de caisse). Sur nos photos, c’est une teinte Hello Yellow avec Airbump noirs. Concrètement, il s’agit de deux peaux plastiques assemblées l’une sur l’autre, et qui encapsulent entre elles des coussinets d’air pour amortir les chocs. On espère qu’ils ne seront pas aussi vulnérables que du papier bulle.

Autre détail innovant, les essuie-glaces pour lesquels le liquide de nettoyage est déposé directement sur la raclette par capillarité : baptisés « magic wash », ces balais devraient permettre de consommer jusqu’à deux fois moins de lave-glace, ce qui permet au passage de réduire la taille du réservoir de moitié sous le capot ; avantage collatéral, la disparition des gicleurs, peu esthétiques et surtout sujets au gel l’hiver.

On remarquera enfin de nouvelles formes de rétroviseurs : ce sont ceux du duo 301/C-Elysée, mais c’est la première fois qu’ils sont utilisés sur un modèle destiné à l’Europe occidentale.

A l’intérieur

L’intérieur du C4 Cactus peut dérouter : adieu les sièges séparés, bonjour une banquette avec accoudoir intégré, corrélée à l’interface de la boîte de vitesse pilotée ETG simplifiée au maximum par l’ « easypush » D-N-R (Drive-Neutral-Rear, avance-point mort-arrière). Citroën veut ainsi rapprocher les occupants de la voiture, une initiative qui rompt avec certains crossover qui au contraire séparent au moyen d’un épais tunnel central leurs passagers. La voiture se veut accessible à tous sans difficulté : écran tactile plus intuitif pour les commandes de climatisation ou de l’ordinateur ; prises USB en façade avec rangement pour smartphone ; planche de bord fine et basse avec un grand rangement supérieur telle une malle. Pour arriver à ce résultat, il fallut déplacer l’airbag passager et l’installer sur le pavillon.

Le C4 Cactus est équipé en option du toit vitré « Cielo », un pavillon athermique qui, promet-on, bloque les rayons UV tout en permettant à l’intérieur d’être chaleureux. A cela, deux avantages : on se passe de rideau occulteur, et on réduit les écarts thermiques donc l’usage de la climatisation à bord. Pour autant, la-dite climatisation n’a pas été sous-dimensionnée dans la mesure où ce toit vitré n’est qu’une option. Les vitres arrières ne sont disponibles qu’avec une ouverture à compas, ce qui permet d’économiser sur le poids de la portière (11 kg) et d’y intégrer un petit rangement. L’espace intérieur n’est pas véritablement plus spacieux que chez ses concurrents Renault Captur et Peugeot 2008 : 65 cm seulement pour les jambes contre 70 pour un Captur ; 89 cm de garde-au-toit contre 93 dans un 2008 ; il n’y a que la largeur qui est meilleure d’un centimètre sur le Cactus (140 cm).

Un positionnement différent ?

On l’aura suffisamment lu, entendu et dit : la C4 Cactus est une voiture « essentielle ». Ce terme recouvre diverses réalités : celles de prestations d’un segment C (Cactus partage l’empattement de la C4 à 2,60 m) mais tarification de segment B/B2 ; arborescence de gamme simple (quatre niveaux: Start/Live/Feel/Shine) mais où l’on peut équiper d’options son véhicule même s’il n’est pas haut-de-gamme (la sellerie cuir est ainsi optionnelle sur les Feel et Shine) ; la personnalisation du véhicule pour que le client « crée » le sien passe par les airbump et l’intérieur à trois univers différents (gris de série, ou purple et chocolat optionnels, ce dernier avec des sangles sur la boîte à gants) ; la masse totale est réduite (un poids de 965 kg soit 200 de moins qu’ordinairement) et certains équipements abandonnés (vitres arrières, banquette d’un seul tenant… sur laquelle pourrait revenir le constructeur fin 2015 avec du classique 2/3-1/3). Alors oui, la C4 Cactus détonnera dans le paysage automobile, il surprendra… mais il lui faudra aussi convaincre que ses choix correspondent à une attente réelle du public.

En effet, deux tendances de fond s’observent dans l’automobile : le recours au low cost, et cette C4 Cactus se défend d’en être ; le choix du premium et des finitions hautes, quitte à descendre en gamme (d’où l’abandon des berlines et grands monospaces vers des compactes et petits crossovers fortement équipés). La C4 Cactus se situe à la croisée des chemins : elle propose de la personnalisation avec des équipements originaux et modernes (écran tactile, boîte pilotée) contre un tarif voulu attractif (13 950 € en entrée de gamme). Or ce premier prix d’appel ne doit pas faire oublier que les tarifs de milieu et haut de gamme sont, à quelques dizaines d’euros près et généralement en la défaveur du Cactus, les mêmes que ceux de ses concurrents directs ! Ainsi, un C4 Cactus Shine e-HDi 92 avec toit vitré coûtera 23 600 € contre 23 530 € à son cousin 2008 à équipement équivalent, et 24 400 € pour un Captur dCi 90 EDC avec R-Link.

Qu’en conclure ?

« Comme la C4 Cactus ne remplace aucun véhicule pré-existant, on pouvait partir d’une feuille blanche. » C’est une évidence que rappelle la Chef de projet Me. Ruthmann, et il fait bon voir que l’on peut proposer quelque chose de différent sur le marché automobile aujourd’hui, ne serait-ce que pour se distinguer de la masse. Alors oui, la C4 Cactus a une allure de crossover comme 20 % des ventes du marché européen en 2013 ; oui elle a un format compact, comme près de 60 % des ventes du marché français ; mais elle propose aussi quelques innovations dignes d’intérêt et sa masse réduite pourrait lui octroyer un comportement très dynamique (digne de la BX, espère sûrement Eric!), à vérifier lors des essais.

On remarquera que plus que jamais le marketing de Citroën affectionne les anglicismes : airbump, easypush, magic wash… et encore, on a évité un patronyme anglais avec le très français « cactus » quand d’autres modèles s’appellent « aircross » ou « cross tourer« . Mais les contorsions commerciales ont malgré tout poussé vers un positionnement original (véhicule innovant, accessible en entrée de gamme, valorisant et personnalisable en milieu et haut de gamme), peut-être moins « essentiel » qu’attendu, mais en tout cas à la marge de ce que font les autres constructeurs. On distingue bien là le nouveau positionnement des Chevrons (désormais noirs cerclés de chrome), face à un Peugeot plus classique et mainstream, pour une consommation plus raisonnée et raisonnable de l’automobile. A voir si l’originalité prime encore dans un marché et une société qui ne sont peut-être qu’en apparence rétifs à la différence et à la marginalité.

Bonus

Voici pour finir cet article des sketchs et ébauches du design du C4 Cactus, du concept à la série, ainsi que des maquettes, glanés ça et là grâce à Internet.

Crédit photographique : François Mortier pour BlogAutomobile.fr, Motorionline, WorldScoop, Trenline, et Google Images