Effeffe Berlinetta - 07

Tiens, encore du backdating, retrodesign ? En effet, on continue la série et cette fois-ci direction l’Italie pour découvrir la Effeffe Berlinetta.

Commençons par dissiper les doutes quant au drôle de patronyme de cette voiture. Non, il ne s’agit pas d’une Ferrari FF ou Effeffe. Non, pas de défaut de prononciation en voulant nommer une Alfa Giulietta SS ou une Jaguar XK SS. Le nom de la Effeffe provient plus simplement des ses fondateurs, les frères Frigorio, avec un F, ou plutôt deux, pour Fratelli Frigorio : les frères Frigorio. Anciens pilotes de course (ils écumèrent tous les circuits européens sur tous les modèles sportifs ayant existé chez Alfa Romeo), ils auraient pu passer leur retraite assis sur un banc en sirotant une grappa et en regardant les belle ragazze passer en robe légère (heu… je m’égare). Mais non, ils ont préféré continuer à vivre leur passion et ont eu l’idée un peu folle de vouloir construire leur voiture à eux, sublimée, fantasmée.

Le résultat, vous l’avez sous les yeux. Comme c’était le cas avec l’Equus Bass 770, il ne s’agit pas d’une réplique de modèle existant mais d’un assemblage hétéroclite de plusieurs influences. Pèle-mêle on peut y retrouver un profil quelque peu raccourci de Ferrari 250 GT Berlinetta châssis court, une calandre rappelant des Maserati 300 S de compétition, un petit je-ne-sais-quoi d’Alfa Romeo TZ2 dont notamment un toit en double bulle très Zagato.

Effeffe Berlinetta - 01

Bref, un joli melting pot. C’est plutôt réussi et pourrait parfaitement dater des années 60 sans qu’on y trouve à redire. Manque d’originalité, d’inspiration ou hommage appuyé. A vous de voir, mais ça reste assez harmonieux, et construit à la main tout en aluminium, ce qui est bien. Et posé sur des roues fil Borrani, bien sûr, ce qui est encore mieux !

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Pour ce qui est du châssis, les frangins Frigorio ont fait plutôt fort : un châssis tubulaire réalisé sur mesure en tube d’acier soudés, à l’ancienne là aussi. Roues avant indépendantes, roues arrières sur essieu rigide avec parallélogramme de Watt. Mais le plus fort reste quand même le moteur : un beau 4 cylindres double arbres bialbero Alfa Romeo, transplanté d’une Alfa 2000 donneuse d’organes, encore équipé de ses deux poumons carburateurs Weber. Développant environ 180 ch, ce beau petit bloc ne devrait avoir aucun mal à emmener la Berlinetta à vive allure, car elle pèse à peine 790 kg. La magie de l’aluminium et également un très fort dépouillement de l’habitacle. En effet, nul airbag, pas de climatisation, de radio ou autre gadget. Rien. Juste deux baquets en cuir, un petit volant Nardi et des compteurs Jaeger. Mais si vous préférez, il est aussi possible de faire équiper votre Berlinetta avec une clim’ ou même un chauffage, chaque voiture étant construite sur mesure suivant les demandes des clients. Je ne sais pas vous, mais je sens déjà la gomme brûlée et l’odeur d’huile.

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La Effeffe Berlinetta a d’abord été présentée il y a deux ans au Concours d’Elegance de la Villa d’Este avant de se faire plus discrète. On les pensait disparus, mais non, les voici pour nous présenter la version finale cette semaine dans le cadre du salon Top Marques Monaco, qui rassemble plusieurs artisans plus ou moins fantaisistes et sérieux. Effeffe prévoit par ailleurs des développements moteur avec des version plus poussées : V6, 4 cylindres Twin Spark, etc. On reste chez Alfa, bien sûr.

Tout n’est pas rose dans ce monde, car il faut aussi passer à la caisse. Et là, ça va faire hélas très mal. Le prix de l’exclusivité, du fait main et du dépouillement : environ 250 000 €. C’est horriblement cher, et il existe une multitude d’alternatives crédibles et autrement plus prestigieuses en voiture de collection pour ce prix, voire beaucoup moins. Allez, au hasard une vraie Giulietta SS est côté 130 000 € et une Porsche 911 S 2.4 se négocie environ 200 000€ . Et je ne parle même pas d’une sportive moderne, le créneau n’étant à mon avis pas le même du tout. Du coup, l’avenir commercial de cette jolie Berlinetta me semble hélas très restreint. Pas une vraie voiture de collection à pédigrée, et pas non plus une ancienne « modernisée » et fiabilisée comme les E-Type de chez Eagle. Elle a au moins le mérite de pousser la passion automobile des ses concepteurs jusqu’au bout, et c’est ça le plus important non ?

Crédits photos : Effeffe Cars

NDLA : il est bien difficile de trouver des photos de la Berlinetta sans demoiselle posant devant, dedans ou dessus. Veuillez m’en excuser.