Essai planifié dans deux semaines, la météo s’annonce bonne pour un mois d’avril, ce sera parfait. A l’approche de la date fatidique, je vérifie frénétiquement : c’est une catastrophe. Il fait beau le jour d’avant, il fait beau le jour d’après. Mais LE jour de l’essai du cabriolet, il pleut ! Tant pis, j’y vais quand même, une Aston Martin ça ne se refuse pas !

Si vous êtes fidèle lecteur de ce succulent blog (et je ne peux imaginer qu’il en soit autrement), souvenez vous de l’été dernier lorsque j’avais pris le volant d’une DB11 AMR et, ce faisant, les rênes de plus de 600 ch. Expérience enrichissante et un peu intimidante : la bête était large et lourde, puissante, racée. Pour tout vous dire, je roulais sur des œufs (façon de parler, essayez donc un peu pour voir). Visiblement, la thérapie a porté ses fruits car me voici encore une fois au volant d’une DB11, mais radicalement différente.

Cette différence tient en un seul mot : Volante. Cette dénomination désigne chez Aston les versions décapotables depuis la DB6 (sauf la Vantage, baptisée Roadster). Evidemment, pour une personne peu au fait de la chose automobile, conduire une Aston Martin Volante, c’est la porte ouverte à toutes les illusions. Ma fille croyait ainsi que “papa va conduire une voiture qui vole, si si !”.

Hélas ici, nul besoin de posséder une licence de pilote, car la DB11 Volante est mue par un V8 4 litres biturbo de 503 ch d’origine AMG, celui qui anime notamment les AMG GT. Ouille, un moteur AMG dans une Aston ? Oui, c’est peut être choquant, mais n’oubliez pas qu’Aston Martin revient de loin financièrement et que l’argent manquait cruellement pour certains développements tels que les motorisations “basses” et les systèmes embarqués (ceux qui ont approché un GPS de DB9 sauront de quoi je parle, à mon avis ils ne sont pas encore arrivés à destination). Entre avoir une Aston à moteur AMG et pas d’Aston du tout, que choisissez vous ?

La perte du toit de la DB11 lui va à ravir. Si je devais choisir l’une des deux pour mon garage de rêve, ce serait d’ailleurs la Volante. Bien que de taille strictement identique au coupé, le cabriolet semble plus fin, plus élancé, presque plus féminin. Et cette croupe… Mon Dieu, que c’est bien fait ! Les hanches musculeuses s’achèvent sur les très fins feux à LED en encoche. Le couvercle de malle est parfaitement intégré, tout juste zébré d’un aileron mobile se déployant à 110 km/h.

La capote en toile multicouches ne dénature pas le profil de la DB11, et peut, moyennant une savante harmonie de couleurs, se révéler finalement assez élégante. La combinaison de “mon” exemplaire du jour (peinture Pearl Blonde et capote Atlantic Blue) est d’ailleurs très seyante.

L’habitacle ne subit quasi aucun changement par rapport au coupé. L’instrumentation est hélas toujours numérique (envolé le compte-tours à sens antihoraire), mais ça aussi, il faut s’y faire : tout le monde y est passé, au prix d’une petite perte d’âme et de charme. L’écran multimédia est directement chipé chez Mercedes, moyennant quelques adaptations graphiques.

C’est mieux, mais pas encore parfait : pas d’Apple CarPlay par exemple (mes amis me trouvent assez monomaniaque sur ce sujet, mais j’avoue que je suis accro à ce système). Outre la disparition du toit, la Volante présente deux différences avec le coupé : la possibilité de poser un filet anti-remous venant condamner les très symboliques places arrières (où je n’essaierais même pas de loger belle-maman), et un superbe habillage en bois, optionnel, pour le dos des sièges avant. C’est très joliment fait, tout comme la qualité de finition générale.

Mon photographe du jour, Ugo, est d’ailleurs tombé amoureux des pare-soleil en cuir à surpiqûres ! Les moquettes sont épaisses, le cuir doux au toucher, les plastiques de qualité. En pinaillant un peu, on pourra bien trouver quelques bricoles à lui reprocher, comme le volant plutôt quelconque, mais on se sent bien dans cette voiture, c’est aussi ça le luxe ! On s’y habitue vite.

Il est temps de démarrer le V8 qui émet un son guttural et rauque, très “Aston”, quoi que cela puisse vouloir dire. Si les V8 AMG ont une certaine réputation sonore, pas toujours très enviable, on ne peut que saluer les efforts des ingénieurs britanniques qui ont modifié la ligne d’échappement de manière assez franche : le V8 AMG ne sonne pas du tout de la même manière.

Par le plus pur des hasards (sans plaisanter, cela s’est décidé la veille), notre ami J.B. Dessort du Billet Auto nous a rejoint pour l’essai au volant d’une fringante AMG GT 4 portes bleue (que vous retrouverez également bientôt sur ce blog). Evidemment, il n’est pas question de comparer les deux voitures, qui n’ont qu’un seul point commun : le bloc moteur ! La sonorité est radicalement différente sur les deux voitures : de démonstrative sur l’Aston, elle devient nettement plus feutrée sur l’AMG, toutes les deux en mode Sport. Étonnant.

Direction La Roche Guyon pour un essai dynamique et la séance photo. Pas de pluie battante, mais un ciel tristouille et quelques gouttes. Tant pis, on décapote quand même ! Sortir de Paris se fait sans anicroche, même si je me serais senti plus bien à l’aise en Twizy, tant le gabarit très généreux de la DB11 (près de 2 mètres de large) oblige à vérifier frénétiquement les rétroviseurs à chaque passage étroit. Un bout de voie rapide et d’autoroute pour défouler un peu la cavalerie en mode Sport + : règle de passage des rapports de boîte plus nerveuse, direction et suspensions plus dures, échappement ouvert. Elle devient sportive et agressive, mais finalement peu adaptée à l’autoroute, je reviens vite au mode GT, plus calme et plus en rapport avec ce que j’estime être la philosophie de la voiture. Le moteur est souple et très réactif. Malgré la présence de deux turbos, aucun temps de latence n’est perceptible et, plus important encore, aucun sifflement de turbine ne se fait entendre. Beau boulot d’optimisation !

Je commence néanmoins à la trouver subtilement différente de la version AMR. Une virée dans les virolos et la Route des crêtes me confirme clairement la différence : plus incisive, plus facile à placer, plus agile. Je peux sauter de virage en virage en contrôlant facilement la très légère dérive du train arrière, pour la diriger pile là où je le souhaite, alors que je subissais plutôt les humeurs de la version V12. Sorcellerie ? Que nenni, juste une répartition des poids différente ! L’AMR et la Volante sont des voitures lourdes, pas loin de 2 tonnes chacune. Pas vraiment un physique de ballerine : c’est que ça pèse lourd la moquette, le bois, le cuir, le système audio Bang & Olufsen, le minibar, etc. Mais le bloc V8 est bien plus léger que le V12, soulageant ainsi le train avant d’environ 60 kg. Ces efforts sont certes réduits à néant sur la balance par les renforts de structure indispensables sur un cabriolet, mais l’essentiel est là : la version V8 est peut être bien meilleure que la V12 ! Plus facile à mener, plus vivante, moins intimidante, elle garde des performances de très très haut niveau avec un 0 à 100 officiellement abattu en 4,3 secondes (contre 4 secondes pour la V12). Seule la vitesse maximale à tout juste 300 km/h marque le pas face aux 334 km/h de la grande sœur. Sincèrement, vous pensez souvent les atteindre ?

Pour ce qui est du prestige et du regard des mes concitoyens, j’avoue que je m’attendais à quelques réflexions indélicates en ces temps de port à outrance d’accessoires vestimentaires couleur mimosa. Ce fut heureusement tout le contraire : regards admiratifs, pouce en l’air, saine curiosité, bavardage impromptu et même petite émeute en tombant sur une sortie scolaire dans le centre de La Roche Guyon (oh m’sieur, elle est à vous la voiture ? oh m’sieur, vous pouvez faire du bruit avec ?). Décidément, une Aston Martin est toujours un peu à part : l’élégance, le flegme britannique et une riche carrière cinématographique distillent un fort capital sympathie que d’autres marques tout aussi prestigieuses n’ont pas forcément.

Pour ceux qui aiment les chiffres en voici quelques uns : 12,4 et 200 000. Il s’agit du prix hors options et de la consommation moyenne de l’essai, saurez-vous les retrouver ? L’un d’entre eux est très raisonnable au vu de la puissance, mais j’ai été très sage. Quant à l’autre, il peut largement augmenter avec quelques broutilles telles que l’excellent système audio Bang & Olufsen, le parapluie dans le coffre ou un choix quasi infini de coloris, essences de bois et autres peausseries. C’est aussi ça le luxe : ne pas avoir la même que le voisin !

La DB11 Volante est d’une élégance folle, tout en étant bien plus équilibrée et facile à conduire que la version V12. Ne vous trompez pas de cible : ce n’est pas une sportive, mais bien une GT apte aux longs voyages, même si la capote entame quelque peu le volume du coffre. Tenez, elle dispose même de fixations Isofix pour sièges enfant ! Si ce n’est pas ça la polyvalence, ça y ressemble beaucoup.

Je remercie vivement Aston Martin Lagonda et Aston Martin Paris pour le prêt et leur confiance renouvelée.

Crédits photo : Ugo Missana, Pierre Clémence