Mercredi 19, 12h, aéroport Roissy Charles de Gaulle : décollage imminent pour Turin, où nous attend la 500X. Une voiture que Fabio di Muro (responsable technique 500X) va nous présenter comme « la meilleure Fiat jamais produite ». Pour en avoir le cœur net, nous avons emmené la dernière réalisation de la firme italienne du côté de Balocco.
C’est parti pour un développement en trois parties avec conclusion, afin de vous exprimer au mieux nos ressentis

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La 500X, c’est quoi ?

La 500 4×4 me direz-vous. Ou la 500 crossover pour parler comme au 21e siècle. Mais pour les hommes et les femmes du marketing de Fiat, la 500X, c’est un peu plus que ça.
C’est une voiture qui a en elle toute la force du RGB. RGB comme Red, Green, Blue. A chaque couleur, sa signification : le rouge représente l’héritage (ne me demandez pas pourquoi), l’héritage de la 500 originelle de 1957. Ensuite, le style, le design est évoqué par la couleur verte. Enfin, nous avons le bleu pour la « substance », car la 500X, en plus d’être « la seule proposition de sa catégorie à avoir une véritable ADN », est une « vraie voiture », technologique, bien motorisée, et de qualité.

Pour grossir le trait, la 500X, ce serait donc un peu la femme idéale : un physique avantageux, avec une tête bien pleine et des valeurs. Des qualités qui devraient lui permettre de toucher une clientèle relativement large, et de mettre « tout le monde d’accord » à la différence des 500 et 500L, qui s’adressent à des publics plus restreints. Car Fiat ne s’en cache pas : avec la 500X, la firme vise l’international, si bien que l’auto sera commercialisée dans une centaine de pays dès l’année prochaine.
En attendant, la phase de lancement est sur le point de débuter : 74 villes européennes auront l’honneur de recevoir le « petit » (oui, entre guillemets) crossover pour des présentations très select chez certains concessionnaires ces prochaines semaines. De quoi assoir l’arrivée de ce nouveau modèle qui, Fiat nous le promet, propose le même équipement que les modèles premiums (pour ne pas dire Countryman), mais avec un prix à mi-chemin entre le généraliste et le premium (voir les tarifs plus loin).

Ça, c’était pour le discours marketing. Une fois ces bases posées, nous allons dorénavant les confronter avec nos impressions.

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La grenouille qui se veut plus grosse que le bœuf

C’était le fer de lance de la conférence de presse qui a précédé les essais : la 500X, c’est une 500. Et qui dit 500 dit avant tout un style. Sur ce point, tout est fait sur la 500X pour rappeler la célèbre citadine.
Commençons par l’extérieur : on retrouve tout d’abord le nez « trapézoïdal » de la 500, et toujours la même disposition des phares, dont la forme est cependant moins ronde. Au rayon des rappels, le hayon incliné et les feux arrière renvoient eux aussi à la 500 classique. S’agissant des feux, s’ils m’évoquaient ceux de la dernière Mini sur les photos, cette impression s’est dissipée en vrai.
D’ailleurs, la recette marche : la 500X fait 500 esthétiquement, et le style semblait convaincre la grande majorité des journalistes et blogueurs présents à Turin. Il faut dire que Fiat avait mis les formes : deux couleurs de lancement réussies, dont le magnifique rouge amore étaient là pour mettre en avant les lignes de la 500X. Les grosses jantes de 17 et 18 pouces qui chaussaient les modèles d’essais répondaient également à l’appel.

Et comme pour satisfaire tout le monde, la 500X joue les docteur Jekyll et mister Hyde, en se déclinant en deux versions aux personnalités différentes, dénommées Cross et Lounge. La Cross, c’est celle qui fait 4×4 (d’ailleurs, elle ne fait pas que, puisqu’elle dispose de quatre roues motrices) : boucliers proéminents, élargisseurs d’ailes et garde au sol surrélevée sont de mise. Sa sœur Lounge est plus civilisée : les protections en plastique noir disparaissent quasiment totalement, la hauteur est abaissée. Plus timide, mais pas moins sympathique : c’est purement subjectif, mais je reconnais avoir une préférence pour l’esthétique de la version Lounge.

Seulement voilà : la 500X présente relativement bien, mais mérite-t-elle encore de s’appeler 500 ? Si extérieurement, tout est fait pour évoquer la 500, la base technique, elle, est celle de la Jeep Renegade. Mais surtout, la voiture mesure 4 mètres 24 de long (et même 4 mètres 27 en version Cross), soit plus que les autres crossovers citadins du marché (et notamment les 4 mètres 10 du Mini Countryman), la taille d’une Volkswagen Golf et…70 centimètres de plus que la 500 berline.
Si bien qu’à l’intérieur… on a de la place ! Une fois n’est pas coutume, je me suis d’abord assis à l’arrière du véhicule pour prendre en photo la planche de bord : l’espace aux jambes est bon, je casais mon mètre 83 sans problème avec un siège avant réglé pour un conducteur légèrement plus petit, et la garde au toit suffisante. On regrettera cependant la fermeté excessive de la banquette (sensation accentuée avec les sièges en cuir), et son manque de largeur (il semblait bien difficile d’installer confortablement 3 adultes à l’arrière).

Passons à l’avant, puisqu’il était question de la planche de bord : celle-ci reprend l’agencement de celle de la 500, avec toujours ce bandeau personnalisable, qui peut être couleur carrosserie, ou bien d’un revêtement à l’effet granulé sur les versions Cross. C’est joli. Et plutôt bien fini : plastiques bien moussés, commodos agréables au toucher… on trouve toujours des matériaux moins nobles lorsque l’on se concentre sur le bas de la planche de bord, mais les assemblages sont tout à fait corrects. Pour ne rien gâcher, l’habitacle dispose de rangements intéressants, notamment dans les contre-portes, et une double boîte-à-gant (une intégrée « sous » le bandeau personnalisable monogrammé 500, et la boîte-à-gant classique plus bas), qui compense la faible profondeur de celle du bas. On aurait cependant aimé voir des tiroirs sous les sièges, et des contre-portes à l’aspect moins « cheap« .

Globalement, le charme opère : la Fiat 500X séduit. Reste à voir à présent ce qu’elle vaut sur la route. Les chaussées sinueuses de la région de Turin nous tendent les bras.

Neuf rapports…mais n’est-ce pas trop ?

Je vais vous laisser sur cette interrogation quelques instants. Avant de s’attarder sur la boîte automatique ZF à neuf rapports, c’est le moteur 1.4 Multiair essence de 140 ch et sa boîte manuelle 6 vitesses qui vont nous intéresser, puisque c’est dans cette version que nous avons d’abord essayé la 500X. En finition Lounge, deux roues motrices.
Bien installé dans le siège conducteur, qui propose un très bon maintien, il est temps de démarrer. Sans clé, bien évidemment. Le pied sur la pédale de frein, une faible pression sur le bouton « Stop/Start » et c’est parti. Le temps de s’insérer dans le chaos de la circulation turinoise, on s’habitue très rapidement à la douceur de la pédale d’embrayage, et au levier de vitesse, aux débattements certes un peu longs, mais qui tombe sous la main, une fois le bras calé sur l’accoudoir. On se fait moins cependant à la pédale d’accélérateur, qui donne une désagréable sensation de lourdeur, qui oblige à appuyer dessus fermement. Pourtant, la 500X n’est pas si lourde que ça : avec cette motorisation sans-plomb 140 ch, l’auto pèse 1.320 kilos.

Allez, on quitte Turin (et les turinois !), et on s’échappe sur les grandes routes. L’occasion de profiter du confort de roulement de la 500X : là, la pédale d’accélérateur ne pose plus problème. Douceur et « pépère » sont deux mots qui vont bien au dernier crossover Fiat. Les suspensions filtrent parfaitement les irrégularités de la chaussée. De quoi nous donner envie d’aller faire un tour dans un petit chemin, même si notre modèle d’essai ne dispose que de deux roues motrices. Et ça, on va vite s’en rendre compte : si la Fiat 500X profite d’un sélecteur baptisé « Fiat Mood Selector« , avec trois modes au choix Auto, Sport et Offroad, ne comptez pas sur ce dernier pour vous sortir des situations difficiles : en voulant faire demi-tour, dans une descente plutôt gadoueuse, on a bien failli rester plantés là, même en enclenchant le mode « Offroad ». Nous avons finalement réussi à nous extirper en jouant de l’embrayage, mais seulement au bout d’une bonne trentaine de secondes, avec une seule pensée en tête : plus jamais ça.
La 500X Lounge n’est donc pas un 4×4, comme la plupart des propositions de la catégorie à vrai dire. L’intérêt du Fiat Mood Selector est ailleurs, et réside dans le mode Sport. Avoir un mode Sport sur une telle voiture, qui incite plutôt à une conduite « cool » m’a fait sourire. Je n’aurais pas dû. Le comportement de l’auto est sensiblement changé. Le bruit, surtout : dès que l’on monte dans les tours, les échappements se libèrent, et donnent l’impression de conduire une voiture de sport. Jouissif ! D’autant que la direction est raffermie, et la pédale d’accélérateur plus ferme. Sur les petites routes sinueuses, c’était très sympa, on se prenait vite au jeu.

Une escapade « sportive » (le terme « dynamique » serait plus adapté), qui met en exergue l’excellente tenue de route de la 500X, mais également la trop grosse largeur de la jante du volant, mais aussi la direction, trop directe : si celle-ci est parfaite en ville, elle oblige à exercer des micro-corrections sur nationales.
Mais pas de quoi entacher le bilan routier de ce 500X 1.4 Multiair 140 ch, qui s’avère relativement bon. Du côté des consommations, c’est un petit peu moins gratifiant : notre modèle d’essai était annoncé pour des rejets de CO2 s’élevant à 139 grammes, et des consommations urbaine, extra-urbaine et mixte de respectivement 7,8, 5 et 6 litres/100 km. En réalité, la conso moyenne est plus élevée : sur notre parcours, composé de ville, nationales et routes sinueuses, elle s’affichait à… 9,5 litres. Mais à notre charge, nous avons usé et abusé du mode Sport. Dans les faits, on peut tabler sur une conso moyenne de 7,5-8 litres/100 km.

Changeons d’univers à présent : fini, la transmission 2 roues motrices, on passe à la version 4×4. Et adieu l’essence, bonjour le diesel : l’occasion d’enfin aborder le cas de la boîte automatique ZF à 9 rapports avec palettes au volant, puisqu’elle est couplée d’office avec le bloc 2.0 Multijet de 140 ch de notre second modèle d’essai, tout comme la transmission intégrale.
Premiers ressentis : cette 500X est plus ferme que la précédente. La « faute » aux jantes de 18 pouces qui équipaient cette version (17 pouces sur la précédente). Concernant la boîte, les à-coups, aussi légers soient-ils, dérangent.

Mais on s’y fait. Avec 1495 kilos sur la balance, « notre » 500X diesel est aussi plus lourde que son homologue essence : clairement, la 500X Multijet 140 ch n’est pas un foudre de guerre. Mais elle est reposante : là encore, elle incite à adopter une conduite cool. Ou presque : lorsque l’on appuie « à fond » sur la pédale d’accélérateur, on atteint un point dur (kick down pour les connaisseurs), qui libère le couple. Et là, l’auto monte dans les tours, et peut aller vite. Très vite. Et si la 500X n’est pas fait pour rouler très vite, cette fonctionnalité est tout de même rassurante quand il s’agit de doubler, et contribue à rendre cette Fiat sécurisante : confortable, avec un moteur suffisant mais qui sait se montrer présent quand il le faut.
Et puisque l’on parle de kick down et de couple, nous allons en venir aux palettes au volant. Et enfin poser la question : neuf rapports, n’est-ce pas trop ? Lorsque l’on est en mode auto, la voiture se cale très rapidement à 1500-1600 tours/minutes : ainsi, on est vite en 7ème à 80 km/h. Et quand on joue avec les palettes, ça ne lui plait pas : en 3ème, à 50 km/h (un rapport « normal » à une telle allure à mon sens), l’aiguille fleurtait avec les 3500 tours/min, et le bruit du 4 cylindres se faisait sentir. On revient donc vite au mode automatique, qui « fait son job », ni plus ni moins.

Comme indiqué plus haut, le modèle diesel que nous avons essayé était doté de 4 roues motrices : malheureusement, par manque de temps, nous n’avons pas pu voir les aptitudes de franchissement de la 500X.

Alors, ce 500X ?

Incontestablement une bonne voiture, bien née et sans défauts majeurs, qui peut compter sur sa plastique agréable et son charme italien pour séduire.
Nos modèles d’essais étaient respectivement affichés à 23.390€ (1.4 Multiair Lounge) et 30.290€ (2.0 Multijet Cross+). On oublie les Renault Captur ou Peugeot 2008, puisqu’aucun des deux français ne proposent de motorisations équivalentes. La concurrence est plutôt à aller chercher de l’autre côté du Rhin, chez Opel plus exactement : un Mokka 1.4T 140 ch s’échange contre 21.910€ en finition Cosmo milieu de gamme, et 24.010€ en finition Cosmo (ajoutez 1.900€ pour avoir les tarifs avec la transmission intégrale). Le premier prix de la 500X avec le 1.4 Multiair de 140 ch est de 20.790€, et culmine à 24390€ en finition Cross+ 4×4 : l’italien apparaît donc un peu plus bon marché. Cependant, le Mokka 1.7 CDTI Cosmo Pack 140 ch 4×4 coûte « seulement » 28.000€, là où le Fiat 500X 1.4 Mjet 140 ch 4×4 Cross+ réclame comme annoncé 30.290€. C’est même plus cher qu’un Mini Countryman SD affiché à 29.600€. Et là, on peut se poser la question : un acheteur disposant d’un tel budget « pensera-t-il » à franchir les portes d’un concessionnaire Fiat, pour acheter une 500 ? Car à 30.000€, on commence à avoir du choix (outre les SUV, on peut aussi lorgner du côté des compactes premiums : Classe A, Série 1, A3…).
Mais exception faite de cette motorisation diesel 140 ch couplée à la finition HDG Cross+ et la transmission intégrale, les autres versions de la 500X apparaissent très intéressantes financièrement, et surtout relativement bien équipées (voir tableaux ci-dessous). De quoi garantir un beau succès commercial à la 500X.

Nous tenons à remercier chaleureusement Fiat France pour nous avoir convié aux essais presses de la 500X, pour l’accueil à Turin, leur sympathie et leur patience.