Parfois, ce mirifique blog se lance des thèmes : voici donc le mien du moment à moi, intitulé « mon mois en Nissan ». Je commence donc par vous raconter comment j’ai failli acheter un Nissan E-NV 200. Suis-je passé à l’acte ? Ou pas ? 

Deux virgule cinq pour cent. Là, c’est sûr, on sort de l’épaisseur du trait ! 2,5 %, c’est la part de marché du véhicule électrique en France sur mars 2019. Comme le disaient les philosophes Terence Hill et Bud Spencer : « si tu rates le marchepied quand le train de la révolution est en marche, tu vas te fracasser les gencives sur le gravier » ! 

Sur ce bon conseil, mon intérêt pour l’électrique s’aiguise : et tiens, donc, pourquoi ne pas jeter son dévolu sur le fourgon électrique le plus vendu en Europe ? Tiens, d’ailleurs : on sait qu’en Europe tout est plus petit qu’en Amérique, et en le voyant sur le parking, je me dis qu’il a des airs du fourgon GMC de l’Agence Tous Risques, ce E-NV 200 Evalia. Bon, ok, la soirée de la veille avait été bien arrosée. Bon, il n’a pas non plus des airs de fourgonnette de luxe pour VIP, à l’instar du Citroën Space Tourerdans lequel j’avais eu l’insigne honneur de transporter Edouard P. notre premier ministre (si, si). 

Bon, il assure ce E-NV 200 : peinture bleu métal, glaces assombries, tout est là, presque de quoi foutre la honte à tous ces Mercedes Classe V, tous tristement noirs, que l’on voit à tous les coins de rue. Tout, sauf les proportions : avec son 1,85 m de haut et ses petites roues de 15 pouces, y’a un petit truc qui cloche. Mais cela ne retire rien à son charme. Idem à l’intérieur : on voit bien les racines utilitaires dans les matériaux utilisés, mais il y a des espaces de rangement partout et le système d’info-divertissement est moderne. Cerise sur le gâteau, les sièges avant sont confortables et le système pour basculer les sièges du troisième rang sont plutôt facile à manipuler. Donc, ça commençait bien. 

Et sinon, quoi de neuf ? 

En gros, c’est simple : lancé en 2014, le E-NV 200 (dispo en fourgonnette pour le plombier ou en people-carrierpour les autres, et dans ce cas, on dit E-NV 200 Evalia) se refait une beauté. Surtout technique, la beauté, faut être honnête, mais ne dit-on pas que la vraie beauté est intérieure ? Dans ce cas, disons que le E-NV 200 dispose du moteur de l’ancienne Leaf (109 ch, 245 Nm) et les batteries de la nouvelle Leaf (40 kWh). Du coup, l’autonomie progresse de 60 %, et ça, ça change tout. De fait, l’autonomie WTLP est de 301 km en cycle urbain et 200 km en cycle mixte. Ça va me réconcilier avec l’utilitaire électrique, après mon essai du Renault Kangoo ZE, qui m’avait laissé un rien perplexe. 

Et donc, à conduire, tu as kiffé ?

A sa manière, oui. Car, « on ne va pas se mentir » (© Nicolas S.) tout bleu marine métal qu’il soit, le E-NV 200 Evalia est avant tout un utilitaire. Assise haute, volant plat, direction fortement démultipliée, suspension un peu trépidante sur les bosses, le E-NV 200 Evalia a tout pour que l’amateur d’autos de caractère aille se pendre avec une courroie d’alternateur. Et encore, je ne vous parle pas de la tenue de route dès qu’on le bouscule un peu : il se vautre sur sa roue avant extérieure au point qu’on devrait mettre sa photo à l’entrée « sous-virage » dans l’Encyclopédie Universalis. Mais en même temps, rouler « sport » avec un E-NV 200 Evalia, c’est à peu près aussi intelligent que de tenter de dresser un varan de Komodo pour qu’il apprenne à réussir à remettre un Rubik’s Cube d’équerre. Et du coup, malgré ces petites tares qui normalement, auraient dû me faire partir en courant, j’ai eu la banane tout au long de ma longue semaine passée au volant du E-NV 200 Evalia. Pourquoi ? Silence, douceur, et une relative vivacité. Double, la vivacité : même si le 0 à 100 est donné en 14 secondes, ce qui n’est franchement pas terrible, je n’ai pas mesuré le 0 à 50 ou le 0 à 60, mais dans la vraie vie, c’est assez facile de démarrer avant tout le monde. Et comme il vire dans un mouchoir de poche, grâce à ses petites roues et son gabarit contenu, il est vraiment super plaisant en ville. Et puis le silence, la douceur, moi, ça me fait rouler zen et en fait, elle est là la vraie vertu des ZE. A mon avis, en tous cas… 

Et sinon, il est pratique ?

Grave. Si vous avez 5 enfants, c’est même l’idéal, car il est disponible en 5 mais aussi en 7 places, avec, si l’on retire les sièges, un volume de chargement de 4,2 m3et encore 2,3 m3en version 5 places. Mentionnons aussi la possibilité de rentrer un objet de 2,8 m de long et ses 1,3 m de hauteur sous plafond. Tout comme le GPS Nissan Connect qui permet de planifier ses itinéraires en tenant compte de l’autonomie restante et des points de recharge. Entre les portes coulissantes, les rangements partout, le super grand hayon qui permet de faire un pique-nique sous la pluie, il a tout de l’engin idéal. Non ?

Quelque chose d’autre à signaler ? 

Carrément que j’ai quelque chose d’autre à signaler. Je n’allais quand même pas vous laisser comme cela sans avoir balancé l’essentiel. L’autonomie : en conditions réelles, et en usage mixte (un peu d’autoroutes urbaines, du périphérique, de l’urbain pur, sans chercher à être tout le temps un modèle d’éco-conduite), j’ai réussi à faire plus de 230 kilomètres, et j’ai tendance à trouver que cette perf’ est assez remarquable. D’autant qu’à un moment, avec la batterie qui était quasiment vide, j’ai usé du mode éco (qui le rend assez asthmatique, il faut le reconnaître) et des astuces d’éco-conduite (pas de chauffage – mais la radio, faut quand même pas déconner –  et une utilisation savante du mode « roue libre » et du freinage régénératif (un petit mouvement du poignet sur le selecteur pour le passer sur « B »), en parcourant les 15 km qui séparent mon appart du boulot, et en n’usant que « 8 km » sur l’indicateur d’autonomie ; séduit par cette bonne conduite, le E-NV 200 Evalia m’annonçait même 264 km d’autonomie après une bonne recharge. Bref, une auto électrique qui remplit le contrat de confiance et qui fait l’autonomie annoncée, moi, j’aime. Même à 43800 €, bonus non déduit. 

Et pourquoi tu l’as pas acheté, alors ?

Parce que j’ai pas 5 enfants. 

Photos : Gabriel Lecouvreur