A l’heure où de plus en plus de marques se revendiquent comme premium, il est parfois bon de se remémorer ce qui se cache derrière ce terme et ce qui le différencie du luxe. Le Range Rover Sport, dans sa déclinaison hybride P400e, sera un très bon exemple.

Ce qui est marrant quand on va chercher un Land Rover ou une Jaguar, c’est que le point de rendez-vous se trouve dans un petit garage/carrossier dans une banlieue pas très glamour de la région parisienne. Du coup, c’est toujours avec étonnement qu’on découvre le bolide qui nous est réservé au milieu des autos cabossées -d’autant plus qu’il faut ici saluer le très bon goût du responsable du parc presse, les configuration étant toujours assez spectaculaires.

Et ce sera encore une fois un carton plein, avec un sublime rouge candy (pardon, “Firenze Red”) couplé à des détails de carrosserie, un toit & des jantes noirs. Conclusion : il est tout beau, mon Range Rover Sport ! Et ça change des innombrables Range Sport de footix, noirs de bas en haut, sans aucune once d’originalité. Original, donc, mais avant tout élégant, avec cette juste balance entre sportivité et classicisme. En tout cas, si vous vouliez crier haut et fort votre attachement à EELV par l’achat de ce 4×4 hybride, ce sera un peu raté : les seuls indices à la disposition du quidam étant un minuscule “e” sur le badge à l’arrière et une grille de calandre à moitié pleine (car refuge de la prise électrique). Dommage, les gens vont continuer à vous prendre pour un sale pollueur. 

Pas non plus de greenwashing dans l’habitacle du Range Sport, les modifications apportées à cette version plug-in se résumant à un petit bouton “EV” sur la console centrale, permettant de jongler entre les différents modes de conduite. Pour le reste, on retrouve avec un certain plaisir cet habitacle cossu, tendu de cuir (mention spéciale aux perforations des sièges en forme d’Union Jack) et de matériaux, sinon nobles, du moins agréables au toucher. Ce qui est moins agréable, c’est l’idée qu’a eu Land Rover d’implanter deux écrans tactiles sur la planche de bord de l’intégralité de la gamme Range Rover. Alors, esthétiquement et à l’arrêt, je suis d’accord que ça claque de ouf. D’autant plus que, à première vue, la disposition des informations paraît assez logique : l’info-divertissement en haut, les réglages en bas. Mais en mouvement, on se dit que les boutons physiques…bah c’est quand même pas mal. C’est surtout l’écran du bas qui me pose problème : que ce soit pour régler la température, mettre en marche le chauffage/la ventilation du siège ou simplement vérifier quelques informations, on est obligé de quitter la route des yeux et de les baisser fort pour accéder aux contenus. What a shame.

Sinon, que vous dire de plus à propos de l’habitacle de ce Range Rover Sport ? Pas grand chose, sinon que les sièges avant sont divinement confortables (heureusement, me direz-vous, lorsqu’ils sont réglables sur 22 voies !) et que la banquette arrière est fort accueillante. Le coffre, lui, souffre un peu de l’implantation des batteries sous le plancher et se voit amoindri de cinquante litres. Mais pas d’inquiétude, il reste 573 litres : votre Golden Retriever restera à l’aise. 

Mais bon, je vous parle d’hybride et de batteries depuis tout à l’heure. Il est temps d’ouvrir le capot ! Mon Range Rover P400e est donc un hybride rechargeable, le premier de l’histoire de la marque. Ses constituants principaux ? Un 4 cylindres turbo essence Ingenium de 300 ch, un moteur électrique de 85 kW (soit 116 ch) placé dans la boîte automatique à 8 rapports et une batterie de 13,1 kWh sous le plancher du coffre, rechargeable en 2h45 sur une borne publique ou 7h30 depuis une prise 220V. Encore un peu de chiffres ? OK ! La puissance totale cumulée est de 404 ch pour un couple de 640 Nm obtenus dès 1 500 tr/min. Nécessaire, lorsqu’on a 2 464 kg à tracter…à vide. Le Range s’en sort pas trop mal, avec un 0 à 100 km/h effectué en 6.7 s et une vitesse de pointe de 220 km/h. Pour se remettre dans le contexte, le modèle “thermique” le plus proche dans la gamme du Range Rover Sport, le tout nouveau l6 essence de 400 ch, offre un couple de 550 Nm de 2 000 à 5 000 tr/min, pèse “seulement” 2 210 kg et abat le 0 à 100 km/h en 5.9 s. Voilà pour la théorie.

Dans la théorie, un seul mot d’ordre : la douceur. Sur les premiers kilomètres, l’électrique fait (comme d’habitude) des merveilles avec une conduite en silence total et sans aucun à-coup. Ça fait presque bizarre de glisser ainsi sur la chaussée (merci à la suspension pneumatique) quand on a une position de conduite si haute… Mais cette belle expérience prend fin un peu trop vite à mon goût : si Land Rover annonce une autonomie EV de 41 km selon les normes WLTP, je considère que c’est le maximum atteignable et qu’il vaut mieux tabler autour des 35 km. Ce qui nous donne une consommation électrique absolument démentielle de 37.4 kWh/100 km ! Pour contextualiser, j’obtenais avec un Tesla Model X à peu près aussi lourd une conso mixte autour des 23 kWh/100 km…

Les consommations de carburant sont, elles, nettement plus acceptables. Même si, encore et toujours, c’est la fréquence de recharge qui influe le plus la conso d’une hybride rechargeable. Ainsi, en jouant un peu le jeu et en essayant de brancher le Range aussi souvent que possible (même si l’absence d’un câble de Type 2 dans la voiture s’est fait ressentir sur la vitesse de chargement), je m’en suis sorti avec une consommation finale de 8,5 l/100 km après 522 km passés sur l’A16 et les petites routes de l’arrière-pays picard ce qui, ramené encore une fois aux dimensions, au poids et aux performances de la bête, reste extrêmement raisonnable.

Allez, je ne vous embête plus avec les nombres (pour ce paragraphe), parce que ce Range Rover Sport hybride est quand même un peu plus qu’une accumulation de chiffres. Côté comportement, le Range est absolument imperturbable sur autoroute. Le silence est d’or, la tenue de cap impériale, la sono sans reproche, les sièges d’un confort ultime. Sans compter un réservoir de 90 litres qui annonce une autonomie globale ma foi respectable. Vous l’aurez compris : sur de grandes distances et tant que le volant reste droit, le Range est parfaitement dans son élément. C’est quand les routes deviennent moins larges et plus sinueuses que c’est moins rigolo ; non pas que le Range Rover soit dangereux ou inconfortable, grands dieux non ; mais c’est qu’il ne donne simplement pas envie de rouler vite ou fort. Dans les virages, on sent la masse et l’inertie se mêler du comportement global et on relève machinalement le pied de l’accélérateur. En gros, on se laisse porter par le flow de ce gros bateau. Reste le cas du paradoxe urbain : c’est dans cet environnement que le système plug-in est le plus intéressant…mais c’est aussi là que le Range est le moins à l’aise. Il faut dire qu’avec une empreinte au sol de plus de 10 m²…

Même sale il reste beau

Reprenons depuis le début. Qu’est-ce que le premium, qu’est-ce que le luxe ? Grande question. Je vais aller de ma supputation. De mon point de vue, le premium, c’est quand tout ce qui est quantifiable est de bon niveau. Quand les performances dynamiques sont correctes, que la finition est bonne, que les équipements sont nombreux, que la puissance du moteur est suffisante et ainsi de suite. Et le luxe ? Le luxe, c’est le premium + quelque chose. Et ce quelque chose est bien difficilement définissable : mais ça s’apparente un peu à de la magie. Tenez, quand j’ai essayé la Lexus LS 500h, j’ai conclu que cette voiture était luxueuse car tous les éléments qui constituaient la voiture entraient en symbiose pour créer quelque chose de plus grand, quelque chose d’immatériel, quelque chose qui tient de l’expérience. Et…c’est ce qui m’a manqué en conduisant ce Range Rover. Oui, il est beau, oui, il est puissant, oui, il est confortable, oui, il est super bien équipé… Mais c’est tout ? Il manque ce truc en plus, ce petit quelque chose qui fait toute la différence. Attention, je ne suis pas en train de dire que le Range Sport P400e est une mauvaise voiture ; si c’est ce que vous comprenez en me lisant, c’est que je me suis planté sur toute la ligne. Non, ce que je veux dire, c’est que le Range est très bien là où il est, c’est à dire dans la catégorie “premium”, mais ne peut pas vraiment espérer être désigné comme “luxueux”. Peut-être est-ce une tâche réservée à son grand frère, le Range Rover “tout court” ? Peut-être, il me faudrait l’essayer pour arrêter mon jugement. Mais dans l’état actuel des choses et compte tenu de son positionnement, ce Range Sport a, je trouve, un peu de mal à justifier son tarif. Car, voyez-vous, le Range Rover Sport P400e commence à 89 400 € et mon exemplaire absolument truffé d’options tutoyait les 120 000 €. Et mon problème, c’est qu’un Volvo XC90 T8 avec toutes les cases cochées coûtera 20 000 € de moins… Tout en étant aussi agréable à conduire, bénéficiant des mêmes avantages (pas de malus ni de TVS, carte grise gratuite etc) que le Range et poussant le vice jusqu’à proposer 7 vraies grandes places. Et 20 000 €, ça commence à faire…

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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