Bien lookée et carrément performante, la nouvelle Arteon doit aussi se faire un nom… Essai dans la version la plus huppée, le 2.0 TSI 4Motion de 280 chevaux…

Volkswagen a décidé de mixer le successeur des précédentes Phaéton et Passat CC en un seul véhicule : autrement dit, de synthétiser l’espace, la prestance et la sportivité. Vaste programme, comme aurait dit le Général.

Ça a donc sérieusement gambergé et voici l’Arteon, une grande (4,87 m) berline statutaire (large de 1,87 m) et sportive à la fois (haute, non, disons, basse de 1,45 m). Et puis force est de reconnaître que les dimensions lui donnent une vraie présence sur la route : le châssis est le MQB dans sa version longue, c’est à dire celui de la Skoda Superb (2,84 m d’empattement de long, soit 5 cm de plus que la Passat), cela promet un bel espace intérieur. Il se dit que le coffre peut intégrer quatre sacs de golf ! Golf avec une minuscule.

Avec sa face avant généreusement échancrée par de larges prises d’air et sa malle arrière recouverte, sur mon modèle d’essai, d’un petit aileron en carbone, de jantes et rétroviseurs noirs, ça le fait : c’est la finition R-Design.

Certaines voitures ont l’air de dépoter, mais en fait elles ont des Diesel tout pourris de 100 ch et qui n’avancent pas. Pas ici, la finition R-Design, ce n’est pas que du chiqué, car elle vient sur l’étendard de la gamme : le 2.0 TSI 4Motion, avec sa transmission à 4 roues motrices et le 2.0 essence qui développe ici, 280 ch à 5100 tr/mn et pas moins de 350 Nm de couple à 1700 tr/mn, ce qui laisse augurer de deux choses. Un, une plage d’utilisation carrément élastique, et ça, ce n’est que du bonheur. Deux : des perfs de haut niveau, en témoignent le 0 à 100 km/h annoncé en 5,8 secondes (avec la DGS7, la seule transmission disponible) et la vitesse de pointe limitée à 250 km/h.

En plus de la fiche technique, l’Arteon a de la gueule. Et carrément. C’est vrai dans sa couleur de lancement, un jaune qui tire sur le gold (officiellement : « jaune Kurkuma »), mais aussi dans ce blanc, non ? Pourtant, dirons les mauvaises langues, la ligne ne révolutionne rien : dans les feux avant tellement expressifs, ne retrouve-t’on pas un zeste de Renault Talisman ? Ce long hayon, n’est-il pas similaire à celui d’une Opel Insignia Grand Sport ? Et ces hanches rebondies, ne sont-elles pas celles d’une Audi A5 Sportback ? Là, en écrivant un truc pareil, y’a syncope collective dans les bureaux du style VW, mais il faut admettre que le cahier des charges de la grande berline à hayon est un peu figé par nature.

Et d’ailleurs, à en juger par les regards envieux (voire haineux !) de la myriade de Passat noire-überisées croisées sur cet essai, le cocktail fonctionne. Hashtag stylé.

En terrain connu

Dedans, on retrouve les marques du groupe VW. A savoir une ergonomie impeccable et un intérieur sobre, mais magistralement bien conçu. Les sièges sont semi-baquets, ils sont en cuir et disposent d’une assise, en haut, « façon carbone » qui est étonnante de prime abord, mais qui fait bien le job, en fait. Confort et maintien sont au rendez-vous. Et l’espace aux places arrière est juste gigantesque.

Différence : nouvel écran tactile « Discover Pro » de 9,2 pouces de diagonale. Ça commence à être sérieux et ça change des systèmes précédents, qui étaient plus haut sur la planche de bord, là où se trouve désormais l’horloge analogique. Comme dans une Maserati : classe. En plus, le système est ergonomique et intuitif, donc rien à reprocher de ce côté-là.

Et sous le capot ? L’Arteon est aussi touchée par une forme de downsizing : pas plus de 4 cylindres et pas plus de 2 litres sous le capot, c’est pas un peu triste ça, quand on arbore une telle plastique ? En Diesel comme en essence, les puissances commencent à 150 ch et montent à 240 (avec le bi-TDI) ou à 280 chevaux avec mon TSI.

Les différents modes de conduite

D’où (admirez cet art de la transition) : et justement, comment ça marche, une Arteon de 280 chevaux. Bien, ma foi. Fort bien, même : on l’a dit, 5,8 secondes de 0 à 100 et 250 km/h en pointe, l’Arteon ne recevra pas le Perrichon d’Or. Encore que : si elle dépote bien, elle le fait toujours en douceur. Du coup, un Perrichon de Platine, ça se tente.

Certes, il y a bien les modes de conduite. Et ils changent un peu l’expérience de conduite, avec de la roue libre en mode « éco » et une boîte quand même très centrée sur l’éco-conduite en mode « Confort ». Cela dit, en mode « Sport », l’engin ne se radicalise pas pour autant. Certes, la sonorité est un peu plus présente (sans être prenante non plus, on n’est pas non plus au volant d’une Alpine A110), la réponse à l’accélérateur est un peu plus directe, les suspensions sont un peu plus fermes, mais cette accumulation de « un peu » montre que l’Arteon 2.0 TSI 280 reste malgré tout du côté confort de la Force.

C’est, malgré son look, sa puissance et ses quatre roues motrices, plus une grande routière au souffle inépuisable qu’une vraie sportive.

Proche de l’autonomie

En plus de cela, l’Arteon moderne commence à entrer dans la sphère des autos autonomes. Quand tous les capteurs sont activés, elle est capable de détecter que vous ne tenez plus le volant, et de se ranger sur la bande d’arrêt d’urgence avec les warnings allumés, et de prévenir les secours. Bien entendu, il y a le régulateur de vitesse adaptatif et le freinage d’urgence avec détection des piétons en ville.

N’étant pas encore totalement sénile, j’ai vite retiré l’alerte de maintien de file, car la voiture passe son temps à se caler entre les lignes blanches et le feeling de la direction est parfaitement artificiel (ou alors est-ce un signal divin que je dois réellement apprendre à trajecter ?). Je sais que c’est l’avenir, mais que voulez-vous, moi j’appartiens au passé et je préfère conduire.

Et la conduite de cette Arteon, elle est agréable. Car malgré les roues de 20 pouces, elle reste étonnement confortable grâce aux suspensions pilotées qui amortissent tout d’une manière extrêmement soyeuse ; malgré le look sportif, le confort est royal. Malgré le look sportif, toujours la chaîne cinématique est plutôt écolo : ça tire long (genre 2400 tr/mn à 130 km/h en 7ème), ce qui fait que, quand on est dans le mode hooligan « pied dedans », on constate que ça pousse fort, mais de manière toujours linéaire, et que la 5ème envoie quand même à 235 km/h. Et qu’il reste après 2 rapports à passer. Moi, j’aurais bien aimé un mode « sport » plus expressif, avec de belles déflagrations à l’échappement et une cartographie moteur qui te colle le bas des reins dans le siège, quand on arrive vers la zone rouge. Ce n’est que mon avis.

Mais la vraie vie, ce n’est pas ça. Dans la vraie vie, les experts de VW sont parvenus à enregistrer une conso officielle mixte de 7,3 l/100 (soit 164 gr. de CO2 et 3473 € de malus). Moi, plus modestement et nettement moins doué, c’est 9,1 sur l’autoroute et 11,2 au quotidien. C’est pas pareil.

L’Arteon débute à 38 250 €, forcément dans des motorisations et finitions de base. Avec ma R-Line, c’est 48 750 € mini. Et 54 470 € avec ce moteur. Auquel il faut rajouter les options : peinture blanc Onyx (1380 €) ; active info display (620 €) ; navigation Discover Pro (1760 €) ; Pack Easy keyless (1240 €) ; pack acoustique (380 €) ; jantes de 20 pouces Rosario (1090 €). Là, on est dans la sphère de l’Audi A5 Sportback 2.0 TFSI 252 chevaux. Laquelle prendriez-vous ?

Crédit photos : Gabriel Lecouvreur