Vendredi 9 Septembre 2016, Chantilly (Oise – 60) : le concept-car Lexus LF-LC fait son apparition aux côtés d’une LFA lors des préparatifs du stand de la marque à l’occasion de l’événement « Chantilly Arts & Élégance » organisé par Peter Auto. Le coup de foudre, le rouge ardent brille en plein soleil et j’ai la chance de m’installer à bord pour démarrer le V8 5.0 L atmosphérique de 477 ch, déjà croisé sur le coupé RC-F et la GS-F. J’apprends alors (n’ayant pas suivi l’actualité) que ce concept-car est bien prévu en série pour l’année 2017. Je l’essayerai, c’est sûr !

Un peu moins d’un an et demi après, c’est donc chose faite, je me suis retrouvé durant une petite semaine au volant d’un véritable concept-car, dont la version Hybride vous a d’ailleurs déjà été présentée par Gabriel sur le blog (pour relire ses impressions, c’est ici).
Et malgré l’apparence plus que futuriste de l’auto, cette fois-ci c’est un bon vieux V8 atmosphérique de 5.0 L de cylindrée et développant 477 ch à 7100 trs/min (!!!) qui prend place sous le capot. Un peu comme si vous mettiez un moteur de tracteur des années 20 dans une soucoupe volante, la noblesse mécanique en plus.
Noblesse mécanique, deux termes qui disparaissent peu à peu du jargon automobile pour laisser place à « hybridation » et « batteries ».
Étonnant que Lexus spécialiste en la matière propose donc deux motorisations aux antipodes l’une de l’autre, une manière de viser plusieurs clientèles ? On ne peut qu’y croire, même si les ventes annuelles de la Lexus LC500 V8 à travers l’Hexagone se compteront sûrement et malheureusement sur les doigts des mains.

Avant de profiter, on passe à la caisse

Au cas où vous auriez raté un épisode, petite piqûre de rappel sur les taxes appliquées lors de l’achat d’un tel véhicule, histoire que l’on sache bien de quoi on parle :
– Certificat d’immatriculation pour 38 CV et 41 €/CV (prix moyen en France) = 1 558 €
– Malus écologique = 10 500 €
– taxe relative à la puissance au delà de 35 CV = 1500 €
– taxe relative à la puissance au delà de 10 CV = 1000 €
Il faut donc compter au bas mot 14 500 € supplémentaires pour l’achat de votre dulcinée, soit plus de 10% du prix d’achat, que c’est beau d’aimer l’automobile et de vivre en France ! <3

Passons. Avec un prix d’appel à 109 000€ et une facture à exactement 119 000 € pour la version Sport +, on peut se dire que l’intéressé aura les moyens de ses ambitions. Les plus fidèles d’entre vous l’auront remarqué en lisant l’essai de la version hybride, aucune différence de prix entre les deux motorisations.
Le paragraphe argent ? C’est fait, ouf ! On va pouvoir se concentrer sur l’essentiel, l’expérience de conduite.

Le culte de la différence

Il faut déjà se faire à l’idée de rouler différent, et ça, ce n’est pas une mince affaire. En effet, la clientèle visée se contente généralement des propositions germaniques, maitres en la matière et plus conventionnels en matière de design extérieur. On notera principalement la Mercedes Classe S Coupé, anciennement CL dont la génération W215 est l’exemple même de pureté des lignes.
Pure, la LC500 le reste, toute de lignes tendues. Pas une seule nervure sur le capot plongeant, ce qui devient rare. Vous noterez même l’absence de buses de lave-glace, pure qu’on vous dit. C’est d’ailleurs en admirant la proue de cet élégant coupé que l’on regrette le plus de ne pas habiter outre-Atlantique, au pays où une telle calandre serait vierge de toute fioriture (un peu à la manière d’Audi), entendez par-là sans plaque d’immatriculation.
Les jantes de 21 pouces en alliage forgé musclent le profil tandis que les poignées de portes intégrées à la manière d’Aston Martin et Jaguar sur la F-Type ainsi que les portes sans montant apportent ce qu’il faut de finesse à l’ensemble. La surface vitrée reste faible et la ligne de toit semble s’évanouir avant la (petite) malle arrière surmontée d’un aileron rétractable qui se déploie à partir de 100 km/h.
On retrouve enfin la silhouette de calandre qui semble vouloir sortir de la proue, entourée de larges mais fines optiques ressemblant à deux étoiles shuriken lancées vigoureusement venues se loger pile au bon endroit.
C’est osé, c’est japonais, je suis fan.

Un véritable prototype roulant qui à défaut de trouver nombreux preneurs en France aura réussi à faire parler de la marque.
Mission accomplie pour ma part puisque je pouvais lire sur les lèvres des innombrables personnes intriguées croisant ma route, le mot « Lexus ». On notera d’ailleurs une recrudescence phénoménale du nombre de connexions sur lexus.fr à chacun de mes passages en ville.
Je plaisante bien-sûr. Je reste malgré tout convaincu que disperser quelques exemplaires de la LC500 sur les routes de France constituerait bien meilleure publicité pour la marque que n’importe quelle affiche vous vantant les mérites des nouvelles offres de financement pour la CT200h (aussi intéressantes soient-elles). Ce ne sont pas des regards envieux ou méprisants que vous croiserez, mais des yeux illuminés d’enfants convaincus de voir la prochaine star du film Cars, des personnes âgées qui en font tomber leurs cannes (véridique !) ou des pères de famille déprimés au volant de leur monospace gris pour lesquels vous aurez illuminé la journée en prenant 7200 trs/min en 2me dans un tunnel de l’A86.

GT d’exception

À l’ouverture de porte, on sent rapidement que l’on s’installe à bord d’un engin d’exception. On est très loin de l’habitacle vieillissant du coupé RC. Ici, tout semble tout droit sorti d’un engin spatial. Même la cinématique d’écran de compteur à l’allumage, vous gratifiant d’une pluie d’étoile au milieu du noir céleste vaut le détour. Les matériaux utilisés sont de première qualité et je n’ose imaginer le nombre de vaches qui furent nécessaires à la réalisation d’un tel habitacle. Du cuir de l’alcantara, partout, absolument partout ! J’ai eu du mal à trouver du plastique, seulement au niveau des bacs de portières et à quelques rares endroits de la console centrale. La finesse des assemblages et des du dessin de l’intérieur procurent un sentiment d’apaisement à tout occupant. Rien que les poignées de porte (à l’intérieur comme à l’extérieur) mériteraient un paragraphe à elles seules. À ce prix là, on regrette toutefois un système Navigation/multimédia – certes très agréable à l’oeil et parfaitement intégré – beaucoup trop compliqué et peu intuitif. En 4 jours complets d’essai, je n’ai toujours pas réussi à trouver comment actionner les sièges chauffants. La saisie d’une destination implique forcément le passage par le pad de sélection et prend un temps fou. Dommage pour une voiture qui de par son design transpire la technologie et l’innovation, on s’attend vraiment à tout faire d’un seul geste ou claquement de doigt.

Cruising Machine

La ligne, le gabarit voire l’agencement de l’habitacle, tout suggère ici que la LC500 est avant tout une grande et belle GT. Ce genre de voiture qui en a sous la pédale mais avec laquelle on n’utilise que rarement plus de 50% de la puissance et où le mode Sport S voire Sport S + s’avèrent tous deux presque superflus. Les premiers mètres à son volant en mode « Confort » confirment mes premières impressions : position de conduite très basse, direction sur-assistée et confort royal, malgré la hauteur de caisse contenue et les jantes de 21 pouces.
Du coup, si le V8 suggère au démarrage une armada de chevaux disponibles pour ridiculiser tout ce qui roule (0 à 100 km/h en 3,8 secondes tout de même !), cette LC500 s’apprécie avant tout à allure de sénateur. Je me surprends même à ne pas dépasser les 1500 trs/min – merci à la boite 10 vitesses- dans Paris la nuit, sur un fond sonore de Ludovico Einaudi uniquement et rarement par des rétrogradages sauvages sous les tunnels de la capitale pour laisser s’exprimer le V8 5.0 L qui ne demande qu’à s’arracher di capot de l’imposant Coupé. La boite 10 rend à ce titre chaque feulement du V8 majestueux, un véritable instant de grâce pour quiconque sait apprécier voire évoluer sous ses yeux (ou entre ses mains me concernant) une espèce rare, voire en voie de disparition compte-tenu de la conjoncture actuelle. C’est à ce moment précis que je me rends compte que le plaisir automobile, c’est aussi ça. N’en déplaise à Mme Hidalgo, je n’ai à aucun moment eu à user de la pédale de droite de manière abusive, contenant ainsi mes émissions de CO2 dans Paris intramuros, si ça ce n’est pas une attitude eco-friendly… J’ai même le droit à la vignette Crit’air 1. Oui, même avec un V8 5.0 L atmosphérique de 477 ch dont la consommation urbaine s’approche gentiment des 18L/100km.

La face cachée de la Lune

Sous ses airs de reine de l’autoroute, quelques détails doivent vous mettre la puce à l’oreille. Seuils de portes en carbone, toit intégralement en carbone, roues arrières directrices, différentiel auto bloquant et enfin un aileron escamotable. Comme dirait l’un de nos 3 présentateurs Top Gear France, elle va envoyer du couscous. C’est avec une certaine appréhension que j’aborde l’exercice dynamique. 2 tonnes entre les mains, un V8 qui ne demande qu’à s’exprimer et surtout des pneus Michelin Pilot Super Sport pas franchement connus pour leur grip sur le mouillé, le tout 100% en propulsion bien-sûr, sinon ce ne serait pas amusant.
Après deux glissades du train arrière ressemblant plus à un exercice de rodéo qu’à de la danse classique où tout est maitrisé, j’attendrai qu’il fasse sec. Fort heureusement, dame nature a entendu mes prières et me fait bénéficier d’une journée complète ensoleillée et sol sec.
Je me sens enfin en confiance avec des pneumatiques qui démontrent enfin tout le savoir faire de Michelin. Ne vous attendez pas à jouer des 10 vitesses, l’exercice reste exactement le même qu’avec une classique boite 6. Les palettes tournent avec le volant, mais le plus impressionnant dans tout ça, c’est que la LC500 ne donne pas envie de monter un rapport. À 6000 trs/min, la seule idée qui me vient à l’esprit est d’aller plus loin encore dans une mélodie si aiguë à l’accélération comme au à la tombée de rapport que je me rêve au volant de la LFA. Je n’ai pas trouvé d’autre métaphore que celle d’un animal blessé qui hurle de douleur lorsque le V8 pousse des vocalises à son paroxysme (merci Jeremy Clarkson pour l’idée). Quelle musique ! Le V8 montre ici son vrai visage et déchire les tympans de quiconque viendrait croiser ma route.
Mais me voici déjà à des vitesses tout bonnement inavouables. Le plus dingue dans tout ça c’est l’absence quasi absolue de sensation, blotti au fond de mon siège en alcantara, le système Hifi Mark Levinson toujours en marche. Pied au plancher dans une grande courbe, les 4 roues directrices font leur travail, campent la voiture sur la roue arrière opposée au virage et soulèvent le capot comme au décollage d’un Jet Falcon, convaincu que si la courbe était infinie, l’accélération le serait aussi.
Mais tout cela devient dangereux. La LC500 procure un sentiment de toute puissance, comme si la route vous appartenait. Là où un revêtement humide demande d’effleurer la pédale avec précaution sans quoi le travers sera inévitable, quelques lacets campagnards sous un beau soleil d’hiver vous propulsent dans une autre dimension et ne vous ramèneront sur Terre que lorsque l’arrière aura décidé de décrocher, mais à quel instant ? Je ne puis y répondre tant les limites de la voiture sur routes ouvertes semblent inatteignables, si ce n’est au freinage où la LC500 saura vous rappeler que pour vous procurer des sensations de toute puissance en comportement GT, il lui faut bien 2 tonnes de cuir et d’acier.

Alors non, on ne peut pas qualifier la LC500 d’ultra-sportive, tout comme on ne peut le faire avec une Mercedes S Coupé. Mais Lexus nous propose une copie si différente de la RC-F équipée du V8 identique que l’on se dit (sans pourtant avoir eu la chance de l’essayer) que la LFA n’est plus si loin. Ça donne des idées pour la suite non ?
Merci Lexus pour cet instant rare.

Mes remerciements à Lexus France pour la mise à disposition du véhicule.

Crédits Photos : Ugo Missana