Le Volkswagen Touareg en est à sa troisième génération. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il prend de l’assurance, et pas qu’un peu. Dans tous les domaines, d’ailleurs.

Rupert Stadler, le patron d’Audi est de fort mauvaise humeur. Qu’il ait découvert que son fils, adolescent pré-pubère et boutonneux, vouait une passion sans borne à la fameuse actrice allemande et intellectuelle engagée Vivian Schmitt, et qu’il avait aussi des feuilles vaguement médicinales dans ses poches, passe encore. Qu’il ait surpris sa fille de 17 ans en train d’embrasser goulument un punk à chien dans les rues d’Ingolstadt, ça l’a un peu énervé. Que la perspective d’aller en prison, avec pour toute tenue le crâne rasé et une belle salopette orange, et d’y rester à cause du Dieselgate, Rupert, il trouve ça fâcheux, mais il gère, ça fait partie du boulot et c’est pour ça qu’il prend des Deutschmark. Plein.

Non, mais ce qui a vraiment énervé Rupert, c’est quand il a vu arriver le dernier Volkswagen Touareg. Là, il a limite pété les plombs. « WTF, c’est quoi cette putain de caisse !  », aurait-il hurlé (en allemand) au reste du board, se sentant un peu trahi par les siens. « Comment voulez-vous qu’après ça je vende des Q5 et des Q7, moi, scheisse ! », a t’il ensuite vociféré, rouge écarlate, en éclatant son PC sur le mur. Là-dessus, l’un de ses collaborateurs lui a sorti un mètre de couturière et tente d’apaiser le débat en lui expliquant que ce n’est pas du tout la même chose, ni la même cible : la preuve, un Q5 mesure 4,66 mètres de long, un Q7 5,05 m et le Touareg s’intercale entre les deux, avec 4,87 mètres de long. A voir les yeux injectés de sang de Rupert, le pauvre a cru un instant qu’il allait finir étranglé avec le ruban en question…

Que de la gueule ?

En même temps, je le comprends, moi, ce bon Rupert. Car le Touareg n’a plus aucun complexe. A l’extérieur, avec un gabarit en hausse (8 cm plus long , 4 cm plus large – et aussi 1 cm plus bas – que le précédent) et des lignes plus assurées, notamment au niveau des passages de roues, tout comme avec des feux à LEDs quasiment aussi travaillés que sur une Audi récente (voir notamment les optiques à l’arrière, dont les motifs pivotent lors des marche arrière). A la limite, certains trouvent même qu’il en fait un peu trop, notamment au niveau des chromes de la calandre, mais on ne pourra pas dire qu’il ne s’affirme pas.

Et à l’intérieur, c’est pareil et c’est normal qu’il soit vénère, Rupie. Car jamais la voiture du peuple n’a été proche des standards premium de la marque : entre les guirlandes de LEDs de multiples couleurs (trente, et dont l’intensité est variable) sur les contre-portes et la base du tableau de bord, entre le Virtual Cockpit (ah non, ça, c’est chez Audi ; chez VW on dit Innovision Cockpit) et le très grand écran tactile (15’’) à l’ergonomie et au dessin revu et modernisé, entre l’affichage tête haute et le système de vision nocturne, la multitude d’aides à la conduite, les éléments de confort, le grand toit vitré, on ne se sent plus trop dans une « voiture du peuple ». Allez, on va quand même épingler le plastique assez dur de la partie inférieure du tableau de bord.

A ceci, on rappellera cependant que ma version était une finition Carat Exclusive (à partir de 78 910 € – mais le modèle commence à 70 460 € en finition Carat) et qu’elle comportait quelques options sympathiques : peinture nacrée (blanc Oryx à 2100 €), intérieur en cuir Savona (820 €), jantes de 20 pouces « Montero » (915 €), suspension pneumatique (3060 €), audio Dynaudio 730 W (excellente, à 1820 €), volant multifonction chauffant avec palettes (petites, les palettes, mais à 245 €). Bon, la non plus, le tarif ne fait plus tellement voiture du peuple. Mais l’espace à bord non plus, avec un coffre gigantesque (810 litres mini), une banquette arrière généreuse, qui coulisse sur 16 cm et s’incline sur 21°. Y’a de la limousine, là-dedans !

De l’ambition…

Sous le capot, le Touareg aussi a de l’ambition. Car il n’y a qu’un seul moteur pour l’instant et ce n’est pas du bas de gamme : le V6 TDI développe 286 chevaux à 3750 tr/mn, mais là où ce bloc produisait 620 Nm de couple dès 1250 tr/mn dans les Audi A7 et A8 50 TDI récemment essayées sur le blog, il en sort ici 600 Nm, à partir de 2250 tr/mn. Il est forcément accouplé à une boîte automatique à 8 rapports, très douce dans son fonctionnement (le paramétrage de la boîte fait que je n’ai pas retrouvé les hésitations à basses vitesses vues sur l’Audi A7 50 TDI), et offre des performances très respectables (il faut dire qu’il a perdu plus de 100 kilos par rapport à la version précédente, même s’il en reste encore 1995 sur la balance), avec le 0 à 100 couvert en 6,1 secondes et 238 km/h en pointe.

On rappellera, pour énerver encore un peu plus notre bon Rupert, que le Q7 V6 TDI n’a lui, droit qu’à la déclinaison 272 ch de ce moteur, et doit se contenter d’une vitesse de pointe de 234 km/h ! Pour ne pas perdre la face, l’Audi doit prendre l’aspi du VW sur l’Autobahn ! Re-Scheisse ! Et qu’est-ce que ça va être dans l’avenir, puisque le Touareg Mk III est aussi conçu pour recevoir le bloc 55 TFSI (340 ch), un gros V8 TDI (420 ch) ainsi que des motorisations hybrides-rechargeables.

En même temps, pour se trainer à un éco-édouardo-philippo-responsable 80 km/h, les deux feront parfaitement l’affaire. Mais le VW pas moins que l’Audi. Car le silence, la douceur et le confort de roulement font partie des valeurs sures de ce SUV, malgré les roues de 20 pouces, car la suspension pilotée rajoute un niveau de ouate en mode « confort ».

Ceci étant dit, il est préférable de ne pas considérer ce nouveau Touareg comme une grosse dinde placide. Car par rapport à mon précédent essai de VW Touareg Mk III V6 TDI 204 ch pour le blog, tout a changé. La plateforme MLB (utilisée aussi pour des engins moins roturiers : Audi Q7 / Bentley Bentayga / Lambo Urus / Porsche Cayenne !) permet de coller quatre roues directrices (qui braquent jusqu’à 4°) et ça donne au Touareg une belle agilité, puisque en ville, le rayon de braquage gagne 1 mètre quand l’engin en est équipé (de 12,2 à 11,2 m).

Ainsi, le VW Touareg Mk III a tout pour faire réfléchir l’acheteur de gros SUV. Sauf s’il a plein d’enfants et absolument besoin de 7 places, auquel cas l’Audi Q7 ou le Volvo XC90 reviennent dans la balance…

Crédit photo : Gabriel Lecouvreur