Il y a une dizaine de jours, nous faisions état de la montée de Fiat dans le capital de Chrysler à hauteur de 30%, hier le groupe italien faisait état d’un accord conclu avec les états canadiens et américains ainsi qu’avec le puissant syndicat UAW qui lui permet de passer très rapidement de 30% à 46% du capital du groupe automobile américain, soit plus très loin des fameux 51% qui lui permettront de totalement contrôler le contructeur d’Auburn Hills.

Mais des bonnes paroles aux actes il y a un grand pas à franchir puisque pour parvenir à cette situation, le groupe automobile italien va devoir, pour le première fois mettre la main au porte monnaie, car outre les 870 millions d’euros ( 1.268 milliard de dollars ) que coûtera l’affaire au groupe italien, il va aussi falloir que Fiat solde assez vite les prêts accordés lors de la crise de 2008 par les états du Canada et des Etats Unis. L’un se monte à 1.166 milliards d’euros ( 1.7 milliard de dollars ) et l’autre à 3.983 milliards d’euros ( 5.8 milliards de dollars ), c’est donc 5.149 milliards d’euros que Fiat va devoir débourser pour monter effectivement et réellement à 46% du capital de Chrysler LLC .

Pas rien mais aussi le moyen de vérifier la réalité de la trésorerie de Fiat qui s’élève selon les sources ( pro italiennes ou non ) entre 5 et 14 milliards d’euros. Mais il semble toutefois que le constructeur italien veut faire appel aux marchés pour l’aider de manière importante dans sa conquête de l’Amérique, ce qui ne sera pas forcément chose aisée en cette période de turbulences économiques, financières et politiques sur le planète ! Par ailleurs, n’oublions pas que Fiat s’est aussi engagé en Russie il y a moins d’un mois avec la promesse d’un investissement de 1.6 milliard d’euros dans un site capable de produire 300.000 autos/an. Le groupe a déjà manqué le marché chinois, ça démarre très doucement aux USA, il ne peut donc passer à coté du grand marché en devenir qu’est celui de la Russie.

46%, c’est bien mais ce n’est pas encore 51% ! Pour cela Fiat compte sur un tour de passe passe autorisé par l’administration américaine qui demande à Fiat de commercialiser sur le marché américain avant le 31/12/2011 une nouvelle auto peu énergivore. On peut donc se dire que cela est de l’ordre du possible et ça ne coûterait pratiquement rien à Fiat mais il faut le faire… John Elkann s’est donc félicité de ce nouvel accord et de cette nouvelle situation qui, selon lui, marque une étape historique dans la vie du groupe Fiat. Il ajoute : » Ainsi le groupe Fiat va devenir plus fort, avec une gamme archi complète qui sera présente sur presque tous les marchés mondiaux et cela permettra à Fiat de rivaliser avec tous les constructeurs ». A voir.

Ne perdons pas de vue que si le groupe Fiat gagne désormais de l’argent, c’est seulement par dizaines de millions d’euros, non par centaines ou milliards ! Rappelons que Fiat gagne essentiellement de l’argent grâce à sa marque de prestige qu’est Ferrari et grâce à son premier marché qu’est le Brésil et la zone du Mercosur.

Ces infos sont à rapprocher de la publication ces derniers jours de la valeur réelle de Ferrari, du retour annoncé des rumeurs au sujet de l’avenir d’Alfa Romeo et de certains doutes émis par les analystes financiers ( Fitch veut dégrader la note de Fiat ) qui, il faut le noter, sont à contre courant des marchés qui ont bien accueilli l’annonce de cet accord Fiat/UAW/USA et Canada. Première étape et prochaine étape pour Fiat, financer les 870 millions d’euros ! Sur fonds propres ? Avec un prêt bancaire ? Avec les marchés financiers ? Ou avec la vente de quelques bijoux de famille…

Autre bonne nouvelle pour Fiat et son administrateur délégué, Sergio Marchionne vient d’être élu 51eme homme le plus influent du monde par le magazine Time. Une première étape pour l’homme au pull marine qui ambitionne de faire du groupe Fiat/Chrysler le n°3 mondial de l’automobile d’ici à 2014/2015… même si il va falloir aller chercher avec les mains et les dents les plus de deux millions d’exemplaires qui manquent actuellement et qu’il faudra bien désendetter Chrysler sous peine de mettre sérieusement dans le rouge Chrysler mais aussi Fiat avec tout ce que cela implique ! Et je ne parle pas de l’hostilité des syndicats italiens qui craignent de voir Fiat devenir américain et quasi satellite de Chrysler… Un long feuilleton à suivre dans les prochains mois aussi bien dans les dossiers financiers que sur les marchés.

Via Challenge, RomandieNews, LaTribune.