Un jour, je me suis rendu compte que je croisais quand même pas mal de Peugeot iOn. J’ai voulu me documenter sur le sujet et me suis donc rendu dans le merveilleux univers des fichiers d’immatriculation. Choc : Peugeot a immatriculé 195 iOn au premier trimestre 2018. Pire : en 2017, ils ont tapé 804 immatriculations, de quoi occuper la…troisième place du marché –certes très loin derrière les Zoe et Leaf. En cumulant les ventes de Citroën C-Zéro et Mitsubishi i-MiEV (qui, rappelons-le, sont strictement identiques au logo près), on arrive même à 1 350 exemplaires ! Ne parlons même pas de 2016 : 1 191 iOn et 2 069 triplettes en cumulé. Qu’est-ce qui peut bien convaincre autant de personnes à acquérir une auto vieille de huit ans ? J’ai enquêté.

Salon de Genève 2009. Entre deux stands débordant de green-washing, Peugeot présente sa voiture électrique –attention, une vraie qui roule hein, pas un énième concept. Nom : iOn. Taille : 3.47 m. Origine : Japonaise. Autonomie : jusqu’à 150 km. Prix : 35 350 €. Vous vous demandez probablement pourquoi vous devriez acheter ça alors qu’une 107 propose la même chose pour le tiers du prix ? Vous avez bien raison. D’autant plus que les infrastructures de recharge étaient à peu près inexistantes à l’époque. Aujourd’hui, le catalogue s’étoffe, les autonomies progressent, les prix diminuent, les bornes se multiplient à la vitesse d’un lapin en chaleur. Et la iOn est toujours là.

Huit ans, donc, que la iOn se promène dans nos villes. Aucun restylage, mêmes équipements, même moteur, même batterie. J’espère sincèrement que le responsable produit a d’autres modèles dans son portefeuille… La petite Peugeot est donc toujours propulsée par son moteur de 67 ch & 180 Nm, lui-même alimenté par une petite batterie de 14.5 kWh. Eh oui, propulsée, car la iOn cache son moteur en porte-à-faux arrière ! On a donc là une petite 911 –avec un peu d’imagination, je vous l’accorde.

Je récupère donc mon auto avec une évolution majeure dans sa carrière : elle a une nouvelle couleur, un Electric Blue ma foi pas désagréable. Reste…le reste : un style assez détonnant. De plein profil, la iOn fait illusion, avec cette drôle de silhouette en œuf sans aucun porte-à-faux, totalement dénuée d’agressivité. Non, le problème, c’est dès qu’on la voit en trois dimensions. 3.47 m de long, 1.61 m de haut et…1.47 m de large. Même une 108 est 14 cm plus large ! Du coup, une voiture plus haute que large, ça inspire moyen la confiance – et c’est surtout pas très joli. Résultat : durant les cinq jours de prêt, on l’a souvent assimilée à une voiture sans permis… Dommage, à une époque où les voitures électriques font de gros efforts pour paraître attirantes.

A l’intérieur, première belle surprise : l’habitabilité ! La iOn a beau être aussi courte qu’une 108, l’absence de compartiment moteur libère un espace intérieur bluffant. On s’est retrouvés à plusieurs reprises à quatre adultes sur des distances qui n’ont rien de ridicule, et personne ne s’est plaint de ne pas avoir assez de place à la tête, aux coudes ou aux jambes. Remarquable. Dommage, cependant, que les sièges avant soient si inconfortables, avec des dossiers bien trop bombés. Une belle habitabilité, donc, mais qui dessert le volume de coffre : 166 litres seulement, quand une 108 en propose 196 et une Twingo 219.

Attaquons maintenant la question de la planche de bord. Alors, ce qu’il faut savoir, c’est que la Peugeot iOn est une Mitsubishi i-MiEV rebadgée, elle-même issue de la Mitsubishi i. Et la Mitsubishi i, elle est sortie en 2006. Et ça se ressent. Le dessin est vieillot, les plastiques peu flatteurs, l’instrumentation archi-minimaliste, l’équipement pour le moins sommaire. De série : clim, radio CD Bluetooth, vitres électriques et…c’est tout ? Même le cache-bagage est en accessoire. Pour couronner le tout, il y a du noir laqué un peu partout –dois-je encore vous expliquer mon aversion totale pour ce truc ? Terminons sur ce glorieux chapitre avec cette photo représentant mon petit doigt enfoncé jusqu’à la seconde phalange dans un trou dans le volant, situé pile dans la zone de préhension.

Bon. Cette partie théorique était perfectible ; peut-être la partie dynamique sauvera la iOn ? En ville, la p’tite Peugeot est clairement dans son élément. Le moteur à l’arrière permet de dégager tout l’espace à l’avant, permettant un rayon de braquage hors norme de 4.50 mètres entre murs ! Ce qui est sacrément pratique pour les manœuvres. Le moteur électrique procure à la iOn une étonnante vivacité, permettant de briller au Championnat des Feux Rouges. Les reprises ne sont pas en reste, avec, comme d’habitude avec l’électrique, une réponse immédiate et linéaire. Un kart urbain, cette iOn ? Hélas, la direction est de loin la plus inconsistante que je connaisse, avec une démultiplication totalement absurde. Dommage, on n’était pas passé loin ! En revanche, deux points négatifs sont à relever : d’importants bruits de mobiliers étaient audibles sur pavés, et le confort est –osons le mot- exécrable. J’ai déjà parlé des sièges, mais les suspensions ultra sèches complètent un tableau malheureusement pas bien brillant.

Là où la iOn m’a surpris, c’est sur les départementales. Je suis allé me promener dans le Vexin avec, et sur la Route des Crêtes au-dessus de la Roche-Guyon, je n’ai pas peur de dire que je me suis amusé ! La propulsion, les batteries dans le plancher et le peps du moteur permettent de conserver un rythme qui n’a absolument rien de honteux. La Peugeot vire à plat, le comportement est ultra sain, on est en confiance totale. De plus, son étroitesse permet de profiter de toute la largeur de sa voie : c’est rigolo !

Youpiiii

Prendre l’autoroute est un exercice nettement moins enjaillant. La iOn est…assez flippante dans cet environnement, je dois bien l’avouer. L’isolation phonique est complètement inexistante, la tenue de cap conceptuelle, la direction affreusement floue et les mouvements de caisse bien trop importants pour être rassurants. Seule note positive : les relances sont très appréciables, même pour passer de 110 à 130 km/h. Peu de citadines, essence ou électrique, peuvent en dire autant.

Et niveau autonomie, me direz-vous ? Sur les 490 km parcourus à son volant, j’étais dans une fourchette comprise entre 100 et 140 km suivant les types de trajet. Toutefois, deux éléments sont à prendre en compte : mon essai s’est déroulé cet hiver (oui, il a un peu traîné dans mes dossiers) et les batteries n’aiment vraiment pas le froid. Enfin, j’ai récupéré la voiture avec 7 km au compteur, et les propriétaires de VE s’accordent tous sur le fait que les accus ont besoin d’un rodage avant d’exprimer pleinement leurs potentiels. Au final, un score pas si déshonorant pour une petite voiture avec des petites batteries : pour rappel, 14.5 kWh, c’est vraiment pas grand-chose. Certains SUV hybrides rechargeables proposent la même capacité pour 60 km d’autonomie à tout péter… C’est pas grand-chose, et ça permet de se charger plutôt rapidement : « seulement » 6 h en 14 A pour un plein complet –une Leaf de 40 kWh, c’est 21 h. La charge rapide, sous standard ChaDeMo, a le bon goût d’être de série, permettant de charger la iOn à 80 % en 30 petites minutes.

Mais vient l’heure de répondre à ma question initiale : pourquoi les gens achètent encore des iOn ? Au vu de ce que je viens d’en dire, le mystère s’épaissit. La voiture est certes habitable mais son coffre n’est pas bien grand, elle est mal finie, pauvrement équipée, inconfortable et peut difficilement sortir des villes. Hmm. Je poursuis mes investigations : j’arrive sur la page des promotions Peugeot…et tout s’éclaircit.

Bah oui, 89 € par mois tout compris avec un vélo électrique en rab, ça fait réfléchir. Sans compter que la batterie a la délicatesse d’être comprise dans la mensualité, rendant les coûts d’énergie dérisoires. Les amis, à condition d’avoir un vieux diesel à refourguer, on tient là une voiture parmi les plus économiques du moment. Ce qui me fait réfléchir quant à la course à l’autonomie que se livrent les constructeurs : une grosse batterie, c’est bien, mais ça coûte cher. Alors que là, Peugeot nous propose une petite voiture, certes ultra basique et loin d’être parfaite, mais qui propose une autonomie parfaite pour tous les jours, le tout pour un prix ultra serré. Et ça marche. Ne devrions-nous pas méditer là-dessus ?

Merci à Peugeot pour l’aimable prêt.

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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