Infiniti 00

A l’occasion du Salon de Genève, Infiniti a convié Blog Automobile à la présentation européenne de la nouvelle berline Q50, rivale des trois premiums allemands fortement établis (BMW Série 3, Mercedes Classe C, Audi A4) mais aussi des Volvo S60, Lexus IS ou Citroën C5 et DS5. C’est également l’occasion de rencontrer plusieurs représentants de la marque Infiniti. Aussi, je vous propose deux entretiens : l’un avec Bernard Loire, vice président d’Infiniti Europe et Moyen Orient, et l’autre, en vidéo, avec François Bancon, directeur général adjoint d’Infiniti.

Quelques mots avant de passer aux interviews : Infiniti a été créée, à l’image de Lexus et d’Acura, à la fin des années 80. La marque de luxe de Nissan a débuté en 1989 aux Etats-Unis avec des voitures exclusivement produites au Japon. Depuis la fin des années 90, Infiniti commence son internationalisation et a été officiellement importée en Europe depuis 2008. Il y a deux actualités majeures en ce début d’année pour Infiniti : d’une part, le lancement de la nouvelle berline Q50 que Frédéric vous a présenté ici et, d’autre part, la nouvelle dénomination des modèles de la gamme, visant à simplifier la lecture et la hiérarchisation des différentes Infiniti (Arnaud vous l’avait exposé ici).

Commençons par le premier entretien réalisé avec Bernard Loire sur le stand Infiniti avant de passer à la vidéo.

Eric E. : Infiniti est arrivé en Europe il y a très peu de temps (2008), bien après les USA. En dépit de la nouvelle dénomination à venir, le public a toujours un problème de reconnaissance de la marque et des différents modèles. Verra-t-on une autre stratégie de communication afin de mieux promouvoir la marque en Europe de l’Ouest ou reste-t-on pour le moment sur une communication via la F1 et le marketing direct ?

Bernard Loire : La F1 est clairement un vecteur d’accélérateur de communication mais aujourd’hui en Europe de l’Ouest, nous sommes confrontés à un problème de taille. Nous allons devoir travailler sur la familiarité de la marque mais aussi sur la visibilité de nos produits. Pour ceci, il y a 2 éléments, d’une part le lancement de nouveaux modèles, comme la Q50 qui répond mieux aux attentes du marché européen (motorisation diesel 4 cylindres), et notre réseau. Ces deux actions sont à mener en parallèle. Un marché comme la France est actuellement servi que par 4 concessions. Il nous faut 20 à 25 partenaires pour couvrir correctement le marché français. D’ici à 18 mois, un bon nombre de ces 20 partenaires sera actif. Nous sommes à la croisée des chemins : nous avons lancé une marque originellement de niche et que nous souhaitons rendre plus visible.

E² : Avez-vous l’intention de n’avoir que des partenaires indépendants ou un réseau dédié avec des succursales à terme ?

B.L. : Les partenaires seront privés, nous n’avons pas l’intention de représenter directement la marque. En France, nous avons un choix assez élevé de partenaires privés, qu’il s’agisse de groupes multimarques ou familiaux sur lesquels nous pouvons nous appuyer.

E² : La Q50 arrive sur un marché très concurrentiel en Europe, notamment auprès des loueurs longue durée. Comment va s’articuler la gamme pour l’Europe et pour la France en particulier ?

B.L. : La gamme Q50 est pour nous une révolution dans la mesure où l’on offre pour la première fois chez Infiniti des moteurs 4 cylindres qui sont bien plus adaptés au marché européen et aux donc aux contraintes des flottes (taux d’émission, consommation, coût d’utilisation..) mais aussi des motorisations beaucoup plus performantes comme le 3.5 hybride. Le second point est que la gamme sera articulée un peu plus comme nos concurrents le font et en fonction de ce que demande le marché des flottes i.e. des modèles  avec des équipements bien spécifiés. Il y aura aussi une politique d’option permettant de faire des combinaisons de voitures plus amples qu’il ne l’est actuellement possible afin de rentrer plus efficacement dans les car policies des grandes entreprises. La Q50 sera l’arme qui nous permettra de pénétrer ce segment qui représente plus de la moitié du marché européen.

E² : Il n’est malheureusement pas prévu de déclinaison break pour la Q50 ?

B.L. : Pas de déclinaison break, non. On y a beaucoup réfléchi mais il s’agit surtout d’une histoire de volume [de vente]. Le break est un produit très européen. On a regardé les volumes possibles pour cette silhouette mais les prévisions s’avéraient insuffisantes pour justifier l’investissement. Nous avons des crossovers dans la gamme, ils sont susceptibles de répondre aux attentes des clients à la recherche de volume habitable.

E² : Quels sont les objectifs pour Q50 en année pleine ; quel volume de ventes devrait-elle représenter ?

B.L. : On ne donne pas d’objectif chiffré pour l’instant. L’important est de pouvoir installer la marque. Les volumes viendront lorsque la marque sera installée. La Q50 devrait représenter en Europe à terme entre 40 et 50% des ventes. C’est, avec FX, le second pilier de la gamme Infini en Europe pour Infiniti.

E² : Justement, n’est-il pas risqué de changer la dénomination du FX en QX [il sera renommé QX70], s’agissant du seul modèle vraiment établi et connu sur le marché européen ?

B.L. : Le changement de nom est toujours sujet à débat, et je peux vous dire qu’on en a eu chez nous ! La lettre Q est historique au sein d’Infiniti [la première Infiniti était baptisée Q45 NDE²] et on a trouvé qu’il nous manquait une logique alphabétique au sein de notre gamme. Nous avons décidé de retourner à nos racines, d’utiliser la lettre Q pour les berlines et QX pour les crossovers. FX sera donc dénommé. Ca veut dire que la stratégie de gamme prévaudra sur la stratégie individuelle d’un modèle. Il y a aussi la tendance au downsizing : notre dénomination sera désormais indépendante de la cylindrée du véhicule, cela permettra au client de ne pas avoir l’impression d’avoir un produit dévalorisé si l’on remplace un moteur par un autre, plus petit et plus performant. D’autant plus que l’on arrive avec des moteurs hybrides ou turbo pour lesquels la cylindrée a moins d’importance.

E² : Une future Infiniti arrivera sur le segment C et sera produite au Royaume Uni : que pouvez-vous nous dire sur ce produit ? Pour quand est-il attendu ?

B.L. : Cette voiture est avant tout un message très fort à destination du marché européen : nous avons décidé de produire cette voiture à Sunderland, dans notre usine anglaise. C’est un signe fort de notre engagement et de l’investissement que nous sommes prêts à faire sur le long terme en Europe. Il s’agira d’une voiture compacte basée sur une plateforme que nous partagerons avec notre partenaire Daimler. Elle aura les caractéristiques que l’on attend d’une Infiniti, i.e. une voiture plaisir de conduire avec un design très personnel doté d’un fort pouvoir de séduction. En termes de caractéristiques techniques, nous aurons des motorisations essence et diesel en phase avec les attentes du marché européen.

E² : S’agira-t-il d’une propulsion ou d’une traction ?

B.L. : Il s’agira d’une traction, elle reprendra la plateforme des Classe A et B de Mercedes. Il s’agit de la plateforme FMA.

E² : Le marché chinois est relativement nouveau pour Infiniti. Comment s’articulera à terme la production sur place afin de ne plus pénaliser fiscalement les véhicules ?

B.L. : A date, Infiniti est vendu en Chine en important des véhicules du Japon. Notre problématique est de sortir d’une production mono site à une production multi site afin de rapprocher notre production de nos marchés. Nous avons ouvert une usine aux USA qui produit un modèle pour ce marché et pour l’export [le JX/QX60]. Nous avons aussi annoncé une usine en Chine pour bénéficier d’un positionnement prix plus avantageux et d’une meilleure accessibilité au marché. Nous sommes également en train de nous installer en Chine, comme nous le faisons pour l’Europe. Nous attendons les volumes pour 2014.

E² : S’agira-t-il d’une JV avec Dongfeng comme pour Nissan ?

B.L. : Oui, exactement. Le siège d’Infiniti est d’ailleurs en train d’être déplacé à Hong Kong. Nous cherchons à faire en sorte qu’Infiniti vole de ses propres ailes, indépendamment de Nissan, nous avons créé Infiniti Motor Company Limited dans cette optique.

Merci beaucoup.

 

Je vous propose maintenant l’interview de François Bancon. Il y a un début à tout et c’est mon premier entretien filmé : je compte activement sur vous pour passer l’éponge sur mes 4 heures de sommeil et sur le fait qu’Infiniti nous a payé à boire jusque très tard dans la nuit dans un bar de Montreux que j’ai dû travailler toute la nuit pour préparer l’entretien.

Merci à Bernard Loire, Gilles Gautherot, François Bancon ainsi qu’aux sympathiques équipes d’Infiniti et de TMW.

Photos : Infiniti, Eddy P, Eric E / Montage vidéo : TMW