Dans le cadre des essais Renault Z.E., Blog Automobile a pu faire quelques kilomètres en Kangoo Maxi ZE 5 places. Sera-t-il à la hauteur du premier véhicule électrique qu’il m’a été donné de conduire ? Celui-ci m’avait laissé un souvenir impérissable : un formidable agrément, une puissance suffisante pour mouvoir l’importante masse de la bête, des sensations de conduite singulières et très plaisantes. Le Sprague Thomson de 1925 reconverti en Convoi d’Auteuil de la RATP reste comme l’une de mes meilleures expériences de conduite. Après 90 minutes (un peu court, j’en conviens) en Kangoo, voici le verdict.

Présentation

On ne présente plus Kangoo tant cette voiture est populaire sur son segment. Disponible en 3 versions (Kangoo tôlé 2 places, Kangoo Maxi 2 places et Kangoo Maxi 5 places vitré), son dérivé électrique se distingue esthétiquement par quelques stickers évoquant des circuits imprimés, des badges ZE ainsi que la trappe sur la calandre, permettant de recharger le véhicule. Pour le reste, il s’agit d’un Kangoo tout ce qu’il y a de plus normal, produit à Maubeuge sur les mêmes lignes que son homologue thermique, contrairement à ses rivaux (Transit Connect, Berlingo électrique ou Doblò Micro-Vett) proposés de fait à de prohibitifs tarifs. Pour des raisons de coût, les ailes arrière n’ont pas été retouchées avec pour conséquence directe la présence d’une trappe à carburant s’ouvrant sur un obturateur. De quoi faire une fausse joie aux oligarques saoudiens.

A bord, peu de modifications par rapport à un Kangoo thermique : seul le sélecteur de boite et les deux pédales trahissent le fait que l’on n’a pas affaire au sempiternel diesel à boite manuelle. Comme tout Kangoo Maxi qui se respecte, le volume de chargement est immense et l’espace à bord est très généreux du fait des 40 centimètres supplémentaires dévolus au rang 2 et à l’espace de chargement : un Scénic paraît étriqué en comparaison… Il n’existe pas de Kangoo Compact ou BeBop en version électrique, leur plancher étant trop court pour la batterie (tant pis, Ringo). Pour des raisons de rigidité de caisse, il n’est pas possible d’avoir un Kangoo châssis standard avec deux portes latérales coulissantes (une au maximum). Kangoo Maxi, en revanche évite cet écueil. Les tarifs vont de 15 000 € pour la version de base à 17 000 € HT pour un Maxi 5 places, prime de l’Etat de 5 000 € déduite. Doté de diverses options (climatisation, siège conducteur réglable en hauteur, PLC gauche, aide au parking, boucliers peints, airbag passager et antibrouillards), notre exemplaire d’essai était facturé 19 800 € HT prime déduite. C’est plus ou moins le tarif d’un Kangoo Maxi Extra dCi 90 comparable. Il convient d’ajouter à ce tarif la location des batteries à partir de 72 € par mois.

En mouvement

Techniquement, le moteur de Kangoo ZE est similaire à celui de Fluence ZE à ceci près que sa puissance est moindre (44kW ou 60 ch). Le couple, en revanche, est tout aussi généreux avec 226 Nm, soit l’équivalent d’un 1.5 dCi 105 ch… Dont le couple serait instantanément disponible. Inutile de dire qu’aucune comparaison n’est possible avec une motorisation thermique : l’électrique ne semble jamais à la peine et répond à la moindre sollicitation. La batterie lithium-ion manganèse pèse 260 kg mais, contrairement à Fluence, celle de Kangoo constitue un bloc assez fin courant le long du soubassement arrière de la voiture. Corollaire, la batterie n’est plus compatible avec les stations Better Place mais elle ne pénalise pas le comportement de la voiture, le poids étant réparti de manière bien moins contraignante que sur Fluence.  Kangoo ZE ne rampe malheureusement pas lorsqu’on sélectionne Drive (elle n’est pas non plus dotée du hill assist), c’est dommage d’autant plus que Fluence est dotée de ces prestations. Si on n’a pas affaire à une formule 1, le punch est surprenant dans un tel véhicule, Kangoo accélérant très fort. Bien entendu, le tout se fait sans vibration, sans avoir à passer de vitesse et dans un feulement somme toute agréable.

Car c’est aussi et surtout là le point fort de la voiture : sa conduite ne se contente pas d’être confortable, silencieuse et tonique. Kangoo est une voiture intrinsèquement ludique où chaque détail (position de conduite, design, surface vitrée, suspensions un peu souples, garde au sol) contribue à distiller cette impression. Kangoo ZE est tout simplement amusante à utiliser et est du genre à dessiner un sourire sur le visage de son conducteur. On se prend à jouer avec sa conduite électrique en accélérant fort et sans bruit, à jouer avec son ordinateur de bord pour mesurer la récupération d’énergie à la décélération, on a envie de crapahuter dès que l’on aperçoit une surface qui s’y prête. Dont acte, les photos en attestent… Kangoo Maxi ZE ne se prend pas au sérieux mais n’oublie pas d’être compétente. Que demande le peuple ? Du plastique en remplacement de la moquette pour faciliter le nettoyage ? 5 vastes places modulables ? Un espace de chargement permettant de faire tenir les quelques loisirs de vos enfants ou vos affaires de travail ? Kangoo Maxi ZE fait tout cela et dans la bonne humeur. Si certaines voitures paraissent spartiates, celle-ci se veut ouvertement pratique et ludique.

Bien sûr, les pneus éco spécifiques à la voiture se facilitent en rien l’adhérence sur certaines surfaces (d’un autre côté, j’ai pu crapahuter sans problèmes) mais il n’y a rien de dramatique après tout : on n’achète pas une Kangoo pour aller taquiner le chronomètre à Estoril. Il va de soi qu’un particulier achète ce genre de voiture en tout état de cause : Kangoo n’est ni statutaire, si outrageusement qualitative, ni remarquablement sophistiquée. Il y a d’autres produits pour ça et cette voiture ne s’adresse pas à tout le monde. Si une Audi A4 a la rigueur et la froideur d’un Vermeer, Kangoo semble emprunt d’un côté pop-art digne de Keith Haring. Autant Fluence ZE cherche à rassurer un client traditionaliste, autant Kangoo assume pleinement ses formes et sa fonction. Les flottes d’entreprises, quant à elles, sont déjà acquises à ce segment de marché. La version électrique peut-elle supplanter son pendant diesel ? Tout dépendra de votre utilisation.

L’essai de Fluence ZE m’avait laissé assez dubitatif quant à l’intérêt de la voiture sur le marché français : la chaîne de traction était certes séduisante mais le véhicule peinait à enthousiasmer. Pire, son gabarit, en contradiction avec l’autonomie, en faisait une piètre citadine, à moins que ce ne soit l’autonomie qui en fasse une piètre polyvalente. Kangoo s’adresse à une clientèle différente et à défaut de représenter une grande part du mix du ludospace, la version ZE pourra sans doute séduire dans les grandes villes notamment.  Mais cette version électrique est très pertinente : nombreux sont les utilitaires à circuler essentiellement en ville sur des parcours assez prévisibles, souvent parsemés de stationnements fréquents. Bref, autant de profils d’utilisation qui ne font guère de bien à un turbo diesel catalysé (conçu pour fonctionner à chaud sur une plage d’utilisation réduite et à régime relativement constant i.e. à l’opposé des petits trajets urbains). L’électrique prend alors tout son sens. Pour peu que vous parcouriez moins de 120 km par jour, l’autonomie de Kangoo ZE ne posera pas de problèmes (elle est annoncée à 170 km NEDC, je base mes 120 km sur ma conduite non économique en Fluence). Pensez juste à le recharger la nuit. Vu sous cet angle on peut aisément spéculer que de nombreuses flottes d’entreprises en seront dotées (cela devrait représenter 80% du volume de ventes de Kangoo ZE). Pour les autres usages, il y a les versions diesel, essence et, bien entendu, la concurrence. Renault ne prétend pas supplanter les versions thermiques avec cette Kangoo ZE, mais simplement adresser certains types d’usages avec une solution plus pertinente que ce qui existe à date sur le marché. De ce point de vue, le discours de la marque au losange se veut enfin réaliste après une période où la communication autour de la gamme ZE semblait presque faire de l’ombre à la gamme thermique.

Verdict

Au final, j’ai trouvé Kangoo ZE plus plaisante que Fluence ZE, sa chaîne de traction se mariant à merveille avec l’ensemble un peu déluré et pratique de l’engin. C’est probablement la camionnette de livraison idéale pour les grandes villes, et une voiture à tout faire qui devrait séduire de nombreuses flottes, qui ne resteront probablement pas insensibles aux différents avantages de cet utilitaire : un côté vert sans doute valorisant, un agrément de conduite apte à réduire les arrêts maladie, un volume de chargement (presque) préservé ou un coût d’entretien et d’assurance réduit. Pour ma part, Kangoo ZE m’a convaincu et vient rejoindre ce bon vieux Sprague-Thomson au rang des bonnes expériences. Un regret cependant, le châssis standard de Kangoo ZE ne permet pas l’implantation d’une banquette en rang 2. Dommage, cela aurait été une offre intéressante. Il reste à espérer que le réseau Renault ait été doté avec suffisamment de véhicules d’essai : l’agrément de l’électrique étant un véritable atout qu’il faut essayer pour en prendre la pleine mesure. Le tout étant, bien entendu, de ne pas avoir une trop grande exigence en termes d’autonomie. Certains s’y retrouveront, d’autres non (ces derniers seront sans doute plus nombreux). Faîtes vos calculs.

Photos : Eric E / D.W. Jacson