17.000 morts, c’est le nombre de tués sur les routes françaises en 1972 et c’est sous la présidence de Georges Pompidou que l’état décide d’intervenir afin de limiter puis de réduire le nombre de morts dus à des accidents de la route. Fort de ce triste chiffre, le gouvernement d’alors dirigé par Pierre Mesmer décide que prendre des mesures drastiques pour faire cesser cette hécatombe routière et en cette fin d’année, le gouvernement sous l’impulsion de ministre de l’intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, met en place les premières vraies lois « contraignantes » (du moins à l’époque car elles ont aujourd’hui normales et peu contestées).

Ainsi, le port de la ceinture de sécurité (seulement aux places avant et il faudra attendre 1990 pour les places arrières) est obligatoire, le port du casque pour les motards devient lui aussi obligatoire et le franchissement d’une bande blanche ou l’absence d’arrêt à un stop deviennent des comportements routiers plus sévèrement réprimandés… sur les contraventions et coûtent désormais plus chers en timbres-amendes aux mauvais conducteurs. Mais ce n’est pas tout puisqu’en cette fin d’année 1972, le gouvernement Messmer après étude et concertation annonce qu’il y aura des limitations des vitesses sur le réseau routier hexagonal. Ainsi la vitesse sur route est limitée à 100 km/h, celle sur autoroute est limitée dans un premier temps à 120 km/h, puis 140 km/h avant d’arriver à la vitesse médiane de 130 km/h que nous connaissons tous actuellement. Ces vitesses limitées viennent s’ajouter à la limitation de la vitesse en agglomération qui est réglementée et limitée à 60 km/h depuis 1969.

Début 1973, l’état fait réaliser quelques enquêtes, quelques sondages dans l’opinion et ceux ci sont vraiment favorable à la mise en place d’une telle réglementation qui met fin à la liberté du « je roule à la vitesse que je veux n’importe où et dans n’importe quelles conditions ». Fort de cette quasi approbation, le gouvernement promulgue cette nouvelle réglementation au début de l’été 1973 mais pour ne pas se fâcher avec les français, le premier ministre de l’époque que ces mesures sont mises en place pour une évaluation « grandeur nature » et non définitivement… L’été 73 arrive et le premier choc pétrolier aussi et d’un coup d’un seul cette loi sur les limitations de vitesses prend tout son sens pour la sécurité mais aussi pour les premières vraies économies d’énergie à cause du coup de force de l’OPEP sur les marchés pétroliers. Ainsi entre fin 72 et début 74, le prix de l’essence est presque doublé (voir tableau ci dessous).

Toujours est il que nos nouvelles limitations de vitesses tombent à pic en pleine crise pétrolière et que plus rien depuis près de 40 ans  ne viendra les abroger ou les modifier. Elles seront complétées par l’arrivée de la limitation de la vitesse en ville abaissée à 50 km/h fin 1990, année qui verra aussi l’instauration des fameuses « Zone 30 ». Cette loi de 1990 est complétée en 2008 par la limitation à 20 km/h pour les zone dites de rencontre et en 2009 par les zones test « 110 km/h dans certains départements de l’est de la France (54, 55, 57 et 88). En 1982, l’état crée les modulations de la vitesse autorisée en fonction des conditions climatiques (pluie, vent, brouillard).

Pour rappel, la limitation de vitesse destinée aux jeunes conducteurs remonte à 1969. Elle était à l’époque uniformément limitée à 90 km/h (route et autoroute). A cette époque on instaure aussi le fameux rond apposable à l’arrière du véhicule avec le fameux 90 qui sera remplacé il y a quelques années par le A et des limitations de vitesses modulées sur routes et autoroutes durant les premières années de conduite (80 km/h et 110 km/h).

N’oublions pas qu’il existe la loi Gayssot en date du 18 juin 1999 qui adopta le délit de récidive pour les très grands excès de vitesse et la responsabilité pécuniaire du propriétaire du véhicule en cas de contrôle sans interception et d’impossibilité d’identifier le conducteur. Dispositif qui sera complété en 2003 par la fameuse mise en place d’un dispositif qui vise à automatiser la constatation de certaines infractions routières et l’envoi de la contravention. C’est l’arrivée des radars automatiques chers au ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy qui fera d’une expérimentation une réalité permanente avec une augmentation depuis cette année là du nombre des radars le long de nos routes. Je vous rappellerais aussi les lois de mars et juillet 2003 ont complété l’arsenal des sanctions qui ont encore été aggravées en matière de dépassement des vitesses maximales autorisées.

Pour mémoire, les premières limitations de vitesses en France remontent à 1893 avec une vitesse maximale autorisée de 20 km/h sur les routes et 12 km/h en ville. Ces vitesses seront respectivement portée à 30 et 20 km/h en 1899. C’est en 1922 qu’un décret instaure les règles du code la route, sans limitation de vitesse à l’époque mais avec des conseils et prescriptions de prudence pour la conduite et les vitesses auxquelles il fallait rouler selon les lieux. Ce n’est qu’en 1958 que que le code de la route prendra une valeur de loi et non plus de décret. Au début des années 20, les seules limitations de vitesses, comprises entre 8 et 35 km/h concernent les poids lourds et les VU de plus de 3 tonnes.

Du coté de la ceinture de sécurité, sachez que c’est une invention française que l’on doit à Gustave Désiré Lebeau en 1903 qui a déposé en 1903 un brevet qui présentait le principe des bretelles protectrices destinées à protéger et à retenir les passagers d’un véhicule hippomobile et automobile. Un anglais perfectionne le système en 1909 en le dotant de deux ressorts qui sont destinés à amortir l’effet du choc sur le corps et ce sont les premiers pilotes de l’US Air Force avant la première guerre mondiale qui profitent d’un système de harnais inspiré du brevet Lebeau perfectionné par l’ingénieur britannique. Il faut attendre les années 50 et Volvo pour voir le système arriver sur les autos. 1970 est l’année de l’obligation en France de la ceinture 3 points sur les autos neuves, 1973 voit obligation du port de la ceinture en rase campagne (route et autoroute), 1975 c’est en ville que la ceinture devient obligatoire mais uniquement le jour. Il faudra attendre encore 3 ans pour que la ceinture avant soit imposée quelque que soit l’heure et l’endroit. Comme je vous le disais plus haut, c’est en 1990 que les ceintures sont obligatoires aux places arrières et c’est en 1992 que l’état légifère pour imposer des moyens de sécurité adaptés et homologués pour les enfants de moins de 10 ans. On ajoutera, l’arrivée il y a déjà quelques années des systèmes de pré-tension de ceintures, puis les plus récents procédés qui préparent les ceintures aux chocs à venir en cas de détection d’un obstacle.

Airbags, ABS, ESP, EBD, TCS et d’autres systèmes électroniques participent en plus des ceintures et limitations à notre sécurité sur la route et il ne faut pas oublier les énormes avancées qu’ont fait les constructeurs en matière de technologies de fabrication des autos. Nous n’oublierons pas aussi des éléments indirects qui participent à la baisse du nombre de morts sur les routes comme la peur du radar et du fameux gendarmes, le renchérissement du coût du carburant qui entraine inévitablement une baisse de la vitesse moyenne ainsi qu’une diminution du kilométrage moyen parcouru par les automobilistes. Ce qui fait qu’en avril dernier, la Sécurité Routière a pu annoncer une baisse de 22.2% du nombre des tués sur les routes et ainsi, sur une année courante (avril 2011 à avril 2012), le nombre de décès routiers est passé sous la barre des 3.800 morts ( 3.765 décès) ce qui laisse augurer une année 2012, si la tendance amorcée se poursuit, aux environs de 3.600 tués, soit un nombre divisé par 4.72 entre 1973 et 2012.

Je terminerais par quelques chiffres sur le parc automobile français :

1895 : 550 voitures immatriculées

1900 : 1672 voitures immatriculées

1910 : 53000 voitures immatriculées

1920 : 330.000 voitures immatriculées

1935 : 1.300.000 voitures immatriculées

1950 : 2.310.000 voitures immatriculées

1960 : 6.240.000 voitures immatriculées

1970 : 13.710.000 voitures immatriculées

1980 : 20.990.000 voitures immatriculées

1990 : 27.758.000 voitures immatriculées

2000 : 33.000.000 voitures immatriculées

2005 : 36.039.000 voitures immatriculées

2011 : 37.744.000 voitures immatriculées

Voilà quelques éléments qui peuvent vous éclairer en matière de sécurité routière et sur la situation française qui ne devrait pas beaucoup évoluer dans les prochains mois même si on peut penser que la politique du chiffre sera moins présente dans les gendarmeries et autres services de police routière.

 

Reste tout de même à espérer un renforcement et un accroissement des contrôles d’alcoolémie, de conduite sous l’emprise de drogues diverses et variées mais aussi de médicaments sans oublier une vraie chasse (mais aussi formation ) qu’il faudrait faire aux jeunes conducteurs pour leur éviter d’être sur Facebook, MSN et au volant… Le tribut est trop lourd chaque année pour que le nouveau ministre de l’intérieur passe à coté de la prévention mais aussi des sanctions pour ses infractions routières.

Via SecuritéRoutière, CCFA, Flotauto.com, Ministère de l’Interieur, Volvo,La Revue de l’ingénieur.