… sinon Ferrari pourrait à moyen terme quitter la Formule 1.

luca_cordero_di_montezemolo

C’est ce qu’a laissé clairement entendre ce vendredi 13 juin, le gardien du temple de la firme de Maranello Luca di Montezemolo lors d’une entrevue accordée à des journalistes du très sérieux Wall Street Journal. Si l’on en croit les propos du président de Ferrari, les difficultés actuelles de la Formule 1, sa désaffection par le public et son image de moins en moins bonne pourraient bien finir par pousser la Scuderia à se tourner vers d’autres championnats si rien n’est fait en F1. Luca di Montezemolo de poursuivre en expliquant que la Formule 1 dans son schéma actuel ne fonctionne plus notamment auprès des amateurs mais aussi à terme auprès des sponsors et des investisseurs.
Cette perte de vitesse s’explique parce que la FIA a essentiellement oublié que les gens suivent les courses pour les émotions, le plaisir et les montées d’adrénaline qu’elles procurent. Tout le monde se fiche de voir un pilote économiser l’essence ou des pneus en suivant la programmation d’une course préparée selon des algorythmes et des calculs dans les stands.
Les gens veulent voir les pilotes être à fond pour aller d’un point à un autre durant 90 minutes et non jouer les bons petits pilotes aux ordres d’un ordinateur. La F1 est certes un sport mais  c’est aussi aussi un show où l’on vient se faire plaisir (NDLA : je vous laisse deviner ce que Montezemolo doit penser de la fameuse Formule E que la FIA va tenter de nous vendre dès septembre…). Il poursuit en laissant entendre que si rien n’est fait,  Ferrari pourrait alors se diriger d’ici 4 ou 5 ans vers l’endurance la très bonne image et aux courses intéressantes voire même palpitantes. Le boss de Ferrari ajoute enfin que l’entreprise ne pourra pas, bien évidemment, pour des raisons de moyens techniques, humains et financiers jouer sur les deux tableaux. Si Ferrari prend la décision de faire de l’endurance, il n’y aura plus de F1 ! Bien sur aucune décision n’est encore prise mais cette première annonce officielle doit sonner comme un avertissement aux oreilles des « papys » du sports automobiles que sont oncle Bernie et Jean Todt.

Non content d’en avoir mis un premier coup vendredi 13, Luca di Montezemolo vient d’en remettre un ce dimanche avec des propos relayés par nos confrères d’ESPN.F1.
Le président de Ferrari vient de demander au président de la FOM (Formula One Management), de réunir rapidement les membres éminents  de la F1 afin de réfléchir sur le thème de l’avenir proche d’une discipline qui se voulait la reine des sports mécaniques et qui est devenue en une quinzaine d’années une pompe à fric et à people visitant les boutiques de luxe autour de circuits intéressants tant sportivement que visuellement.
Si le courrier s’adressait d’abord à Bernie Ecclestone, l’autre destinataire n’est autre que Donald Mackenzie, le représentant du fonds CVC qui est l’actionnaire majoritaire de la société qui exploite les droits de la F1. Dans sa missive, Luca di Montezemolo exprime les mêmes craintes que dans son entretien avec le Wall Street Journal. Et il réitère dans ses courriers aux deux personnalités importantes du monde merveilleux de la F1 son souci vis-à-vis de l’intérêt déclinant des passionnés de sport automobile et des annonceurs pour la Formule 1 telle qu’elle est de nos jours. Il précise que la F1 actuelle n’est bientôt plus en mesure de séduire les jeunes générations d’amateurs qui seront les consommateurs de F1 de demain, ce qui aura pour résultat de faire fuir les sponsors donc l’argent, les pilotes et les constructeurs (NDLA : On rappellera les difficultés de certaines écuries de F1 qui ne peuvent plus payer leurs moteurs tant les frais imposés par la FIA et la FOM sont élevés et grèvent les budgets de fonctionnement)

Aussi pour remettre ou tenter de remettre les choses à plat, Luca di Montezemolo souhaite une réunion de crise dans un cours délai. Il espère convaincre les écuries, les médias, les diffuseurs TV et internet, les investisseurs de venir début septembre à Maranello pour faire le point et prendre des décisions qui iront dans le bon sens et qui ne seront pas encore un énième compromis ou une énième compromission ourdi par la FIA et/ou la FOM. Pour ajouter du poids à sa proposition, le patron de Ferrari ajoute qu’il est prêt à inviter les acteurs majeurs du net et des réseaux sociaux comme Google, Apple, Facebook, Twitter pour ne citer que les plus importants.

Ferrari souhaite des quasi états généraux de la F1 avant le GP d’Italie à Monza afin de préparer la relance pour la saison 2015 qui pourrait s’annoncer périlleuse avec des teams « sans le sou » et des écuries de seconde zone venues en Formule 1 pour faire de la com’ et du business plutôt que pour la compétition et la victoire.

Ferrari précise aussi dans son communiqué officiel : « Le président souhaite voir un brainstorming collectif pour le bien de la F1. La Formule 1 doit être basée sur l’innovation technique, la recherche et le développement, mais tout cela doit être fait de manière financièrement viable et surtout, cela doit faire partie d’un produit capable de présenter un spectacle. Car c’est le spectacle qui attire les partenaires commerciaux, les sponsors et surtout les fans, qui sont les véritables utilisateurs du « produit » qu’est la Formule 1. Trouver le bon équilibre entre ces ingrédients sera vital pour la viabilité et les futurs succès de notre discipline bien-aimée ».

Même si la fin du communiqué est un rien mercantile (les « médisants » diront que c’est parce que Ferrari n’est pas au top depuis quelques saisons) et on peut le comprendre, on ne peut qu’être d’accord avec les propos de Luca di Montezemolo qui tire la sonnette d’alarme alors qu’il est encore temps même si de très nombreux fans de F1, dont j’ai très longtemps été, se sont détournés de la discipline pour prendre plaisir à suivre le GT, l’endurance ou même le WTCC.

Entre une Formule 1 mal en point, un championnant WRC toujours fait de tourniquets intéressants, la FIA et ses membres qui profitent des dorures de l’immeuble de la place Vendôme feraient bien de s’atteler à l’évolution de la F1 pour en faire de nouveau la discipline reine du sport mécanique plutôt qu’une rente financière qui deviendra vite moribonde. A suivre.

Via EnduranceInfo, ESPNF1, WallStreetJournal.
Crédit photo : Photo4/LaPresse.