Projet unique d’une vie entière consacrée à l’automobile, la Marciano 268A est une de ces pépites méconnues qu’on découvre parfois. C’est beau de voir encore autant de passion automobile !

Je vois la photo d’une voiture rouge. Je pense vaguement m’y connaître un peu en voitures, même si j’ai des choses à apprendre, comme tout le monde. Mais là, je sèche. Une Alfa 33 Stradale, une Ferrari 250 GT SWB, voire une Bizzarini ? Ou même un mélange de tout ça ?

Hé non il s’agit de l’œuvre unique d’un créateur un peu dingue, forcément : Vincenzo Marciano. La construction de l’auto a démarré…. en 1972. Le jeune Vincenzo, âgé de 23 ans alors, travaille déjà dans l’industrie automobile italienne, foisonnante et flamboyante à l’époque (les temps ont bien changé, hélas). Il souhaite participer à un concours de design et récupère une Alfa Roméo Montréal accidentée, pensant pouvoir la réparer à moindre frais. Grave erreur : la voiture est dans un tel état qu’il ne peut récupérer que le moteur V8 et la boîte à 5 rapports ZF. Une bonne base, mais forcément elle va marcher beaucoup moins bien sans châssis.

Il ne se démotive pas pour autant, et va entamer un long processus de création avec le peu qu’il a pu récupérer. Il va de soi que le concours de design est complètement oublié et que Vincenzo a largement sous-estimé le travail nécessaire. Il va se mettre à assembler un châssis tubulaire sur mesure inspiré de la Tipo 33 Stradale et à jouer à un Meccano géant en piochant des éléments par-ci par-là. Le train arrière vient ainsi d’une Jaguar E-Type, le pare-brise d’une Ferrari 250 LM ( ! ) et les jantes d’un Alfa Romeo Tipo 33 Stradale. Ces dernières pièces à elles seules sont déjà difficiles à trouver, mais quand je vous dirais que les phares ont été repris d’une Ferrari 250 GTO, vous réaliserez encore mieux le travail réalisé..

Pour habiller ce châssis, une carrosserie inspirée de quasiment tout ce que l’Italie a pu faire de mieux. Outre les influences déjà citées plus haut, on peut y trouver des morceaux de Ferrari 250 GTO ou d’Alfa Romeo TZ2. Ce savoureux mélange fonctionne plutôt bien, à l’instar de ce que Effeffe a réussi avec sa Berlinetta. On peut certes lui reprocher un manque d’originalité, mais certainement pas d’élégance. Quant à son nom, il est simple à décoder : 26 pour la cylindrée (2,6 litres), 8 pour le nombre de cylindres et A pour anteriore (moteur avant).

Le moteur de la Montréal, logé donc sous le capot avant, développe 230 ch grâce au montage de quatre carburateurs Weber à la place l’injection mécanique Spica d’origine. Combiné aux 810 kg de la 268A, il autorise d’excellentes performances : 240 km/h en pointe et un 0 à 100 km/h en 6 secondes seulement. Le gabarit de la 268A est compact : 4,1 m de long pour 1,75 m de large.

Ce n’est qu’environ 30 ans après le début des travaux que la 268A est enfin achevée, juste à temps pour le centenaire d’Alfa Romeo. Projet d’une vie entière, la Marciano aurait dû rester unique. Mais Vincenzo, qui a eu largement le temps d’avoir deux fils et de les voir grandir (l’un d’entre eux est même devenu ingénieur en mécanique) se dit que lancer la production en petite série pourrait être une bonne idée. Il envisagerait même d’installer le moteur en position centrale. Espérons juste que les premiers exemplaires ne mettront pas eux aussi 30 ans à être construits.

Crédits photos : Marciano, Pierre Clémence