La nostalgie a toujours été un moteur dans le monde automobile. On ne compte plus les inspirations, continuités, rééditions… Manque d’imagination ou hommage aux artistes du passé, le débat ne sera jamais tranché. Le cinéma a lui aussi été un moteur puissant d’image pour l’automobile : Aston Martin et 007 pour ne citer que la plus célèbre paire de l’histoire du grand écran. Steve McQueen et sa Mustang “Bullitt” ne sont pas loin et permettent de réunir les deux thèmes.

La Mustang existe en effet depuis plusieurs dizaines d’années, les générations se succédant à rythme régulier et avec plus ou moins de bonheur. Ford nous offre donc à l’occasion du salon de Détroit une nouvelle édition spéciale de sa Muscle Car, la “Bullitt”.

Rappelons que le mythe date de 1968 et d’une course poursuite dans les rues de San Francisco entre la voiture pilotée par le charismatique acteur et une Dodge Charger. Ironie de l’histoire, Ford n’avait à l’époque pas accepté de prêter une voiture pour le tournage, c’est donc une version expurgée de tout logo qui apparaît dans le film.

Fort logiquement, la version 2019, série limitée annoncée pour l’été prochain (et probablement disponible uniquement aux USA  pour un prix encore inconnu) n’arbore aucun blason Ford, ni sur la carrosserie, ni les jantes ou le volant. La teinte est bien sûr inspirée de l’original, même si les roues noires (mode, quand tu nous tiens), ne sont elles pas tout à fait conformes.

C’est le traditionnel V8 de 5 litres qui se trouve installé sous le capot moteur avec une légère évolution de la puissance à 475 ch (+15ch par rapport à la version GT mais avouons que ce n’est pas très important). Des clapets d’échappement actifs devraient ravir les oreilles d’un vrapvrap très borborygmique apte à retourner le cœur de tous les amateurs de big block US.

De façon très inattendue, la Mustang Bullitt s’affiche sur le stand Ford accompagnée de la voiture originale, conduite par Steve himself pendant le tournage. Deux voitures avaient en effet été acquises par la production : l’une pour assurer les sauts et qui s’est un peu perdue (ce n’est pas très clair, elle aurait du être détruite puis retrouvée mais contestée parce que pillée et plus très originale…).

L’autre en revanche a passé 40 tranquilles années dans les mains d’un propriétaire qui s’en est servi très régulièrement. Elle avait connu plusieurs autres propriétaires auparavant, lorsque cette Mustang verte n’avait pas encore atteint le statut de star. Quelques milliers de dollars US pour changer de main et des acquéreurs peut être peu connaisseurs et/ou peu cinéphiles.

En revanche, le dernier d’entre eux a beaucoup aimé sa voiture. Au point de refuser à plusieurs reprises des offres de rachat ou d’échange de la part de Steve McQueen qui semble avoir voulu la récupérer à tout prix. En vain. La dernière fois que l’on avait entendu parler de l’auto, ce fut en 1990 quand un article (erroné donc) croyait avoir retrouvé l’originale “Bullitt”. Notre discret propriétaire a pu prouver que la voiture évoquée n’était pas la vraie tout en restant largement anonyme et peu précis sur sa localisation. Après une utilisation “normale”, la voiture fut immobilisée pendant un temps certain, ce qui lui offre aujourd’hui une authenticité remarquable en l’absence de toute restauration. Comme souvent, c’est le décès qui viendra faire évoluer la chose. L’héritier s’est discrètement rapproché de Ford et nous avons le résultat sous les yeux, un film est même en projet. Alors si l’on peut parler d’opportunisme de la part du constructeur américain, on ne lui jettera pas la pierre, ce serait trop facile, d’autant plus que ce n’est pas la première Mustang Bullitt en série limitée. Pensons plutôt aux futurs heureux propriétaires d’un morceau d’histoire du cinéma, peut être plus légitime que les précédents, du fait du parrainage de son inspiratrice.

Réjouissons-nous enfin que l’auto ait retrouvé le chemin du public sans pour autant passer par une enchère où elle aurait, à coup sûr, crevé le plafond.

Pour l’histoire complète de cette re-découverte, c’est par ici (en anglais).

Crédit photos : Ford USA, autoblog.com