_UMP1917-ba

Crédits photo : Ugo Missana

Sortie de nulle part ou presque, la jeune marque NanoFlowcell débarque à Genève avec une paire de concepts électriques qui revendiquent des chiffres astronomiques en termes de puissance et d’autonomie. Y-aurait-il anguille sous roche ?

On a pratiquement tous rencontré un jour sur internet une bannière du style « Félicitations, vous êtes notre 999 999ème visiteur et venez d’empocher 100 000 euros ». Dans ces cas-là, l’arnaque est vite flairée et cette bannière finit par devenir invisible à nos yeux. Mais malheureusement, certains non initiés tombent dans la panneau et trois clics plus tard, ils se retrouvent avec leur compte bancaire débité, si ce n’est vidé. J’ai bien peur que ce genre de péripéties arrive désormais aux investisseurs qui croient en la révolution technologique promise par NanoFlowcell, dont les concepts affriolants sont sans doute en train d’attiser la curiosité de certains gros porte-monnaie venus au salon de Genève.

Ce nom ne vous dit peut-être rien mais je suis certain que vous avez déjà entendu parler de leurs « exploits ». Le premier remonte à 2009. Cette année-là, NLV Solar, qui deviendra en 2013 NanoFlowcell, présentait au salon de Genève un concept censé renouveler (déjà!) le monde de l’automobile. Baptisé Quant, nom qui sera par la suite repris par NanoFlowcell pour ses futurs concepts, il avait été réalisé en collaboration avec Koenigsegg et faisait le pari d’utiliser uniquement l’énergie solaire pour se mouvoir. Les chiffres avaient de quoi mettre l’eau à la bouche : 520 ch, 715 Nm, un 0 à 100 km/h en 5,2 secondes, une vitesse maxi de 275 km/h et une autonomie de 500 km. Le tout avec quatre places et des portes papillon qui en jettent. Sur le papier, cela semblait presque idyllique, d’autant que le sérieux constructeur Koenigsegg était impliqué dans le projet. Oui mais voilà qu’un an plus tard, ce même Koenigsegg quitte précipitamment le navire. Pourquoi ? Christian Von Koenigsegg n’a jamais souhaité en parler. Mais la raison se trouve sans doute dans le passé tumultueux de Nunzio La Vecchia, fondateur et patron de NanoFlowcell.

NanoFlowCell-Quant-18

Nunzio La Vecchia

Avec sa banane impeccable et ses costards que l’on imagine faits sur-mesure, ce Suisse aux talents multiples (on y reviendra plus tard) semble a priori être un entrepreneur ché-bran qui passe ses week-ends à jouer au sosie approximatif d’Elvis (ou de Bruno Mars) dans les mariages et les bar-mitsvahs. Mais c’est un personnage bien plus sombre qui se cache peut-être derrière le masque. Nunzio La Vecchia a effectivement été jugé coupable d’escroquerie en 2013. Les faits remontent à 2000, époque à laquelle La Vecchia fit part de son projet de voiture à énergie solaire, la fameuse Quant, à une entrepreneuse zurichoise de 78 ans. Cette dernière accepta alors d’investir 44 millions de francs suisses avant de revenir sur sa décision quelques années plus tard, une fois l’arnaque repérée, et lancer une procédure judiciaire pour récupérer son argent. En 2009, la justice a conclu que les tests des panneaux solaires de Nunzio La Vecchia avaient été truqués. Quatre ans plus tard, le Suisse fut condamné à rembourser aux héritiers de l’entrepreneuse, décédée en 2011, l’intégralité de la somme investie. On imagine que cette histoire a totalement découragé Christian von Koenigsegg de poursuivre sa collaboration avec Nunzio La Vecchia. À moins que les deux hommes n’aient eu un différend d’ordre capillaire…

Cela n’a pas empêché notre petrolhead façon Dany Brillant (j’ai dit « plus tard ») de continuer sa « carrière » dans l’industrie automobile. C’est ainsi qu’il a débarqué au salon de Genève 2014 avec le concept Quant e-Sportlimousine. Derrière ce nom à rallonge (et je suis bien placé pour le dire) se cachait une berline de 5,25 mètres de long censée révolutionner (encore!) l’automobile. Cette fois, point de panneaux solaires mais une motorisation qui fonctionne grâce à un dérivé de l’eau salée selon NanoFlowcell. Pour faire simple (n’hésitez pas à me corriger si je me trompe), le principe est analogue à celui d’une pile à combustible sauf que les batteries NanoFlowcell utilisent un mélange de deux fluides ioniques (un chargé positivement et l’autre chargé négativement) pour produire de l’électricité, et non de l’hydrogène et de l’oxygène comme les voitures à pile à combustible « traditionnelle ». Ces batteries se chargent d’alimenter les quatre moteurs de la Quant e-Sportlimousine (un sur chaque roue).

NanoFlowCell Quant.11

NanoFlowcell Quant e-Sportlimousine

Ce type de motorisation se retrouve sur les concepts Quant F (en photo tout en haut) et Quantino présentés par NanoFlowcell au salon de Genève 2015. Le premier n’est d’ailleurs qu’une évolution plus performante de la Quant e-Sportlimousine. On ne va pas perdre de temps sur les chiffres théoriques de la Quant F (1 090 ch, 11 600 Nm et 800 km d’autonomie…). En revanche, attardons-nous un petit peu sur les ambitions de NanoFlowcell quant à la Quantino (je vous mets au défi de répéter très vite « quant à la Quantino » sans dire « Quentin Tarantino »). La marque envisage de commercialiser cette citadine de 3,91 mètres « au prix des compactes actuelles ». Au vu de la « technologie » qu’elle embarque, on imagine tout de même mal la Quantino, dont la fiche technique revendique 136 ch et 1 000 km d’autonomie, être aussi accessible. Mais bon, l’honnêteté ne semble pas être le fort de Nunzio La Vecchia…

quantino-galerie-1

NanoFlowcell Quantino

D’ailleurs, si vous le croisez dans les allées du salon de Genève, évitez de l’écouter parler ou vous risquez de finir envoûté. Car Nunzio La Vecchia, c’est surtout une voix hypnotisante. Et pas seulement lorsqu’il s’agit de vanter les mérites de ses concepts puisque l’homme s’est d’abord fait connaître grâce à ses chansons ! Cela valait le coup d’attendre jusqu’à la fin, non ?