Norev et Majorette perdent leur créateur : Émile Véron nous a quittés

Le fondateur de la marque de jouets miniatures Majorette est mort.

Emile Véron (2)

C’est un miniaturiste passionné d’automobile qui est parti : Émile Véron, fondateur de Norev en 1946 puis de Majorette en 1961, mais aussi ancien directeur de Solido et Verem, est décédé le mercredi 20 novembre dernier.

Né en 1925 à Lyon, il cofonde avec ses deux frères, Joseph et Paul, une première marque de jouets dont l’intitulé est l’anacyclique de leur propre nom : Norev. En désaccord avec ses frères, il lance en 1961 la société “Rail-Route Jouets”, fabriquant à la fois des voitures et des trains miniatures, qui prend le nom en 1966 de Majorette. Son objectif : produire de beaux jouets en plastique et zamac (alliage de zinc à 95%, aluminium à 4%, magnésium et cuivre), et non plus des miniatures de collection, chemin que prendra la firme Norev.

Malgré une rude concurrence parmi les fabricants de miniatures de taille 3-inches et échelles 1/64 – 1/43ème (Matchbox, Husky/Corgi, Siku, Tomica, Dinky Toys…), le succès vient vite : l’entreprise est introduite en bourse en 1977, les actions étant distribuées aux salariés, une année où Majorette rachète également Solido. Dès lors, ce qu’il est permis d’appeler “l’Empire Véron” est le leader mondial des voitures miniatures durant deux décennies, à raison de 400 000 miniatures fabriquées chaque jour, et d’une commercialisation établie dans 60 pays du monde. Des filiales sont créées en Allemagne (Globe Toys), Autriche, Italie, Portugal (Novacar), Royaume-Uni, y compris aux Etats-Unis (Floride) face à Matchbox, et jusqu’aux antipodes au Brésil, Australie, et Japon ; des dioramas sont rendus possibles avec MajoKit, et un nombre incalculable de dérivés publicitaires permettent aux sociétés de communiquer sur support miniatures via les sociétés Majo-Pub et Solido-Pub.

Mais à la fin des années 80, le succès se tarit, et la concurrence internationale est renouvelée (HotWheels, mais aussi une myriade de fabricants asiatiques). On reproche à Emile Véron de n’avoir pas suffisamment tôt délocalisé les activités vers l’Asie, aux coûts de fabrication moindres. Endettée, Majorette est placé en cessation de paiement en novembre 1992. Le groupe est alors cédé à la société Idéal Loisirs en avril 1993, vend un temps quelques Yatming, puis passe en 1996 sous le contrôle de Triumph-Adler AG (spécialisé dans la bureautique) qui s’en désengage en 2000. La descente aux enfers continue : après une délocalisation complète des activités de fabrication de miniatures à la fin des années 1990 du bassin Lyonnais (Rillieux-La-Pape) vers la Thaïlande, c’est le Jurassien Smoby qui rachète Majorette-Toys en 2003. Mais ce consortium Smoby-Majorette est placé à son tour en redressement judiciaire à la fin de l’année 2007.

Faute de nouveautés, d’une qualité en baisse et de gammes (notamment les “Fiction”) boudées, la marque est moribonde, mais cela n’empêche pas le groupe Allemand Simba-Dickie de reprendre la plupart des activités du groupe Smoby Toys au début de l’année 2008, sauf la marque Majorette qui est reprise par le fonds d’investissement français MI29. Les déboires continuent, et en 2009 les miniatures sont à nouveau en redressement judiciaire, et reprises par… Smoby Toys en 2010, qui licencie les 2/3 des 73 salariés restants pour les activités du fabricant dans l’Hexagone. Ironie de l’histoire, l’autre candidat-acquéreur à la reprise du groupe français n’était autre que… Norev, dirigée depuis 1986 par la famille Fischer.

Aujourd’hui, chacun continue de tracer son chemin dans le monde de la miniature automobile : après avoir subi de lourds dommages suite à des inondations en Thaïlande (qui obligèrent la marque à produire sous licence des Loyal Bright), Majorette a sorti ces deux dernières années de nombreux nouveaux moules et a renouvelé ses circuits de distribution (via Kiabi notamment) ; Norev a pour sa part bâti depuis 2003 une gamme complète de miniatures “3-inches” à haute fidélité, vendues comme des jouets et couvrant à la fois les sorties automobiles les plus récentes comme le sport ainsi que les travaux publics et une gamme “rétro” pour les véhicules du passé.

Émile Véron s’est également engagé en politique dans les années 1980 : il projetait de se présenter à l’élection Présidentielle de 1988, avec son mouvement “Réussir”. Antimilitariste (il fera supprimer la gamme “Militaire” de Solido à son rachat en 1977). Décoré de l’Ordre national de la Légion d’Honneur, il a en outre été condamné pour abus de biens sociaux en 1995 : en effet, à la fin de l’année 1991, Emile Véron avait racheté 100 000 actions Majorette au nom de l’une des sociétés de son groupe, le holding Goujet, en faisant payer le montant de ces titres (plus de 10 millions de francs à l’époque) par la Majorette S.A.

Emile Véron

La famille de M. Véron a annoncé à la presse régionale que son inhumation aura lieu le lundi 25 novembre à 14h30, en l’Église de Saint-Bernard-en l’Ain (Rhône-Alpes).

Sources : AFP via Le Figaro, Libération, France 3
Histoire de Majorette : Mes-miniatures.com, Norev, Solijouet, Forum Les Petites-3-inches

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