Double surprise en découvrant la nouvelle gamme Sandero, design et présentation sont en nette hausse, mais le prix, lui, reste inchangé, toujours plancher et … racoleur ! Y a-t-il une faille, un vice caché , quel est le secret de Dacia ? J’ai conduit les nouvelles Sandero « classique » et Stepway, et voici mon avis sur le « conduire low cost » qui se dit en langage automobile roumain,  » rouler malin! » .

 

La Logan n’est plus seule et bientôt les concessions Renault vont manquer de place …

 

 

Dacia semble faire siennes les paroles d’un sage dans L’Ame du Monde de Frédéric Lenoir (Nil Editions) : « Cultivez le contentement et la sobriété. Peu de choses suffisent au bonheur de l’homme. Or nous sommes devenus esclaves de notre convoitise qui nous fait désirer toujours plus. (…) Retrouvez le goût des choses simples et ne cherchez pas à posséder ce que les autres possèdent. Voilà une des grandes clés du bonheur! » Et pour Dacia c’est une des grandes clés de sa réussite. Entre 2004 et 2011 la marque roumaine, sous le giron de Renault, a multiplié  sa production par quinze ! Dans un contexte industriel et commercial morose, Dacia a le sourire, sa gamme s’étoffe à vitesse grand V et après la présentation du Lodgy et du Docker, voici Logan, Sandero et Sandero Stepway comme le bouquet final d’une année 2012 particulièrement faste.

 

Dacia en force, à l’assaut d’un marché européen sinistré …

 

 

Finie la soupe à la grimace quand on se voit remettre les clés d’une Dacia. Le Duster a séduit les foules par sa robe sportive et sexy, son prix alléchant et ses capacités ( extra) routières . Aujourd’hui la discrète Sandero est remplacée par un tout nouveau modèle largement dérivé de la toute récente Logan2. Le nouveau design de la citadine arbore des lignes qui expriment enfin la qualité et la robustesse chères à l’image de Dacia. Les voitures roumaines made by Renault sont costaudes et fiables, leur look veut désormais le faire savoir ! La face avant est connue depuis la révélation de la nouvelle Logan. Elle emprunte au sérieux des productions germaniques et se veut d’emblée rassurante sur la valeur qualitative du véhicule. Jusqu’au pied milieu, le profil et l’habitacle sont identiques à la Logan, ce qui permet aux deux voitures de partager près de 80% de leurs composants. La partie arrière est plus sensuelle que l’avant, les courbes sont plus douces et les feux évoquent le charme d’une DS3.

 

Dans sa version Stepway, la Sandero devient presque craquante. Le look baroudeur lui sied plutôt bien, et la discrète citadine gagne ce qu’il faut de dynamisme et d’agressivité pour espérer pouvoir devenir très vite un objet à la mode, que l’on habite un beau quartier ou pas, puisque l’un des points forts des véhicules Dacia c’est que TOUT le monde peut se les acheter ! ( sous réserve d’acceptation du crédit bla bla bla …)

Identiques à quelques détails près, Sandero et Sandero Stepway s’affichent à des tarifs très différents … et la plus chère sera sans doute la plus vendue !

 

 

A l’intérieur aussi tout a changé, sauf la course à l’économie et à la bonne utilisation du moindre centime d’Euro dépensé. Et pourtant … Et pourtant l’habitacle vaste pour la catégorie ( la garde au toit arrière renvoie toutes ses concurrentes au vestiaire, et le coffre peut contenir presqu’autant que certaines compactes !) présente un design sérieux et moderne, aux plastiques durs mais correctement agencés. Les économies se ressentent surtout dans l’ergonomie très à la traîne par rapport aux concurrentes qui vendent  leur confort plus abouti plusieurs milliers d’Euro en plus. Tout est question de priorité. Je ne suis pas un grand maniaque des plastiques moussés, je préfère poser mes yeux sur des cadrans bien présentés que poser mes doigts sur tous les recoins d’un habitacle pour en tester le moelleux. Sérieusement, qui a le temps sur ses trajets quotidiens maison-travail en citadine d’enfoncer gaiement ses doigts jusqu’aux premières phalanges dans le plastique moussé d’un  tableau de bord ? Une ligne générale avenante peut suffire. Restent les fautes d’ergonomie. Fautes qui sont en fait des choix budgétaires. Il faut bien que Dacia continue à gagner sa vie en vendant des autos modernes à moins de 8000€ ! Alors le volant est réglable en hauteur mais pas en profondeur. C’est bof. Alors la touche ECO si politiquement correcte est cachée à gauche sous la jante du volant. C’est très bof. Alors les commandes de lèves vitres sont mal implantées en bas de la console centrale et la fonction de descente ou remontée est privée de fonction séquentielle. C’est très très bof ! Mais à ce moment là le prix de vente vous revient en tête et vous vous surprenez à féliciter Dacia pour ses prouesses. Car oui, hormis ces quelques défauts, Dacia n’a fait aucun compromis avec la sécurité ni aucune concession avec son époque. Les Sandero sont équipées d’airbag frontaux et latéraux, du système d’aide au freinage d’urgence AFU et du correcteur de trajectoire ESC.  Dacia n’oublie pas non plus de faire de Sandero une voiture moderne et offre en haut de gamme ( qui reste moins cher que le bas de gamme de la concurrence) un écran tactile facile à utiliser avec navigation et services multimedia. Je n’ai que trop peu l’occasion de brancher mon i-Phone dans les voitures que j’essaie pour ne pas me réjouir de le faire dans ce véhicule low-cost ! Dacia s’intéresse à l’essentiel, oublie le superflu, et, en ce sens, répond parfaitement aux besoins quotidiens des clients, y compris en matière de porte monnaie.

 

Pas d’impasse non plus sur la modularité. La banquette 1/3 2/3 s’ouvre sur un grand coffre dont seule la hauteur du seuil est un point faible.

 

Sur la route ma préference va au petit 3 cylindres 0.9l TCe 90CH déjà essayé sur la Clio IV. L’offre essence n’est plus seulement limitée à l’inénarable 1.2l 75CH mais comporte désormais un moteur moderne et pétillant à souhait, apte à donner du plaisir de conduire par ses sonorités et son allant permanent. Associé à un chassis sain, sûr et stable ( mais loin bien sûr du dynamisme d’une 208) , la conduite de cette petite auto est très facile et rassurante. Le bloc diesel 1.5 dCi 90CH est archi-connu, son efficacité aussi. Il ravira ceux qui roulent beaucoup, mais pourrait décevoir par son manque de discretion au niveau des vibrations ( plancher, pédalier et volant) et du niveau sonore sur longues distances. Il faut vraiment être fan du diesel pour ne pas lui préférer la pétillance et l’économie ( 6l en moyenne) du 3 cylindres essence. Si le comportement de la Sandero essence ne souffre aucune critique, la version Stepway qui a clairement ma préférence en terme de présentation souffre de mouvements de caisse assez marqués. En cause le poids du moteur diesel ou la réhausse de la caisse ? Seul l’essai d’une Stepway essence permettrait d’éclaircir ce point. Dans les deux versions, les bruits d’air sont assez présents mais devraient faire l’objet d’une amélioration , les joints incriminés ayant clairement été identifiés par la brigade technique maison !

 

Au prix de départ de 7900€ pour une Sandero de base équipée du moteur 1.2 16V 75,  comment évoquer la concurrence sans mélanger les catégories entre micro citadines , citadines, et grandes citadines ? Dacia ne met personne d’accord sur ce point, si ce n’est votre banquier qui sera séduit par cette offre d’une voiture moderne et spacieuse garantie 3 ans ou 100 000 km vendue sans vergogne et avec belle allure au prix de … De quoi d’ailleurs !? De rien d’autre sur le marché puisque qu’à ce prix là vous n’achetez même pas une minuscule Kia Picanto ou une Skoda Citygo de base ! Je parie sur le succès de la Sandero Stepway Prestige TCe 90 au prix imbattable de 11.990 €. Vous rouliez malin en Dacia? Aujourd’hui vous pouvez en plus rouler décomplexé au volant d’un petit Tous chemins qui fait touner les têtes et à bord duquel vous apprécierez l’équipement généreusement fourni ( 4 vitres électriques, clim manuelle, radar de recul, sellerie « sport » bi-ton, volant en croûte de cuir et pommeau de vitesses en cuir, limiteur/régulateur de vitesse , MEDIA NAV (système multimédia tactile intégré : navigation, radio, prises jack et USB, audiostreaming, téléphonie Bluetooth® avec commandes au volant) …

 

Stepway 2 prête à faire encore mieux que Stepway 1 !

 

Moderne, avenante et bien finie la planche de bord de Sandero en version Stepway Prestige.

 

 

Longtemps parent pauvre de l’automobile européenne, Dacia gravit des échelons immenses à chaque nouveau produit sans jamais céder à la tentation de revoir ses prétentions tarifaires malgré ses succès commerciaux. La marque roumaine est aujourd’hui un blason sérieux et dynamique qui capte dans sa clientèle 97% de clients d’autres marques. 90% de la production est vendue à des particuliers qui ont compris qu’accumuler des technologies et des équipements souvent superflus au quotidien est inutile et … difficile en temps de crise. Vous trouverez toujours mieux en sécurité, en finition ou en insonorisation, mais au volant d’une Dacia, vous en aurez toujours pour votre argent, voire même un peu plus … Reste à insuffler un peu de passion dans un low cost devenu très attrayant, mais là Renault se lève pour dire NON à une Sandero Sport !

 

photos : Philippe Kerleroux.