Alors que de nombreuses rumeurs circulent quant à l’avenir de plusieurs marques du groupe FCA, la réunion organisée ce matin auprès des investisseurs était très attendue pour clarifier la situation. Sergio Marchionne a animé cette présentation pour la dernière fois, et les annonces ont été nombreuses.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la plupart des marques de FCA sont largement en deçà des objectifs attendus. Alfa Romeo ou Maserati sont à la peine, sans plan produit clairement défini, et Chrysler serait sur le point de disparaître. Dans sa présentation de ce matin, M. Marchionne (pour une fois en chemise/cravate !)  s’est cependant bien gardé d’aborder les sujets qui fâchent, en dévoilant des projets très ambitieux pour Jeep, Maserati et Alfa Romeo.

De Fiat, qui ne sait pas sortir de la monoculture 500, ou surtout de Chrysler, il n’a pas été question. Faut-il s’en inquiéter ? Si on imagine mal FCA enterrer la marque FIAT, cela semble moins bien engagé pour Chrysler. Des informations suivront sans doute prochainement, mais d’ici là, voici le plan de développement 2018 – 2022 de FCA :

Jeep

Jeep se porte bien, très bien même, au point de bénéficier de toute l’attention de FCA. Portée par la vogue des SUV, Jeep dispose d’une légitimité et d’une image très forte sur ce segment en pleine expansion. Ses ventes sont ainsi passées de 730 000 véhicules en 2013, à 1,9 M attendus pour 2018, avec une hausse sur tous les marchés où le constructeur est présent.

Le plan produit prévoit d’ici 2022, sans date précise annoncée, le lancement d’un nouveau modèle de SUV urbain, situé en-dessous du Renegade, pour venir concurrence les Captur et autres 2008. Le marché en est très friand, cela a donc du sens, d’autant que ce modèle pourra remplacer la Fiat Panda qui arrive largement en fin de vie. A l’autre bout de la gamme, un Grand Wagoneer est annoncé, plus grand qu’un Grand Cherokee, avec probablement 7 places et dédié essentiellement aux marchés US et chinois. D’autre part, les renouvellements des Renegade, Cherokee et Grand Cherokee sont aussi prévus.

Outre ce plan produit très chargé, Jeep prévoit d’abandonner totalement le diesel en Europe à partir de 2021 pour lancer des variantes hybrides. Rappelons que pour FCA, l’hybride et a fortiori l’électrique sont aujourd’hui quasiment terra incognita en dehors d’une variante de Fiat 500 et du Chrysler Pacifica. La conduite autonome de niveau 3 est également à l’ordre du jour, ainsi que diverses fonctions de partage de véhicules, conciergerie et autres réseaux sociaux dédiés. Surfant allègrement sur la mode du véhicule baroudeur, le développement de Jeep semble cohérent, au moins pour les 4 ans à venir. Reste à espérer pour la marque que cette mode subsiste.

RAM

Non distribué officiellement en Europe (et pour cause !) RAM est néanmoins stratégique pour le marche américain où les gros pick ups occupent le haut du classement des immatriculations depuis des décennies, le RAM 1500 étant actuellement en troisième position.

Si les renouvellements de cette gamme n’ont pas grand intérêt pour nous, européens, un produit risque cependant de traverser l’Atlantique : un nouveau pick up 1 tonne concurrent des Ford Ranger et autres Renault Alaskan. Il pourrait remplacer le Fiat Fullback dans une version adaptée, ou même rebadgée.

Alfa Romeo

Plus de MiTo, la Giulietta à l’agonie, la Giulia et le Stelvio qui ne se vendent pas aussi bien que prévu et une 4C dont la production s’arrête bientôt. On peut dire qu’Alfa Rome inquiète, et ce n’est pas le retour en Formule 1 qui arrange beaucoup les choses. Et si les immatriculations de 2018 atteignent les 170 000 exemplaires (en hausse de 160% par rapport à 2014), il ne faut pas oublier que le précédent plan stratégique prévoyait 400 000 ventes annuelles pour la même période. On est loin du compte, tant est si bien que cet objectif est reconduit… pour 2022 !

Pour y parvenir et faire du volume, la recette est sans surprise : du SUV, encore du SUV ! Le Stelvio se verra ainsi encadré par le haut et par le bas par deux nouveaux modèles tout en développant une version à empattement long pour le marché chinois. La même plateforme technique devrait également servir pour la remplaçante de la Giulia et enfin pour une nouvelle Giulietta. Tout comme chez Jeep, l’hybridation électrique est en marche, ainsi que la sortie progressive du diesel. Hybride rechargeable et hybridation douce seront favorisés par rapport au tout électrique. La MiTo n’aurait pas de remplaçante, et aucun signe d’une grande berline pour remplacer succéder aux 164 et 166.

Voilà pour les voitures qui feront du volume. Pour l’image et le prestige, Sergio Marchionne a annoncé deux nouveaux modèles ambitieux. Tout d’abord, une nouvelle 8C, coupé deux places à moteur biturbo central, dotée d’un châssis monocoque en carbone et d’un train avant électrique. Entrant en concurrence frontale avec une certaine Ferrari 488 GTB, ce coupé affiche des performances très ambitieuses (0 à 100 km/h en moins de 3 secondes, plus de 700 ch). Autre nom qui ferait son retour : un coupé GTV que l’ont peut imaginer comme une version coupé 4 places d’une Giulia, disposant d’une motorisation de 600 ch à hybridation douce.

Maserati

Objectif de vente enfin atteint pour Maserati en 2017 avec 50 000 unités grâce aux lancements des Ghibli et Levante. Mais hors Levante la gamme se fait déjà vieillissante et les voitures images GranTurismo et GranCabrio sont à présent dépassées sur un marché friand de nouveauté. Les immatriculations semblent avoir atteint un pic avant d’amorcer une probable décrue. Le plan avancé par M. Marchionne pour Maserati à horizon 2022 est peut être le moins surprenant : renouvellement des Ghibli, Quattroporte et Levante et élargissement vers le bas avec un SUV de taille inférieure pour aller attaquer la concurrence BMW X1 et autres Audi Q3. Quant au coupé GranTurismo, il ne sera tout simplement pas remplacé en l’état. En lieu et place, le duo de coupé et cabriolet Alfieri, dont le concept remonte déjà à 2014 serait enfin mis en production, toujours d’ici 2022 (alors que sa sortie était déjà prévue en 2018).

L’ensemble de la gamme sera électrifié, mais à un niveau supérieur aux autres marques, car Maserati proposera des versions 100% électriques des futures Levante, Quattroporte et même Alfieri. Les technologies employées sont évoquées très (trop ?) rapidement : batteries en technologie 800V, 50% de puissance en plus (par rapport à quoi ?), poids contenu et grande autonomie. Cela reste bien imprécis pour des produits dont la sortie est prévue au pire dans 4 ans et dont le développement devrait déjà battre son plein. Quant au diesel, il sera également doucement écarté au profit de l’électrique.

Concernant FIAT, Chrysler et Dodge (sans même parler de Lancia !), et comme indiqué plus haut, strictement aucune annonce n’a été faite à leur sujet pour l’instant.

Au final, que penser des ces plans très ambitieux, qui signent là le baroud d’honneur de M. Marchionne et vont déterminer la stratégie de l’entreprise pour les 4 prochaines années ? Si l’on se réfère au dernier plan stratégique, les espoirs ont été très largement déçus : grands retards dans les volumes de vente, produits annoncés et jamais lancé, reports multiples, etc… Une vingtaine de nouveaux modèles sont annoncés d’ici 4 ans, sans calendrier précis. FCA aura-t’il les reins suffisamment solides pour financer le tout, sans oublier la marque FIAT pour autant ? Dans les annonces faites ce jour, celles ayant réellement du sens et qui sont prometteuses en terme de volume de vente sont celles de Jeep. Le marché actuel est porteur pour cette marque et les annonces vont vers une vraie cohérence de gamme, sans omettre la transition vers l’hybridation, dont la teneur exacte reste encore à confirmer. Concernant Alfa Romeo, la gamme SUV devrait s’étendre sans trop de difficultés, toujours pour gonfler le volume des ventes. Les berlines Giulia et Giulietta sont à mon sens plus menacées, faute de marché porteur. Et je remarque encore une fois l’absence cruelle d’une version break de la Giulia. Quant aux 8C et GTV, j’hésite franchement à y croire. La GTV est possible sur une autre plate-forme que celle de la Giulia actuelle, mais la 8C nécessiterait d’énormes investissements pour des ventes marginales et me semble irréaliste économiquement. A moins d’une collaboration technique avec Ferrari ou un autre bureau d’étude ? Quant à Maserati, si la gamme actuelle ne fait pas vraiment rêver, le futur ne s’annonce guère mieux : SUV, berline, hybride, voire électrique. Ce qui fait l’essence même de la marque est en train de se diluer petit à petit. Quant à l’Alfieri, elle porte beaucoup d’espoir mais va arriver fort tard, si elle arrive bien un jour !

Crédits photos : FCA